Verlaine et Rimbaud, une liaison en enfer

Une liaison en enfer
Rapport de l’officier de paix Lombard, 1er août
1873
La scène se passe à Bruxelles. Le parnassien Robert
Verlaine était marié depuis trois ou quatre mois à la
sœur de Civry, un compositeur pianiste qui a été
emprisonné à Satory après la Commune, pontonné, puis
relaxé. Ce mariage s’était opéré au commencement ou
au milieu de l’année dernière. Le ménage
allait assez bien en dépit des toquades insensées de
Verlaine, dont le cerveau est depuis longtemps
détraqué, lorsque le malheur amena à Paris un gamin,
Raimbaud, [sic] originaire de Charleville, qui vint
tout seul présenter ses œuvres aux parnassiens. Comme
moral et comme talent, ce Raimbaud, âgé de 15 à 16
ans, était et est une monstruosité. Il a la mécanique
des vers comme personne seulement ses œuvres sont
absolument inintelligibles et repoussantes.
Verlaine
devint amoureux de Raimbaud, qui partagea sa flamme
et ils allèrent goûter en Belgique la paix du cœur et
ce qui s’ensuit. Verlaine avait lâché sa femme avec
une gaieté de cœur sans exemples, et pourtant elle
est, dit-on très aimable et bien élevée.
On a vu
les deux amants à Bruxelles, pratiquer ouvertement
leurs amours. Il y a quelques temps,
Mme Verlaine alla trouver son mari, pour essayer
de le ramener. Verlaine répondit qu’il était trop
tard, qu’un rapprochement était impossible et que
d’ailleurs, ils ne s’appartenaient plus. « La
vie du ménage m’est odieuse »,
s’écriait-il :
« Nous avons des amours de
tigres ! »
et, ce disant, il montra à sa femme sa poitrine
tatouée et meurtrie de coups de couteaux que lui
avait appliqués son ami Raimbaud. […]
Devant sa
mère, il y a une semaine ou quinze jours au plus,
Verlaine a eu avec son amie [sic] Raimbaud une
dispute à propos d’argent et, après toutes les
injures imaginables, tira un coup de pistolet sur
Raimbaud qui cria À l’assassin !
[…]
Les faits
sont exacts, informez-vous-en à Bruxelles. Peut-être
est-ce Raimbaud qui a tiré le pistolet à Verlaine,
car je n’ai pu savoir au juste l’auteur du revolver
en jeu. Cependant
je crois ma version bonne, pour la fixation du
personnage. La question de l’individualité de
l’assassin réservée, tout le reste est parfaitement
vrai. Je transmettrai ultérieurement les autres
renseignements qui doivent me parvenir sur cette
affaire.
Titre :
Dans les secrets de la police Sous titre Quatre
siècles d’Histoire, de crimes et de faits divers dans
les archives de la préfecture de police.
Auteur :
Sous la direction de Bruno Fuligni
Date de publication :
16 octobre 2008 Nombre de pages :
336 Format :
264 x 316 mm Genre :
Beaux livres, histoire Prix :
69 €
ISBN :
978 2 91336 620 6 Code diffuseur :
957 507
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http://www.editions-iconoclaste.fr/spip.php?article1281
