Livre du jour Stefan Zweig 24 H de la vie d'une femme
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« Dans
la petite pension de la Riviera où je me trouvais
alors (dix ans avant la guerre1),
avait éclaté à notre table une violente discussion
qui brusquement menaça de tourner en altercation
furieuse et fut même accompagnée de paroles haineuses
et injurieuses. La plupart des gens n’ont qu’une
imagination émoussée. Ce qui ne les touche pas
directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en
plein cerveau, n’arrive guère à les
émouvoir ;
mais si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur
sensibilité, se produit quelque chose, même de peu
d’importance, aussitôt bouillonne en eux une passion
démesurée. Alors ils compensent, dans une certaine
mesure, leur indifférence coutumière par une
véhémence déplacée et exagérée.
Ainsi en fut-il cette fois-là dans notre société de
commensaux tout à fait bourgeois, qui […] »
(1)
Il s’agit
ici, bien sûr, de la première guerre mondiale, et
nous sommes donc aux environs de
1904.
Stefan Zweig, Vingt-Quatre heures de la vie d’une
femme
