Le vrai nom de Chérubin
« Un
certain Léon d’Astorga, qui fut jadis mon page, et
que l’on nommait Chérubin… » Quoi de si
émouvant que ces simples paroles ? Il n’avait
donc pas seulement un prénom, ou un surnom, un nom de
guerre et un nom d’amour. Il était comme tout le
monde. Il avait un nom de famille […] Il était donc
situé, ce Chérubin. Il avait un état civil. Il était
donc esclave. Il était donc lié. Il était donc
saisissable au vieillissement » […] J’avais
peut-être raison de vous dire que pour bien saisir
dans toute sa mélancolie cette romance de Chérubin,
pour en savourer toute la mélancolie, l’unique
mélancolie, il fallait lire cette Mère
Coupable.
Sur la romance de Chérubin, (air de
Malbrough),
Beaumarchais a fait une danse et une ronde, non pas
une marche, il en a fait un cortège et toute une
cérémonie de peine. Une sorte de ronde de grâce, de
tristesse et de peine.
Charles Péguy,
Clio,
Dialogue de l’histoire et de l’âme
païenne
Œuvres en prose, 1909-1914, Pléiade
Livre du jour Beaumarchais Le Mariage de Figaro
Chaque jour, un livre en téléchargement
ACTE PREMIER.
Le théâtre représente une chambre à demi démeublée : un grand fauteuil de malade est au milieu. Figaro,
avec une toise mesure le plancher. Suzanne attache à sa tête, devant une glace, le petit bouquet de fleur
d’orange, appelé chapeau de la mariée.
SCÈNE PREMIÈRE.
FIGARO, SUZANNE.
FIGARO.
Dix-neuf pieds sur vingt-six.
SUZANNE.
Tiens, Figaro, voilà mon petit chapeau : le trouves-tu mieux ainsi ?
FIGARO lui prend les mains.
Sans comparaison, ma charmante. Ô ! que ce joli bouquet virginal élevé sur la tête d’une belle fille, est doux le
matin des noces à l’oeil amoureux d’un époux !….
Beaumarchais Le Mariage de Figaro
