Souvenirs de la marquise de Créquy
Un intense
bonheur de lecture :
les
Souvenirs
de Renée-Victoire de Froulay, marquise de
Créquy,
peut-être apocryphes, mais
qu’importe ?
10 tomes
d’env. 250 pages chacun, un régal.
Cousine de la divine Émilie de Breteuil du Châtelet,
qu’elle n’aimait guère, la marquise (ou plus
vraisemblablement l’écrivain du XIXe s., ami de
Dumas, Maurice Cousin de
Courchamps ?)
livre un tableau fin et spirituel de la noblesse sous
la Régence et sous Louis XV, moins amer et grinçant
que les mémoires de Saint-Simon, mais juste assez
mauvaise langue, décapant avec verve de nombreux
personnages consacrés.
Voici bien longtemps que, réfugiée dans mon cher
XVIIIe siècle, je n’avais goûté un tel
plaisir.
Livre du jour Rosny La Guerre du feu
Chaque jour, un livre en téléchargement
« Les Oulhamr fuyaient dans la nuit épouvantable. Fous de souffrance et de fatigue, tout leur semblait vain devant la calamité suprême : le Feu était mort. Ils l’élevaient dans trois cages, depuis l’origine de la horde ; quatre femmes et deux guerriers le nourrissaient nuit et jour. Dans les temps les plus noirs, il recevait la substance qui le fait vivre ; à l’abri de la pluie, des tempêtes, de l’inondation, il avait franchi les […]. »
La Guerre du feu, de J.-H. Rosny Aîné
Livre du jour Rostand L'Aiglon
Chaque jour, un livre en téléchargement
« Les Dames, au clavecin, parlant toutes à la fois, et riant comme des folles.
- Elle manque tous les bémols.
- C’est un scandale !
- Je prends la basse.
- Un, deux !
- Harpe !
- La… la !…
- Pédale !
BOMBELLES à Thérèse
- C’est vous ?
THÉRÈSE
Bonjour, Monsieur de Bombelles.
UNE DAME, au clavecin.
- Mi… sol…
THÉRÈSE
- J’entre comme lectrice aujourd’hui.
UNE AUTRE DAME, au clavecin […] »
L’Aiglon d’Edmond Rostand.
Zola tel qu'en lui-même
Nous
saluons toujours ici les précieuses publications
d’Henri
Mitterand, qui nous
gâte beaucoup ces derniers temps.
Cette
fois, avec
Zola tel qu’en lui-même,
il dynamite la « vulgate scolaire »,
décolle les vieilles étiquettes de
« naturalisme », pulvérise tous les clichés
qui masquent l’extraordinaire puissance artistique du
romancier, et, comme toujours, nous invite à le
relire.

Lorsque Zola a choisi le mot naturalisme pour définir sa conception du roman, il n’a sans doute pas mesuré à quel point la réception de son œuvre proprement romanesque allait en souffrir. Il s’assurait ainsi une célébrité durable dans les manuels d’histoire littéraire et dans la réserve de clichés de la critique au quotidien. Mais il dissimulait, et d’abord peut-être à ses propres yeux, la véritable nature de son génie. Sans sous-estimer l’originalité et la force doctrinales de son discours théorique et critique, ni l’éclat de ses enquêtes sociales, l’analyse moderne reverse du côté du désir de récit sa fascination pour la pensée de son temps, celle de Michelet, de Lucas, de Taine, elle-même marquée par l’attrait des grands récits de genèse.Qu’on ne soit pas dupe des raideurs du roman expérimental. Zola, tel qu’en lui-même, n’est pas un homme de systèmes et de modèles, mais avant tout un conteur, un peintre, un poète. Seul et monumental. Le public d’aujourd’hui reconnaît la démesure d’une œuvre visionnaire aux multiples profondeurs, rythmée par ses prises de vues sur les décors de l’existence humaine, sa scénographie des fièvres et des violences du corps et de l’histoire, ses glissades dans l’étrangeté et le chaos de la vie, ses détraquements du réel sous le poids des mythes immémoriaux. « Le souffle de la passion », selon les propres mots de Zola, partout présent.
Table des matières :
Introduction. — Pour libérer Zola du « naturalisme » Première partie. — GenèsesI. Trios tragiquesII. Une archéologie romanesqueIII. L’origine des « mondes »IV. Mémoire de la violence Deuxième partie. — Le lieu et le sensI. Espaces de l’histoire et espaces du romanII. Un corps dans la villeIII. L’envers de la Belle Époque Troisième partie. — DépassementsI. Le « rêveur définitif »II. Passage de l’OuraganIII. Abymes zoliens Quatrième partie. — VéritésI. Face aux pouvoirsII. Mise au point : Zola et CézanneConclure ?
Presses universitaires de France
Hors collection
ISBN : 978-2-13-057082-0
Parution : le 11/02/2009
Prix : 25 euros
Nb de pages : 240 pages
Livre du jour Corneille La Place royale
EXTRAIT
Cléandre
Vit-on jamais amant de la sorte enflammé,
Qui se tînt malheureux pour être trop aimé ?
Alidor
Comptes-tu mon esprit entre les ordinaires ?
Penses-tu qu’il s’arrête aux sentiments vulgaires ?
Les règles que je suis ont un air tout divers ;
Je veux la liberté dans le milieu des fers.
Il ne faut point servir d’objet qui nous possède ;
Il ne faut point nourrir d’amour qui ne nous cède ;
Je le hais, s’il me force : et quand j’aime, je veux
Que de ma volonté dépendent tous mes vœux ;
Que mon feu m’obéisse, au lieu de me contraindre ;
Que je puisse à mon gré l’enflammer et l’éteindre,
Et toujours en état de disposer de moi,
Donner, quand il me plaît, et retirer ma foi.
Pour vivre de la sorte Angélique est trop belle :
Mes pensers ne sauraient m’entretenir que d’elle ;
Je sens de ses regards mes plaisirs se borner ;
Mes pas d’autre côté n’oseraient se tourner,
Et de tous mes soucis la liberté bannie
Me soumet en esclave à trop de tyrannie.
J’ai honte de souffrir les maux dont je me plains,
Et d’éprouver ses yeux plus forts que mes desseins.
Je n’ai que trop langui sous de si rudes gênes ;
À tel prix que ce soit, il faut rompre mes chaînes,
De crainte qu’un hymen, m’en ôtant le pouvoir,
Fît d’un amour par force un amour par devoir.
Corneille, La Place royale
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/corneille_la_place_royale.pdf
Montaigne en français moderne
Nous vous proposons ici une traduction en français moderne des « Essais » de Michel de Montaigne (édition 1595) par Guy de Pernon.
Laissons le traducteur présenter son travail :
Les éditions prétendument « grand public » (« Folio », Garnier, Arléa…) qui ajoutent souvent la mention « mis en français moderne » ne font en réalité que reproduire le texte de 1595 avec des « améliorations » plus ou moins importantes en matière de ponctuation et d’orthographe… ce qui donne un texte d’apparence moderne en effet, mais tout aussi incompréhensible pour le lecteur ordinaire.
André Lanly est le seul à ma connaissance qui ait publié jusqu’ici une traduction. Mais s’il a cherché des équivalents aux mots en usage à l’époque, il a cru devoir respecter pour l’essentiel la structure des phrases de Montaigne, largement influencée par la syntaxe latine. De ce fait, sa « traduction » demeure souvent opaque et peu agréable à lire pour un lecteur non-spécialiste…
J’ai donc jugé utile de refaire ce travail intégralement, et dans une autre optique : celle de permettre la lecture de Montaigne au plus grand nombre possible et pour cela adopter un français vraiment contemporain.
Et pour que la lecture en soit plus commode, avec une mise en page plus conforme à nos habitudes actuelles, j’ai découpé le texte en paragraphes : l’original n’en comportait pratiquement pas.
Télécharger ici :
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/montaigne_essais_traduction_1.pdf
Livre du jour Gautier Mlle de Maupin
Chaque jour, un livre en téléchargement
"Tu te plains, mon cher ami, de la rareté de mes lettres. Que veux-tu que je t’écrive, sinon que je me porte bien et que j’ai toujours la même affection pour toi ? Ce sont choses que tu sais parfaitement, et qui sont si naturelles à l’âge que j’ai et avec les belles qualités qu’on te voit, qu’il y a presque du ridicule à faire parcourir cent lieues à une misérable feuille de papier pour ne rien dire de plus. J’ai beau chercher, je n’ai rien qui vaille la peine d’être rapporté […]."
Mademoiselle de Maupin, de Théophile Gautier
Livre du jour G. Leroux Le Fantôme de l'Opéra
Chaque jour, un livre en téléchargement
« Ce soir-là, qui était celui où MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l’Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l’occasion de leur départ, la loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était subitement envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet qui remontaient de scène après avoir « dansé » Polyeucte. Elles s’y précipitèrent dans une grande confusion, les unes faisant entendre des rires excessifs et peu naturels, et les autres des cris de terreur.
La Sorelli, qui désirait être seule un instant pour « repasser » le compliment qu’elle devait prononcer tout à l’heure au foyer devant MM. Debienne et Poligny, avait vu avec méchante humeur toute cette foule étourdie se ruer derrière elle. Elle se retourna vers ses camarades et s’inquiéta d’un aussi tumultueux émoi. Ce fut la petite Jammes, – le nez cher à Grévin, des yeux de myosotis, des joues de roses, une gorge de lis, – qui en donna la raison en trois mots, d’une voix tremblante qu’étouffait l’angoisse :
« C’est le fantôme ! »
Et elle ferma la porte à clef. […] »
Gaston Leroux, Le Fantôme de l’Opéra
Livre du jour Tchekhov La Mouette
TCHEKHOV, ANTON PAVLOVITCH :
La Mouette —
Théâtre
Fils d’une
comédienne célèbre, Constantin Treplev, jeune
écrivain, veut conquérir la gloire, et avec cette
dernière, la main de Nina (la Mouette), sa voisine.
Mais tout ne se passera pas comme il l’espère lors de
sa première représentation
théâtrale…L’art et
le théâtre sont très présents dans cette pièce,
chaque personnage y étant plus ou moins
lié :
Arkadina qui se croit toujours une grande actrice-
Treplev son fils qui rêve de révolutionner le théâtre
— Trigorine l’amant d’Arkadina, un écrivain connu —
Nina qui désire devenir actrice et est fascinée par
le monde de l’art. Le second grand thème de cette
pièce est l’Amour, avec ses illusions et ses
désillusions.
http://www.ebooksgratuits.com/pdf/tchekhov_la_mouette.pdf
La Professeure Jacqueline a réformé son orthographe
La Professeure Jacqueline a réformé son orthographe
Article publié dans
Le point sur la langue française. Hommage à André
Goosse
édité par Michèle Lenoble-Pinson et Christian
Delcourt (Bruxelles :
Le Livre Timperman, 2006) [= Revue belge de
Philologie et d’Histoire, 84 (2006) 3]. pp. 73 à
93
bas
de page, colonne de gauche :
http://jpicochelinguistique.free.fr/
Rageant contre mes éditrices, et contre toutes les
solennelles âneries lues sur la féminisation des
noms, j’avais besoin de cette bouffée
d’oxygène !
Debussy Jean-Yves Tadié
Livre du jour Tolstoï Anna Karénine
Chaque jour, un livre en téléchargement
« Tous les bonheurs se ressemblent, mais chaque infortune a sa physionomie particulière.
La maison
Oblonsky était bouleversée. La princesse, ayant
appris que son mari entretenait une liaison avec une
institutrice française qui venait d’être congédiée,
déclarait ne plus vouloir vivre sous le même toit que
lui. Cette situation se prolongeait et se faisait
cruellement sentir depuis trois jours aux deux époux,
ainsi qu’à tous les membres de la famille, aux
domestiques eux-mêmes. Chacun sentait qu’il existait
plus de liens entre des personnes réunies par le
hasard dans une auberge, qu’entre celles qui
habitaient en ce moment la maison Oblonsky. La femme
ne quittait pas ses appartements ;
le mari ne rentrait pas de la
journée ;
les enfants couraient abandonnés de chambre en
chambre ;
l’Anglaise s’était querellée avec la femme de charge
et venait d’écrire à une amie de lui chercher une
autre place ;
le cuisinier était sorti la veille sans permission à
l’heure du dîner ;
la fille de cuisine et le cocher demandaient leur
compte. »
Léon
Tolstoï, Anna
Karénine
http://jydupuis.apinc.org/vents/Tolstoi-Karenine-1.pdf
http://jydupuis.apinc.org/vents/Tolstoi-Karenine-2.pdf
Livre du jour Collodi Pinocchio
Chaque jour, un livre en téléchargement
Comment Maître Cerise, le menuisier, trouva un morceau de bois qui pleurait et riait comme un enfant.
Il était une fois…
– Un roi ! – vont dire mes petits lecteurs.
Eh bien non, les enfants, vous vous trompez. Il était une fois… un morceau de bois.
Ce n’était pas du bois précieux, mais une simple bûche, de celles qu’en hiver on jette dans les poêles et dans les cheminées.
Je ne pourrais pas expliquer comment, mais le fait est qu’un beau jour ce bout de bois se retrouva dans l’atelier d’un vieux
menuisier, lequel avait pour nom Antonio bien que tout le monde l’appelât Maître Cerise à cause de la pointe de son nez qui était toujours brillante et rouge foncé, comme une cerise mûre.
Apercevant ce morceau de bois, Maître Cerise devint tout joyeux et, se frottant les mains, marmonna :
– Ce rondin est arrivé à point : je vais m’en servir pour fabriquer un pied de table. […]
Carlo Collodi, Pinocchio
Les Lumières au féminin
(C’est un traité d’éducation qui s’oppose à l’Émile de Rousseau)
Résumé de la thèse
Dans Les Conversations d’Émilie (1782), Louise d’Épinay, femme de lettres des Lumières liée au milieu encyclopédique, propose un modèle d’éducation féminine s’incarnant dans une série de vingt dialogues inspirés des conversations pédagogiques qu’elle a partagées avec sa petite-fille Émilie. S’appropriant, dans cette œuvre testamentaire, la structure de la conversation philosophique pour l’éducation d’une fillette et ancrant cette structure dans un cadre intime, elle offre une solution de compromis permettant aux femmes un accès à une formation morale et intellectuelle alliant bonheur et utilité sociale. L’intimité devient le terrain d’élection d’une pensée qui cherche son dépassement dans la transmission générationnelle de son modèle pédagogique et son prolongement dans un espace d’amitié et d’intellectualité féminines. Porteur, en point de mire, d’une réforme des possibilités sociales pour les femmes, le modèle de Louise d’Épinay, grâce à sa forme dialogique, s’inscrit pleinement dans ce que l’on pourrait appeler les « Lumières au féminin. »
http://archimede.bibl.ulaval.ca/archimede/files/24756f8c-7c19-4bbf-9d4c-d5f1f10315d5/20994.html
Livre du jour Corneille Œdipe
Chaque jour, un livre en téléchargement
«Thésée.
N’écoutez plus, madame, une pitié cruelle,
qui d’un fidèle amant vous feroit un rebelle :
la gloire d’obéir n’a rien qui me soit doux,
lorsque vous m’ordonnez de m’éloigner de vous.
Quelque ravage affreux qu’étale ici la peste,
l’absence aux vrais amants est encor plus funeste ;
et d’un si grand péril l’image s’offre en vain,
quand ce péril douteux épargne un mal certain.
Dircé.
Le trouvez-vous douteux quand toute votre suite
par cet affreux […]».
Œdipe, de Pierre Corneille.
Dictionnaire érotique de la francophonie
Il vient de publier un Dictionnaire érotique de la Francophonie, qui permettra d’éviter bien des quiproquos.
« […]
Les faux amis ne manquent pas ! En québécois, par exemple, se branler signifie s’agiter, et il n’est pas rare d’entendre une mère dire à son enfant : « arrête de te branler ». Dans un autre genre, on évitera de demander à un Québécois comment vont ses gosses, ce qui revient à prendre des nouvelles de ses testicules. En Suisse, un patin n’est pas un baiser argotique, mais une couche, un lange, quant à la quéquette, elle désigne un plateau servant à quêter, voire la quête elle-même. […] »
Il a livré une interview hilarante à Catherine Mallaval (Libération du 24 janvier 2009, « Dico du cul voyageur »)
(1) Parlez-vous le politiquement correct ? Coll. « Autour des mots », éditions Racine, 128 pp., 15,70 euros.
Dictionnaire de belgicismes, Georges Lebouc, éditions Racine, 2006
Dictionnaire érotique de la francophonie, Ed. Racine, coll. Autour des mots, 2008. 15,70 euros.
