Éphéméride 13 mars 1888 naissance de Paul Morand

Paul Morand, né le 13 mars 1888 à Paris 8e et mort le 23 juillet 1976 à Paris, est un écrivain, diplomate et académicien français.


Paul Morand est né à Paris, rue Marbeuf, sur l’emplacement du célèbre Bal Mabille.

Fils du haut fonctionnaire et artiste Eugène Morand, il rate l’oral de philosophie de son baccalauréat, en 1905. Jean Giraudoux devient son précepteur et Paul se transforme tout d’un coup en élève assidu. Il intègre l’École libre des sciences politiques, puis termine premier au concours du Quai d’Orsay. Tout en débutant dans la
Carrière, il fréquente les milieux littéraires, fait la connaissance de Jean Cocteau et Marcel Proust, et s’essaie à la poésie en composant une Ode à Marcel Proust.

Sa carrière diplomatique est allée de pair avec une carrière littéraire très féconde
: son œuvre compte une centaine de romans, nouvelles, portraits de villes et chroniques.
Au cours des années 1920-1930, il écrit de nombreux livres, récits de voyage, romans brefs et nouvelles (
Ouvert la nuit, Lewis et Irène…), qui frappent par la sécheresse du style, le génie de la formule et la vivacité du récit, mais aussi par la fine description des pays traversés par l’auteur ou ses personnages.

Il fréquente les milieux politiques, diplomatiques, mondains, et se lie avec Proust, Cocteau, Misia Sert, avec lesquels il partage le goût des soupers fins et la passion de la littérature.

Dès la fin de la Première Guerre mondiale, il collabore régulièrement à La N.R.F. et publie des nouvelles. Des postes à l’étranger, il rapporte de remarquables textes sur les villes.

Ayant réintégré les Affaires étrangères en 1938, Paul Morand se trouvait, au moment de la défaite de 1940, à Londres où il occupait les fonctions de responsable de la mission de guerre économique. Mis à la retraite d’office par le gouvernement de Vichy, il publiait en 1941 Chroniques de l’homme maigre, livre d’orientation maréchaliste. De cette période datent encore Propos des 52 semaines, L’Homme pressé, Excursions immobiles.

Avec le retour de Laval au gouvernement, il était nommé à la présidence de la commission de censure cinématographique, avant de terminer la guerre comme ambassadeur à Berne. Jean Jardin, éminence grise de Pierre Laval, avait favorisé son départ de Bucarest en 1944, lors de l’avancée des troupes russes, et l’avait fait nommer en Suisse, ce qui lui vaut d’être révoqué à la Libération par le général de Gaulle.

Son attitude durant l’Occupation lui vaudra longtemps une solide inimitié du général de Gaulle qui, après son retour au pouvoir en 1958, empêchera jusqu’en 1968 son entrée à l’Académie française.

Sur le choix de la Collaboration par Morand, le regard du général de Gaulle est ainsi rapporté par Alain Peyrefitte
: « […] Laval ne lui demandait même pas de rentrer […]. Il est parti par le même bateau que l’ambassade. On ne voulait pas de lui à Vichy et on lui a tenu rigueur de son abandon de poste. Il était victime des richesses de sa femme. Pour les récupérer, il s’est fait nommer ministre de Vichy à Bucarest. Puis, quand les troupes russes se sont approchées, il a chargé un train entier de tableaux et d’objets d’art et l’a envoyé en Suisse. Il s’est fait ensuite nommer à Berne, pour s’occuper du déchargement. » (Charles de Gaulle, 20 mai 1962, C’était de Gaulle, Fayard, tome I, 1994, p. 148.)


La publication de sa correspondance avec Chardonne remettra en lumière l’antisémitisme frénétique de Morand, qu’il partageait avec sa femme la princesse Hélène Soutzo, de dix ans son aînée — une « Minerve qui aurait avalé sa chouette », disait Cocteau.

« Les deux crocodiles n’ont rien renié de leur vichysme d’antan. Morand y peste contre « l’enjuivement » de l’Académie Goncourt, traite tel écrivain de « merde juive ». Sa phobie antisémite n’a d’égale que sa détestation des homosexuels, tombant au niveau de graffiti de vespasienne […] L’aigreur colérique s’accentue au fil des années soixante, mêlée à la nostalgie. » (François Dufay,
Le soufre et le moisi. La droite littéraire après 1945. Chardonne, Morand et les hussards, Paris, Perrin, 2006, p. 140).
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