Robert MAUZI, L'Idée de bonheur dans la littérature et la pensée française du XVIIIe siècle
compte-rendu et fiche de synthèse

Biographie

Né à Toulouse en 1927, Robert Mauzi a fait ses études secondaires et de lettres supérieures au lycée Pierre-de-Fermat dans cette ville puis en khâgne au lycée Henri-IV à Paris avant d'intégrer l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1946.

Reçu à l'agrégation de lettres en 1950, il est admis à la Fondation Thiers où il reste jusqu'en 1954, assurant parallèlement des cours comme « caïman » à Normale Sup.
C'est à la Fondation Thiers qu'il rencontre Michel Foucault, agrégé de philosophie et pensionnaire lui aussi, avec lequel il entretiendra durant de longues années des relations intellectuelles, comme d'ailleurs avec Roland Barthes.

Nommé assistant à la faculté des Lettres de Lyon, il soutient en 1960 sa thèse de doctorat ès-lettres sur
L'idée de bonheur dans la littérature et la pensée française auXVIIIe siècle.
En1962 il devient titulaire de sa chaire à l'université de Lyon avant de devenir en 1969 professeur titulaire à la Sorbonne.
De1970à1986, Robert Mauzi a été le directeur du CELLF -Centre d'études de la langue et de la littérature française-17
e-18e (Université Paris IV Sorbonne).
Professeur émérite à la Sorbonne, Robert Mauzi est mort enaoût2006.
Sa thèse sur
L'idée de bonheur au XVIIIe siècle, rééditée, continue de faire autorité.
Présentation générale

La thèse de Robert Mauzi occupe une place de choix parmi les grandes études consacrées au XVIIIe siècle.

À propos de l'idée du bonheur, au XVIIIe siècle, l'auteur nous offre une magistrale synthèse de toutes les formes qu'ont revêtues à cette époque l'existence, la sensibilité, l'imagination et la pensée.

Malgré une évolution certaine à l'intérieur du siècle, l'unité l'emporte sur la diversité
: le plan de l'ouvrage n'est donc pas chronologique, mais systématique.

Une série d'analyses notionnelles, appuyées sur une documentation impressionnante, qui va de Fénelon à Senancour, nous situent l'idée de bonheur en face de ses différentes conditions, et c'est là l'objet de la première partie
: la recherche du bonheur dépend de l'idée qu'on se fait de l'homme, de sa liberté, elle est liée à des conditions psychologiques, sociales, morales et philosophiques.

Dans une deuxième partie, Robert Mauzi associe, selon sa propre expression, «
 l'idée de bonheur aux diverses formes de l'existence ».

Il y étudie les différentes composantes du bonheur (sensation, repos, plaisir, passion, raison, vertu), et tente de reconstruire, « 
selon un ordre de complexité croissante, le chef-d’œuvre d'une âme et d'une vie heureuses ».

Tout an long de ces analyses - et ce n'est pas le moindre intérêt de l'ouvrage- , une place de choix est consacrée aux grands auteurs.

Qu'il s'agisse de Montesquieu, de Prévost, de Voltaire, ou des autres, il est toujours utile et souvent indispensable de se reporter aux pages que leur consacre M. Mauzi et qui continuent de faire autorité en la matière.

Un index précieux facilite la consultation de cet ouvrage de plus de 700 pages.



L'idée du bonheur au XVIIIe siècle
: dossier de synthèse

Ce texte est la présentation des grandes lignes de la thèse de doctorat de M. Robert Mauzi, L’Idée de bonheur dans la littérature et la pensée française au XVIIIe siècle, édition Armand Colin.


On a depuis longtemps reconnu au XVIIIe siècle, comme traits distinctifs, le goût de vivre et le goût des idées. Mais peut-être n'a-t-on pas assez montré en quoi chacun des deux soutient et nourrit l'autre. Deux séries d'idées ou d'images se déroulent ainsi sans se rejoindre d'un côté, les fêtes galantes, le libertinage, l'irresponsabilité des cœurs heureux
; de l'autre, la fureur raisonnante et l'agressivité toute négative de systèmes sans résonances.


Il était tentant de reprendre ces images et de partir à la recherche des sources profondes où les attitudes qu'elles illustrent puisent leur origine. L'idée du
bonheur offrait une belle occasion. On sait à quel point le thème du bonheur constitue un leitmotiv obsédant tout au long du siècle des lumières et des âmes sensibles. Le bonheur est cette revendication naturelle dont l'homme prend conscience en même temps que de lui-même. Il est le prétexte des travestissements et des jeux, ainsi que le pivot de cette morale naturelle que les rationalistes aussi bien que les sentimentaux élaborent. C'est au nom du bonheur - et non plus du salut - que les hommes d'Église prônent la soumission sans ascétisme à un dieu paternel. C'est au nom du bonheur que les philosophes et les réformateurs proposent leurs systèmes, que l'on forge les utopies moralisantes, que l'on justifie cyniquement les prestiges du luxe et de l'argent. Du roué à l'âme sensible, si les moyens sont différents, le but ne change pas c'est toujours à se rendre heureux que l'on travaille.


La recherche du bonheur appartient à la fois à la réflexion, à l'expérience et au rêve. On peut la saisir dans les systèmes, dans la trame d'une vie ou le déroulement d'une fiction. Traités théologiques, moraux ou politiques, romans, poèmes, mémoires, toutes les formes de l'expression philosophique et littéraire servent à transmettre les vibrations du mot magique. Des publications libertines aux manuels d'occultisme, des œuvres les plus conformistes aux pamphlets les plus virulents, tout invite à poursuivre une pierre philosophale, peut-être moins insaisissable que celle de la vieille alchimie.


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Sans doute, du début à la fin du siècle, on peut dire que cette idée du bonheur évolue. Mais
il faut renoncer - d'ailleurs c'est le plus souvent facile - à diviser le siècle en deux moitiés, en deux générations d'âmes, les unes trop sèches, les autres trop tendres, dont la seconde prend, excédée et délivrée, la relève de la première.

Des constatations élémentaires détruisent cette illusion
: Prévost et Vauvenargues appartiennent à la période qui est traditionnellement celle du rationalisme, tandis que le Système de la nature d'Holbach paraît en 1770, c’est-à-dire en plein cœur de la période dite sentimentale.

D'ailleurs ce n'est pas seulement la chronologie traditionnelle qu'il faut réajuster. Mais surtout ces dénominations globales, ces étiquettes qui figent une attitude, grossissent une tendance pour en faire autant d'absolus intimidants, qui semblent imposer une science toute faite et qu'on n'a plus le droit de remettre en question. Il ne suffit pas de douter que les sentimentaux aient succédé aux rationalistes.
L'opposition même entre sentimentaux et rationalistes, hors de toute évolution, est contestable, sinon absurde, et conduit à ne pas comprendre le XVIIIe siècle.

Quelques exemples démontrent que ce sont les rationalistes qui défendent les droits de la passion, tels Mme du Châtelet ou Diderot, alors que ce sont les auteurs dits sensibles, Prévost ou Rousseau, qui instruisent le plus sévèrement le procès des passions. Il n'y a là en vérité aucun paradoxe, car il est normal que songent à disqualifier les passions ceux-là mêmes qui se sentent peu armés pour leur résister. Mais voilà qui brouille singulièrement les cartes, si les rationalistes se mettent à exalter les passions, pendant que les âmes sensibles prônent la sagesse.

Un autre exemple
: on oppose volontiers l'esprit encyclopédique et la sensibilité préromantique. Or la sensibilité préromantique ne saurait être mieux définie que comme une application à la vie de l'âme des principes du sensualisme; et le sensualisme, comme chacun sait, est la philosophie qui prévaut chez les encyclopédistes. On pourrait même accuser de simplification le schéma traditionnel qui plante face à face, en deux camps ennemis, philosophes et bien-pensants. S'il est vrai que les batailles furent âpres, l'hostilité virulente des clans ne coïncide pas toujours exactement avec un antagonisme absolu des doctrines. Comme il est vain, par exemple, d'opposer l'empirisme des philosophes et le spiritualisme des chrétiens La réalité est autrement complexe: alors que certains philosophes demeurent, malgré eux, des métaphysiciens, les chrétiens perdent souvent le sens du surnaturel. Et en définitive on ne sent guère de différence entre la morale chrétienne et la morale philosophique, l'une et l'autre étant fondées, à peu près, sur la même idée de la nature humaine.

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