Le dernier journal «à l'ancienne» : Le Démocrate
L’Aisne Nouvelle : Article : Le Démocrate : un journal de caractère
« Ils sont trois, trois caractères passionnés de lettres, de textes et de mots. Sur le terrain, Laure la journaliste, à la linotype Dominique Picard plus de trente-cinq ans de maison et son camarade Serge Dussart le typographe-imprimeur. À eux trois, ils font tourner la « boutique » du dernier journal français qui a du plomb dans les pages : Le Démocrate de l’Aisne.
Véritable lien avec le territoire, cet hebdomadaire est tout un symbole de fabrication à l’ancienne. Créé en 1906, par Pascal Ceccaldi il est le dernier journal français composé et imprimé au plomb sur des machines du début du siècle. À l’époque, la composition se fait lettre par lettre avec des caractères mobiles.Aujourd’hui, le travail continue sur des lignes entières de plomb et cela depuis 1936. Installée dans les anciennes écuries de la gendarmerie, l’imprimerie est le site touristique le plus visité de la ville. Plusieurs générations de lecteurs Eh oui, les visiteurs, Le Démocrate, il connaît. Tout au long de l’année, ils arrivent de partout afin d’observer la passion de tout un métier en disparition. Dans le cadre de l’opération Savoir-Faire en Thiérache l’atelier reçoit les anciens exploitants de l’Union Syndicaliste Agricole de l’Aisne du canton de Vervins. Lors des différentes interventions Laure précise que 90 % des lecteurs sont des abonnés sur plusieurs générations.Laure : « Certains de nos lecteurs ont quitté la ville pour se retrouver à l’autre bout du monde comme l’Australie ou le Chili. Leur seul lien avec le territoire c’est le Démocrate. » De jolis moments aux odeurs d’encre et couleurs de plomb. […] »
Le lazaret d'Effry
Je relaie donc provisoirement, en DR.
Le lazaret d’Effry
La
Thiérache est la région nord-est de l’Aisne, qui
correspond à peu près à l’arrondissement de Vervins.
Lorsque l’on suit la nationale 2, qui traverse tout
le département du sud au nord, on glisse
insensiblement, après Laon, aux environs de Marle, de
paysages plats et ouverts typiques du bassin
parisien, vers un relief plus doux, vaguement ondulé,
plus boisé et plus verdoyant. La pierre disparaît des
constructions – les villages sont de briques rouges.
L’élevage est plus présent, et on découvre ça et là
de petits troupeaux de moutons. C’est le pays des
églises fortifiées, qui attestent une histoire
guerrière très ancienne, tout comme les noms des
villages – Malassises, La Désolation, Malaise, la
Tour du Diable… Pays redevenu rural, après, dans la
seconde moitié du XIXe siècle, un essor
économique, très typique de la région, où de petites
industries familiales s’étaient implantées dans des
bourgs agricoles. Ainsi, le long de l’Oise,
fleurissent des usines, et des cités ouvrières. Ce
développement est aujourd’hui bien loin – les
industries ont fermé. Mais restent, à Vervins, à
Hirson, de grandes demeures bourgeoises, de briques
elles aussi.
L’Aisne, et spécifiquement la Thiérache, est une zone
frontalière. Sur ses routes sont passées les armées,
toujours. Sans remonter à Clovis et Soissons, l’Aisne
se situe dans cette région stratégique des conflits –
et principalement des guerres franco-allemandes.
L’Aisne, c’est le Chemin des dames, qui barre sur les
cartes le département en son milieu. C’est
aujourd’hui un des départements les plus pourvus en
cimetières militaires – de toutes nations. En 1914,
le département est, comme ses voisins picards, le
théâtre de l’avancée fulgurante des armées
allemandes, et il est, aussi, le lieu où les armées
alliées purent arrêter la progression des soldats
impériaux. L’Aisne va vivre les années de guerre
coupée en deux – elle s’articule autour de cette
immense ligne de front du Chemin des Dames. Pendant
cinq ans, le sud de l’Aisne est français, et le nord,
la Thiérache, est allemand.
Effry est un tout petit village de Thiérache. Il
compte aujourd’hui à peine plus de 400 habitants.
L’Oise y coule tranquillement. Il ne reste plus rien
aujourd’hui des bâtiments du lazaret,
l’hôpital militaire de la VIIe armée impériale
allemande, où en 1917, en 9 mois, devaient périr 688
personnes, militaires et civiles, hommes et femmes,
adultes et enfants, Français, Belges, Russes,
Roumains, Italiens, Allemande.
L’année
1917
L’année 1917 est une année décisive dans le
déroulement de la première guerre mondiale. Les USA
rentrent en guerre, la Russie soviétique en sort. Sur
le front ouest, les allemands commencent enfin à
céder le pas. Noyon, Péronne et Roye sont reprises
par l’armée française. Le 16 avril 1917, Nivelle
lance une offensive générale. 1917, c’est l’année du
Chemin des dames, c’est également l’année des
mutineries, ces « grèves générales » des
Poilus. C’est en 1917 que le « lazaret » du
docteur Michelsohn est installé à Effry.
La
Thiérache occupée
L’occupation de l’armée impériale dans le Nord de la
France fut très dure, et le souvenir s’en perpétue
encore, en 2008. La logique de la machine de guerre
du Reich imposait que les territoires occupés fussent
directement affectés, économiquement, à nourrir les
troupes allemandes. Des levées
de populations civiles eurent lieu au coup par coup,
pour les moissons ou les travaux de voirie. Les
hommes seuls furent d’abord employés par l’armée.
Puis, en 1917, la « levée générale » fut
décrétée pour toutes les femmes de 15 à 45
ans.Les
soldats du Reich vivaient « sur
l’occupant », et cette occupation
« privée » du territoire se fait bien
sentir dans la pratique de vie « chez
l’habitant ». Les officiers prussiens
choisissent des demeures bourgeoises, s’installent
chez les nantis de Thiérache. Ainsi les cahiers d’une
habitante de Sains-Richaumont, Mme Déruelles,
femme et fille de médecin, liée à la bourgeoisie
éclairée de Thiérache, issue de la première
révolution industrielle, attestent cette pratique.
Cette femme raffinée, éprise d’art et aux convictions
fortes, s’indigne du comportement des officiers
vivant chez elle, qui « fument » dans son
salon, qui urinent dans les gouttières. Elle
mentionne également dans ses carnets des cas de
citernes « souillées » par les soldats
allemands.On
croirait à des rumeurs – mais la notion même de
« réquisition » telle que l’emploie l’armée
impériale permet de discerner le « climat »
de l’occupation en Thiérache. Aux réquisitions de
biens s’ajoutent des réquisitions d’hommes. Les
levées épisodiques s’institutionnalisent. On reste
parfois plusieurs mois dans des commandos de travail.
La conception que l’armée se fait de ces commandos
est résumée par le terme Menschenmaterial,
matériel
humain (Pierre Hervet, Mission permanente aux
commémorations, Secrétariat d’État aux Anciens
Combattants & Victimes de
Guerre).L’une des
branches de cette « mise en caste » de la
population est la prostitution. Très nettement, des
rafles de jeunes filles viennent périodiquement
alimenter des maisons closes destinées spécifiquement
à satisfaire les appétits charnels des soldats
d’occupation. Effry constituera le maillon terminal
de cette affectation spécifique des populations
civiles.
Les
Z.A.B.
Les Z.A.B. (Bataillons de Travailleurs Civils,
Zivilarbeitersbataillon) ont été la principale cause
de l’existence du lazaret d’Effry. Initialement,
Effry était un hôpital destiné à accueillir les
malades des Z.A.B. Les
Z.A.B. étaient des « bataillons de
travail ». Dans la zone des conflits, l’armée
impériale dut, dès 1914, effectuer des travaux
d’aménagement, construire des routes, des chemins de
fer. Ces tâches furent initialement confiées à des
unités militaires spécialisées. Mais à mesure que le
conflit s’enlisait, l’armée du Reich ne pouvait plus
se permettre d’affecter des hommes à des unités de ce
type – chaque homme valide devait être en ligne, au
front. D’un autre côté, les mois passant, l’effectif
des prisonniers de guerre augmentait. La solution
était simple :
on affecta les prisonniers de guerre dans des
bataillons de travail. Une ordonnance du Grand
Quartier Général Impérial du 3 octobre 1916
institua la pratique. Le
schéma fut en réalité plus complexe. La gestion de
ces bataillons fut confiée aux armées, qui
administraient en même temps civilement les zones
occupées. Aussi affecta-t-on très vite des civils
dans les Z.A.B. Les rafles épisodiques dans la
population, afin par exemple de faire les moissons,
devinrent plus régulières, et des commandos de
« raflés » se stabilisèrent. Les réticences
de la population expliquent également la
généralisation des Z.A.B. Un
dernier facteur fut la relative centralisation des
Z.A.B. Ainsi les Z.A.B. constitués dans telle zone
occupée avaient vocation à recevoir des détenus
ponctionnés sur d’autre zones géographiques, même
lointaines. Ainsi une certaine dimension
« internationale » des Z.A.B. devait peu à
peu se mettre en place.
Les Z.A.B. furent destinés à certains « grands
travaux » du Reich. Ainsi la ligne Hindenburg,
ou les réseaux de chemin de fer construits à l’époque
furent-ils l’œuvre des détenus des Z.A.B.
La population civile « voit » le sort des
prisonniers des Z.A.B. Et cette vision, fugitive, est
traumatique. Ainsi une Mme Hubinet raconte dans
ses mémoires publiées le sort des prisonniers du
lazaret de Trélon.« Deux
soldats italiens descendent du siège de la voiture,
puis nous les voyons sortir un à un les cadavres
enveloppés dans du papier. Afin que celui-ci ne se
déchire pas, les soldats les portent à
deux ;
arrivés à la fosse, un homme à lui seul prend le
léger fardeau, il range côte à côte les pauvres
morts. N’était-ce la longueur des corps, on pourrait
croire qu’on enterre des adolescents, aux formes
menues.Des
papiers sont déchirés, nous voyons surgir de longues
barbes, des thorax décharnés, des ventres verdâtres.
Pas de prêtre, pas de bénédiction
suprême !
Nous pensons aux mères, aux épouses, qui ignorent
encore. » (L’enclume
et le Marteau, 1932).Or il
n’est pas anodin de savoir que l’administrateur de ce
camp fut, après 1917, le docteur Michelsohn qui
dirigea le lazaret d’Effry en 1917.
Les prisonniers des Z.A.B. portaient un brassard
rouge, frappé d’un matricule de compagnie. Celles-ci
comprennent 250 personnes. Ces hommes avaient entre
14 et 60 ans – preuve qu’à un certain moment, le
recrutement ne fut plus strictement militaire. Le
système peut évoquer le S.T.O. de la seconde guerre
mondiale – mais la comparaison doit sans doute être
faite dans l’autre sens. La
dimension militaire et la dimension économique se
doublent d’une dimension répressive. Les prisonniers
des Z.A.B. sont des punis. Ils subissent de nombreux
supplices :
ainsi le supplice du poteau, le supplice du cercueil
– le plus raffiné étant le plus simple, puisque les
garde-à-vous journaliers, durant plusieurs heures
dans le froid, se doublent de coups de bâtons
répétés. Les
prisonniers des Z.A.B. ont interdiction d’adresser ou
de recevoir du courrier. Les
Z.A.B. ont vocation à alimenter des bagnes. Ainsi les
mines de Fer à Longwy, le bagne atroce de Sedan, les
usines de pâtes de Bazeilles, ou les crassiers de la
Chiers à Mont Saint Martin, font partie d’une vaste
toile d’araignée de type économique et répressif. Le
soldat vaincu n’est pas un adversaire avec des droits
– sa défaite même en fait un sous-homme corvéable à
merci. Le terme même d’Untermenschen,
de
sous-hommes, est employé pour désigner les
prisonniers des Z.A.B. originaires du front de
l’est. À
l’armistice, on découvrira des rescapés des Z.A.B.
pesant entre 30 et 35 kg.
L’arrivée
au lazaret
Les conditions de vie inhumaine des prisonniers des
Z.A.B. entraînaient une forte propension des punis à
attraper des maladies. Peu nourris, exténués, vivant
dans le froid, travaillant sans relâche, les détenus
étaient extrêmement vulnérables. Les
« lazarets », les hôpitaux militaires
allemands réservés aux soldats ennemis fleurirent le
long de la ligne de front, déplacés au gré des
éventuelles fluctuations des positions
militaires.Les
malades des Z.A.B. de l’Aisne, et probablement
d’ailleurs, étaient donc envoyés aux médecins
militaires, et aux camps de malades – ainsi, au début
du conflit, un lazaret fut semble-t-il installé dans
l’Aisne à Chauny, puis déplacé à
Effry.Mais le
lazaret d’Effry accueillit sans conteste des détenus
issus également de la population civile des
environs.Les
travaux effectués par les historiens locaux indiquent
que trois parcours peuvent être discernés parmi
les morts
civils issus du
lazaret. 1. Tout
d’abord, des malades
envoyés par les Kommandantur des
environs. Les Kommandantur étaient des sortes de
gendarmeries de territoires occupés. Les civils
arrêtés par les policiers allemands, s’ils sont
« malades », sont envoyés à Effry. Ainsi
les études montrent que le lazaret d’Effry avait une
« zone administrative » propre, comprenant
les kommandantur de La Capelle, Chauny, Hirson, la
Neuville, Liesse, Origny, Sains-Richaumont, Tavaux,
Rozoy, Aubenton, Parfondru, Missi les Pierrepont,
Vervins, Marle et Sissonne – dans
l’Aisne ;
et de Sains du Nord.2. Une
autre exception à la règle de la provenance des
Z.A.B. est attestée, puisque des femmes
sont
présentes dans le camp. Elles peuvent d’abord avoir
été ponctionnées sur les civils affectés à des tâches
d’« intérêt général », lors des rafles de
civils pour faire les moissons, ou travailler à la
voirie. Mais l’analyse conduit à affiner cette
explication :
les femmes d’Effry sont jeunes, voire très jeunes.
Des rafles d’adolescentes eurent lieu, notamment à
Vervins. Ces adolescentes ont entre 17 et 24 ans –
elles sont destinées à devenir les esclaves sexuelles
des officiers en charge du
lazaret.3.
Le lazaret n’est pas simplement un maillon de la
structure militaro-économique des Z.A.B. – puisque 9
enfants figurent parmi les morts d’Effry.
Les
conditions de vie au camp
Le lazaret d’Effry est un hôpital. Il est installé
dans les locaux déserts de l’ancienne usine
Briffault, près de l’Oise. Il est constitué d’un
immense hangar de 900 m². De 1400
à 1600 personnes sont entassées là. Il n’y a que
deux poêles. Les
pansements sont changés toutes les semaines. Parfois
toutes les deux semaines. Les détenus français ou
belges sont demi-vêtus. Les roumains, les russes,
sont nus. L’hiver 1917 fut extrêmement
rigoureux.Michelsohn
ne soigne pas. Mais il recrute. Parmi les civils de
Thiérache, des infirmières, des bonnes sœurs, sont
raflées – pour venir grossir le nombre des
« infirmières ». Et les infirmières ont le
même destin que toutes les femmes du camp. Une
bretonne, Sœur Eugénie fut ainsi envoyée à Effry –
pour soigner les malades. Elle mourra avec eux. Elle
est enterrée à Effry.Un docteur
de Chauny, Jules Pichard, sera recruté par
Michelsohn. Pichard ne doit soigner que les civils.
Michelsohn se réserve les militaires. Après 1918,
Pichard ne cessera de témoigner, de réclamer des
enquêtes, de chercher à obtenir le jugement de
Michelsohn.
Dans le hangar, il n’y a pas d’aération. La proximité
de l’Oise rend l’atmosphère humide, malsaine. Il
pleut, il neige. Les fenêtres du hangar sont
obstruées. Les malades dorment sur des plans en bois.
Il n’y a pas de couvertures – parfois, une couverture
pour plusieurs malades. Qui doivent se la disputer.
De la paille est éventuellement jetée sur les
planches, et plus rarement sans doute encore est-elle
changée. La plupart du temps, on dort sur le
bois.On vit
dans l’obscurité. Il n’y a pas d’électricité. Pas de
feu, pas de chandelle.La
nourriture est rare. On se contente de
« choux-navets », de « soupe à
l’orge ». De la nourriture habituellement
réservée au bétail. Certains jours, on ne mange pas.
Les maigres provisions attribuées par l’armée au
lazaret sont détournées par les officiers. Les
prisonniers sont couverts de vermine.
La conséquence est naturelle – les épidémies se
propagent. La diphtérie, la dysenterie sont les
principales maladies repérées par Pichard. En
avril 1917, un réduit spécifique est aménagé,
destiné à accueillir, au départ, les bronchitiques.
Le nom que lui donne le docteur Michelsohn est plus
parlant :
c’est l’« étable aux cochons ». Cet hôpital
dans l’hôpital n’est pas chauffé. Il est installé
dans l’ancienne fonderie de l’usine, il est plein de
poussière de charbon.
On estime à 688 les morts du lazaret, tous survenus
en 1917. La moyenne est de 6 décès par jour, on
évalue un maximum de 21 décès par jour.
Oscar
Michelsohn
Le lazaret d’Effry fut à la fois le produit d’un
système politique et militaire, et à la fois l’œuvre
originale d’un homme, le docteur Michelsohn. La
figure du chef du lazaret est difficile à cerner.
Michelsohn est probablement originaire de
Charlottenburg (Brandebourg sur la
Sprée).Citons
d’abord, à nouveau, les mots de Mme Hubinet.
Dans L’enclume
et le marteau, elle
écrit :
« Ceux
qui l’ont vu, au café […] racontent que cet homme a
une figure de tortionnaire ;
il respire une telle cruauté qu’il en est effrayant,
un lourd malaise naît de son voisinage, ce n’est pas
un être humain, c’est un monstre ».
En 2007,
les historiens locaux, lorsqu’ils évoquent le
personnage, ont la voix qui tremble du même malaise.
Le médecin major Michelsohn a probablement suivi
l’itinéraire un peu aléatoire du lazaret local –
d’abord basé à Chauny, puis à Effry, puis à Trélon.
Il a recruté son personnel :
son bras droit, le sous-officier Martin, qui détourna
600 kg de denrées de première nécessité en 9
mois. Puis ses infirmières :
des nonnes raflées dans les environs. Et aussi un
vrai médecin – le docteur Pichard.Michelsohn
également est médecin. Aussi s’autorise-t-il parfois
à pratiquer une amputation – toujours sur un membre
sain.Il
détourne la nourriture délivrée par l’armée et
destinée aux « malades ». Ainsi
expédie-t-il, en 8 mois, 875 boîtes de lait condensé,
et 50 kg de cacao à sa femme restée en Allemagne
– laquelle revend les denrées.Le sadisme
du personnage est patent :
ainsi les prisonniers demi-nus meurent de froid, et
les magasins du lazaret regorgent de
couvertures. « Un
jour que plusieurs malades venaient de mourir de
froid, le magasin s’ouvrit enfin. Les chaudes
couvertures apparurent en tas. Michelsohn en fit
étendre plusieurs sur la boue, y fit coucher ses
chiens. » (« Sous
le brassard rouge »,
M. Godinot-Puvion, 1954)Michelsohn
aime les animaux. Il élève 25 poules, et 7 vaches –
il dispose d’œufs et de beurre. Il a un cheval. Il se
constitue aussi une meute de chiens, 12 molosses
qu’il nourrit avec la viande des rations des
prisonniers. Ainsi a-t-il besoin de 10 à 12 kg
de viande par jour.
Après la guerre, les villageois, groupés derrière
Pichard, chercheront à obtenir une condamnation
judiciaire de Michelsohn. Pichard vouera sa vie à
obtenir ce jugement. Michelsohn sera jugé par la Cour
des Juges-Complices de Leipzig en 1922. Il sera
acquitté.
Établir clairement le nombre des victimes du lazaret
est chose difficile. On évalue à 688 morts en 8 mois
le bilan de Michelsohn. Après guerre, les habitants
d’Effry saisiront le Président de la république
française, et évoqueront 689 décès. Depuis, les
historiens locaux ont été amenés à réévaluer ce
chiffre – qui reste incertain, et est parfois arrondi
à 700.Une
première difficulté tient au sort réservé aux
cadavres. Généralement, les corps sont entassés. Des
fosses sont éventuellement creusées. La mémoire
collective d’Effry parle de « cloaques »,
de tas de cadavres d’où parfois émergeait un bras,
une jambe encore vivant. Parfois, un mort est enterré
individuellement.Le fait
que les malades civils et militaires relèvent
respectivement du médecin Pichard et du major
Michelsohn rend plus complexe la tâche
d’évaluation.Il est
essentiel cependant que l’état-civil de la mairie
d’Effry ait été informé des décès, et ait pu
enregistrer les noms des victimes. Ainsi à la date du
6 mars 1917, l’officier d’État civil
enregistre-t-il la première mort pour nous certaine
d’un prisonnier du lazaret, puisque la nationalité du
décédé est consignée :
il s’agit d’un russe de 25 ans. De même, on peut
considérer que le dernier décès dû à Michelsohn date
du 4 novembre 1917, puisqu’il s’agit d’une
allemande, une infirmière de la Croix-Rouge de 42
ans. Le sort des malades fut celui des
soignants.Entre ces
deux décès, les choses sont confuses. L’historien
J.-C. Auriol fait état de 347 victimes
« prisonniers civils ». Mais les corps se
mêlent dans les fosses communes. D’après les travaux
de M. Malatray sur l’état-civil, on peut néanmoins
considérer que 12 décès enregistrés sont des civils
d’Effry, et 688 sont des travailleurs des Z.A.B. Mais
les 2 statuts se confondent – entre le roumain des
Z.A.B. et le thiérachien prélevé dans une
kommandantur, les différences s’estompent, tous les
cas de figure sont possibles.Le
cimetière d’Effry contient 339 tombes dont les morts
viennent du lazaret. Parmi ces tombes, 339 portent un
nom, et 15 sont anonymes. Parmi ces noms, 203 sont
belges, 146 sont français, et 1 est italien. Les
forçats des Z.A.B. issus du front est ont leur nom
sur l’ossuaire de la commune – 22 sont roumains, et
314 sont russes.
Très significatif est le cas des enfants morts au
lazaret. Ils sont 7. Peut-être 6, peut-être 8. Car le
petit Fernand, de 7 ans, est en fait une petite
fille, Aline. De même Marc, 4 ans, est enterré comme
soldat, et a pu être décompté parmi les victimes
militaires. Citons encore :
Louise, 4 ans ;
Madeleine, 4 ans ;
Georges, 11 ans ;
Louise, 12 ans ;
Joseph, 11 ans. Le Comité de la mémoire d’Effry,
aujourd’hui, en 2008, travaille à conserver ces noms.
Après
la guerre
De 1917 à 1927, les morts d’Effry restèrent ensevelis
dans le silence, encore qu’un article du
Démocrate
de 1923
rappelle les événements de 1917. Les fosses communes
des victimes ne furent ouvertes qu’en 1927. À cette
date, on creuse des tombes, on construit l’ossuaire
de la commune. Le ministère des Pensions, l’ancêtre
de l’actuel ministère des Anciens combattants,
s’engage dans une démarche de mémoire, avec l’aide de
l’État civil de la 2e région
militaire.Le curé de
Luzoir, l’abbé Pestel s’appliquera à témoigner, et à
rechercher les témoignages des
habitants.Mais c’est
surtout le docteur Pichard qui sera l’infatigable
gardien de la mémoire d’Effry – et cette mémoire est
un combat :
obtenir la condamnation de Michelsohn. Pichard est
appuyé par toute la population du village. La
condamnation ne sera jamais prononcée.
Ainsi, le 10 janvier 1919, la population d’Effry
saisit la commission d’enquête sur les crimes
perpétrés par l’ennemi dans les zones occupées, et
présidée par le Premier président de la Cour des
comptes. Le
texte en est significatif.
Monsieur
le Président,
Les
habitants d’Effry soussignés se font un devoir de
vous adresser la protestation suivante concernant le
Dr allemand Oscar Michelsohn, médecin en chef du
lazaret civil d’Effry, afin qu’une sanction soit
prise contre celui-ci pour les faits
suivants : Du
5 mars au 31 octobre 1917, donc en moins de
huit mois, nous avons enregistré 689 décès de
prisonniers de guerre, russes, roumains et français,
et des prisonniers civils belges et français. Ces
malheureuses victimes n’étaient l’objet d’aucun soin,
ne recevaient comme nourriture que des choux-navets
et de la soupe à l’orge, étaient pleines de vermine
et, de plus, brutalisées. Ils
étaient couchés très souvent sur des planches (car
les fibres de bois manquaient, ou bien on refusait
d’en livrer), et cela pendant très longtemps, dans
une salle commune où se trouvaient des malades
atteints de diphtérie, de dysenterie, de fièvre
typhoïde… Ils
étaient enterrés sans cercueil, sans vêtements, dans
des fosses communes et dépouillés de tout objet leur
appartenant. Certains, à ce qu’il paraît, possédaient
une petite fortune. Le
docteur Michelsohn gardait pour son usage personnel
les aliments spéciaux fournis pour les malades de la
Commission de ravitaillement :
les boîtes de lait concentré, les biscuits, le
cacao, etc... D’ailleurs, M. le Dr Pichard,
de Chauny, est assez documenté sur les misères qu’il
a vues dans cet établissement et fera certainement un
rapport détaillé à ce sujet. M. le Dr Pichard
était attaché à ce lazaret, mais il ne disposait
d’aucun médicament, et, de plus, l’accès d’un grand
nombre de salles lui était interdit. Il y avait
1 500
malades et même plus dans cet établissement, mais
Michelsohn a voulu toujours rester seul docteur afin
d’être libre de faire ce qu’il
voulait. Nous
demandons donc qu’un châtiment exemplaire soit
infligé à ce docteur qui était méprisé par ses
compatriotes eux-mêmes. C’est le vœu unanime de la
population, ainsi que des malades qui ont passé par
cet établissement – appelé par la voix populaire dans
tout le pays du nom significatif de
« l’abattoir » — et qui ont pu en sortir
vivants. Veuillez
agréer, Monsieur le Président, nos très respectueuses
salutations. Effry
le 10 janvier
1919 »
Le courrier est signé de 53 habitants.
Une des causes du relatif oubli des événements
d’Effry tient à la destinée des locaux mêmes du
lazaret. En 1918, le lazaret est reconverti en dépôt
de munitions. Une explosion en 1919 détruit
totalement les infrastructures. L’année suivante, les
ateliers Briffault reconstruisent des bâtiments, qui
serviront, à partir de 1970 aux Ateliers de
Thiérache, puis, en 1986, à la société Technitol.
En 1932, Mme Hubinet, sous le pseudonyme
« Buthine », évoque le système dans son
livre « L’enclume
et le marteau ». En 1954,
M. Godinot-Pluvion, de l’Union nationale des
prisonniers civils déportés, internés, et otages des
deux guerres, publie « Sous
le brassard rouge », où,
traitant du régime des Z.A.B., il consacre un
chapitre à Effry et à Michelsohn. Ici, ou là, des
traces, des témoignages. Ainsi des carnets de
Mme Déruelle. Ainsi de la parole vive de
Mme Lemetter, recueillie par M. Delabre, alors
maire d’Effry, actuel président du comité de
l’ossuaire. En vieillissant, les témoins se
souviennent. Ils racontent. La population d’Effry, de
la Thiérache conserve ses témoignages. Bien souvent,
un citoyen, isolé, par les carnets d’un grand-père,
par quelques cartes postales, par ses propres
souvenirs, reste le garant d’une pièce du puzzle. Les
citoyens travaillent – ils épluchent les registres,
l’État civil, les carnets, les journaux
intimes.En 1990,
Pierre Delabre, maire d’Effry, et Jean-Jacques
Thomas, conseiller général du canton d’Hirson, se
mobilisent pour sauvegarder la mémoire d’Effry – et
pour l’ancrer dans l’histoire. En 1993, le Ministère
des Anciens combattants et victimes de guerre finance
la réhabilitation de la nécropole. Le 25 août
1993 le Comité de l’ossuaire est
créé.En 1994,
sous le haut patronage de François Mitterrand,
président de la République, en présence de
Jean-Pierre Balligand, député de Thiérache, de
Jean-Jacques Thomas, et de Pierre Delabre, est
inauguré l’ossuaire rénové. La date d’inauguration du
14 mai est aujourd’hui devenue le jour officiel
de commémoration du calvaire des prisonniers
d’Effry.Aujourd’hui,
la nécropole d’Effry, d’une superficie de
1 090 m²,
recueille les corps de 305 russes, 215 belges, 137
français, dont 14 femmes, 23 roumains, et 1 italien.
Au-delà
de la mémoire
Lors que j’ai été contacté par M. Delabre, maire
honoraire d’Effry, en tant que directeur
départemental des Anciens combattants, je suis allé à
Effry. Je n’y ai rien vu. Il n’y reste rien.
M. Delabre cherchait, depuis plusieurs années, à
obtenir une subvention pour le monument commémoratif
d’Effry. Je visitai ce jour-là Effry, si vert, si
calme. Et puis je rentrai chez moi – et
j’oubliai.La
commémoration annuelle vint. Et puis je dus me
souvenir – pourquoi moi aussi avais-je enterré Effry
dans ma mémoire ?
Alors je retournai voir M. Delabre – qui hocha
doucement la tête :
Personne ne veut entendre parler d’Effry. Le
département de l’Aisne est un de celui qui, en
France, présente le plus grand nombre de cimetières
militaires. Villages martyrs, Chemin des dames,
maquis… À quoi bon faire savoir
ceci ?
À quoi bon une nouvelle horreur à
commémorer ?
Une nouvelle douleur ?Je
décidai de rédiger cette plaquette – mais non ce
paragraphe « Au-delà de la mémoire ». Je
cherchai à inviter diverses autorités à la cérémonie
d’Effry. « Pensez-vous bien que les événements
troubles de ce lazaret, à l’heure de la
réconciliation franco-allemande, doivent
nécessairement être mis en lumière ? »Effry
n’a peut-être pas enterré suffisamment de morts
militaires et civils pour mériter l’attention. À
partir de combien de mort « doit » on
savoir ?
Je me souviens la colère de Pierre Delabre – à qui
l’on reprochait une mégalomanie déplacée, que l’on
soupçonnait de vouloir tirer de telles manifestations
une gloire personnelle.Que
s’est-il passé à Effry ?Effry
nous gêne – parce qu’Effry étend le concept de
barbarie. Nous avons pris pour habitude de considérer
que la monstruosité du XXe siècle a été le fait
de certains régimes, identifiés, répertoriés. Nous
croyons nous souvenir – mais nous refusons de faire
de ces charniers, de ces crématoires, de ces
machettes, des faits historiques. Effry appartient à
la mémoire des habitants d’Effry – non à l’histoire.
Sans cesse est invoqué le « devoir de
mémoire » — notion molle et confortable,
consensuelle :
tel se souviendra, mais tel autre oubliera,
tout
est affaire de décors… Or Effry
signifie le contraire :
la barbarie européenne ne commence pas en 1933 pour
expirer en 1945. Soyons très nets :
l’armée allemande en 1917 est déjà
attachée à
nier l’humain. Effry reçoit des malades – mais à
Effry, on ne soigne pas. On ne nourrit pas. Au
contraire, on établit délibérément un dispositif
visant à étendre les épidémies. On pratique des
amputations sur des membres sains. On viole. On
tue.Plus
encore :
ces pratiques sont rationnalisées, conceptualisées.
La barbarie du XXe siècle n’est pas de l’ordre
d’une folie meurtrière et passagère. Michelsohn n’est
pas un barbare, un amok.
Il y a une ostentation délibérée de la puissance
aveugle – Michelsohn faisant coucher son chien sur
les couvertures des prisonniers bleus de froid… On
voit bien – si l’on veut seulement regarder –
qu’Effry est un camp d’extermination. Nulle part dans
le texte « officiel » je n’ai employé le
terme. Sans quoi le texte n’aurait pu
paraître.Le IIIe
Reich n’a pas inventé l’extermination. Le IIIe Reich
a, au contraire, constitué une modalité de
l’idéologie antihumaniste qui déjà s’exprimait à
Effry. La source de cette idéologie est connue. Elle
porte un nom – le Sonderweg,
l’autre voie. Elle est une œuvre commune, globale, de
certains intellectuels et hommes politiques
allemands. Après la débâcle napoléonienne, après le
reflux des armées française, après l’immense
déception parmi les démocrates européens, la caste
nobiliaire allemande va se constituer en mouvement
réactionnaire, articulant théorie et activisme. Le
point essentiel est que la philosophie des Lumières
est une œuvre française, latine – incompatible avec
l’esprit spécifique des germains. La démocratie, les
droits de l’homme sont étrangers à la nature
allemande. Ces positions du Sonderweg restent
marginales – mais trouvent écho chez les aristocrates
prussiens, les junkers, ou chez certains
nationalistes bavarois… L’armée allemande, et non la
nation allemande, devient le terreau de cette
idéologie. Il n’est pas ici question de discuter ce
point de l’histoire des idées. Lentement, l’armée
allemande secrète une théorie de la guerre, ainsi
chez Clauzewitz apparaît la formalisation d’un projet
militaire – qui est à la fois lié à l’écrasement de
l’ennemi (et non à la recherche d’une « défaite
militaire »), à la notion de guerre totale
devant également investir la sphère civile, et à
l’idée que « la guerre est la continuation de la
politique par d’autres moyens ». Il n’y a donc
pas de soumission du militaire au politique. Il n’y a
donc pas de droits civils à opposer aux impératifs
militaires – d’extermination de l’adversaire. La
conséquence ultime du Sonderweg, c’est que tout est
militaire. Tout est ennemi. La guerre est le
fondement de la nation. La
mort est un maître venu d’Allemagne…
(Celan).Effry
gêne – car Effry exprime la quintessence de la
machine de guerre. La machine de guerre est machine
de mort – et rien d’autre. Effry gêne – car Effry
porte en germe l’idée que l’extermination massive
pratiquée ici et là tout au long du XXe siècle
n’est pas le fait de telle
idéologie –
puisqu’aussi bien nationalisme, stalinisme, nazisme,
marxisme polpotien, ethnicisme, que
sais-je ?
l’ont pratiqué. Aucune idéologie ne semble à l’abri
de voir germer en elle un désir de mort absolue. Y
a-t-il un point commun à ces
barbaries ?
La réponse est à Effry :
l’existence même d’un corps militaire autonome, non
soumis au pouvoir civil, a permis un tel crépuscule
de l’humain.
GlossaireDiphtérie
— Maladie
microbienne grave, et très contagieuse, occasionnant
une angine du larynx, et provoquant asphyxie,
paralysies, pouvant entraîner la
mort.Dysenterie-
Maladie
microbienne également grave, due aux mauvaises
conditions d’hygiène, se traduisant par des diarrhées
sanglantes et des douleurs violentes dans l’appareil
digestif.Fièvre
typhoïde – Maladie
microbienne très contagieuse, pareillement due au
manque d’hygiène, caractérisée par une forte fièvre,
des douleurs abdominales et des diarrhées. Les
atteintes du cerveau et du cœur peuvent entraîner la
mort.Kommandantur
Commandement
local de la police militaire dans les zones occupées
par l’Allemagne, durant la 1re et la 2nde guerre
mondiale.Lazaret
Hôpital,
notamment militaire. Ainsi dans le
Robert :
« Lazaret,
1567, de l’italien lazzaretto, altération de
Nazaretto, nom donné à l’hôpital Santa Maria di
Nazaret, lieu de quarantaine, sous l’influence de
lazzaro, « ladre, lépreux ». Établissement
où s’effectue le contrôle sanitaire, l’isolement des
malades contagieux, dans un port, une station
frontière, un
aérodrome ».Mutineries.
Soulèvements des soldats en 1917, au départ pour des
causes non politiques – les mutins contestaient les
cadences de montée au front. Les mutineries seront
réprimées par l’État major
français. S.
T. O. Service
du Travail Obligatoire. Réquisitions forcées de
travailleurs dans l’Europe occupée, durant la 2e
guerre mondiale, par les nazis et leurs alliés. Les
jeunes gens étaient envoyés dans des usines en
Allemagne pour participer à l’effort de
guerre.Z. A.
B. Bataillons
de travailleurs civils (All.
Zivilarbeitersbataillon).
Remerciements M. Auriol,
historien Mlle
Cernogora, lectrice et conseillère et le
resteMlle Day,
historienne à Hirson, directrice du Musée
d’Hirson M. Delabre,
maire honoraire d’Effry M. Malatray,
habitant d’Effry, travaillant sur l’Etat-civil de
1917 M. Molinaro,
maire actuel d’Effry. Mme
Mulet-Lesage, habitant Sains-Richaumont, travaillant
sur les carnets de Mme Déruelle M. Raguet,
documentaliste et collectionneur. Dr.
Roumeguère, pour les précisions
épidémiologiques. La
DMPA. L’Ambassade
de la R.F.A. à Paris. Et
tous les habitants d’Effry.
Sources M. Godinet-Puvion,
« Sous
le brassard rouge » P. Hervet,
« Les
nécropoles françaises de la
captivité »Mme
Hubinet, « L’enclume
et le marteau » — publié
en 1932, sous le pseudonyme « Buthine »,
par Paul Dupont, Paris.
Copyright… Service départemental des Anciens
Combattants de l’Aisne.
Molière : édition numérique et Pléiade
Alliant le
papier bible et les liens hypertexte, l’édition
des Œuvres
complètes de Molière
proposée par Georges Forestier et Claude Bourqui dans
La Pléiade est la première grande entreprise
éditoriale de l’ère numérique.
Les
maîtres d’œuvre de ces deux tomes entièrement
rénovés mettent en ligne les notes et documents
qu’ils n’ont pu reproduire dans l’appareil critique
de la version papier.
Le site du projet
Molière 21, hébergé
par le centre d’édition électronique « Corpus
électroniques de la première modernité » de
l’université Paris-Sorbonne (http://www.moliere.paris-sorbonne.fr/,
ouverture le 17 mai, le jour de la sortie du volume
papier), accompagne la parution de La Pléiade, en
fournissant des éléments complémentaires hors de
portée d’une édition papier :
un outil permettant de comparer mot à mot les
versions de plusieurs pièces essentielles, notamment
du Dom
Juan, et de
comprendre dans toute sa complexité le travail de
genèse de l’œuvre, une gigantesque chronologie de
l’âge classique, et surtout une immense base de
données de textes de référence sur l’ensemble des
pièces éditées dans La Pléiade.
Défense des Mille et Une Nuits
(Photo : Illustration pour les « Mille et une nuits » ©DR)
Des avocats avaient engagé une procédure demandant l’interdiction de l’ouvrage considéré par les milieux islamistes comme obscène.
Le Syndicat des écrivains égyptiens va porter plainte pour « destruction de patrimoine », contre un groupe d’avocats, influencé par les milieux islamistes, qui demandent l’interdiction de la réédition du conte des Mille et une nuits, annonce l’Agence de presse internationale catholique. Ce texte appartenant à l’histoire de la littérature arabe aurait, selon le groupe d’avocats demandant l’interdiction de la publication, un caractère trop marqué par la sexualité. Le texte ferait trop de références au sexe qui « encouragent au vice et au péché ». Les avocats demandent la confiscation de l’ouvrage et la poursuite de ses éditeurs. Selon eux, l’ouvrage viole un article du Code pénal égyptien punissant de deux ans de prison les « offenses à la décence publique ». Chaque édition est soumise à discussion et une version des Mille et une nuits avait déjà été interdite en Égypte en 1980.
Michel Winock Mme de Staël
Sa vie ressemble à un roman d’aventures écrit par un scénariste. Germaine de Staël a connu les ors de Versailles quand son père, Necker, était principal ministre de Louis XVI ; à Paris comme à Coppet, elle a régné sur ce que les Lumières ont produit de plus talentueux ; son roman Corinne a été un immense succès et ses livres politiques, lus de Weimar à Pétersbourg, ont exaspéré les adversaires de la liberté, mais elle a eu à ses pieds les meilleurs esprits. Mme de Staël a aussi passé la moitié de sa vie en exil ou sur les routes, en quête d’une sérénité inaccessible et d’un amour inatteignable. Cette fille à papa est rentrée dans l’ombre des géants du temps — Napoléon, Constant ou Chateaubriand — et ses idées « libérales » autant que sa sensibilité débordante apparaissent hors de saison. Et pourtant… Parti sur les traces de cette inconnue célèbre, c’est à une découverte que nous convie Michel Winock. Mme de Staël, de tempérament mélancolique, ne se résigne pas au malheur. Elle ne renonce à rien, se moque du qu’en-dira-t-on, ouvre sa porte aux amis, même menacés, comme aux contradicteurs. Elle a pour boussole la liberté et, pour source d’énergie, l’enthousiasme. « Avec elle, écrit Chateaubriand, s’abattit une partie considérable du temps où j’ai vécu : telles de ces brèches, qu’une intelligence supérieure en tombant forme dans un siècle, ne se refermant jamais. »
Fayard, 577 p.
