Bibliographie sur la ville de Prague
Histoire
Bernard
Michel,
Histoire de Prague,
Fayard, 1998.Considéré comme le plus grand
connaisseur de l’histoire tchèque et tchécoslovaque en
France, Bernard Michel retrace ici l’histoire de l’une des
capitales intellectuelles de l’Europe centrale.
Jan
Kaplan & Krystyna Nosarzewska,
Prague :
un siècle turbulent,
Könemann, 1997.Grâce à l’étude de
photographies, d’anciens documents et clichés, d’annonces
publicitaires, d’albums de photos et d’autres souvenirs, ce
livre raconte l’histoire culturelle et politique de la
ville entre 1900 et 1989.
Angelo
Mario Ripellino,
Praga magica :
voyage initiatique à Prague,
Pocket Terre humaine, 2005.Livre baroque sur Prague, ville
labyrinthe et carrefour de l’Europe, résidence au
XVIe siècle du roi de Bohême et de Hongrie, Maître de
l’Autriche et empereur romain, témoignage d’un illustre
passé et d’une résistance souterraine à l’oppression, cet
essai d’anthropologie culturelle tient du voyage
initiatique. Dans cette capitale mythique de l’Europe
centrale se côtoient et s’interpénètrent trois courants de
pensée :
tchèque, allemand et juif hassidique. Traduction de l’italien par
Jacques Michaut-Paterno.
A. Quelques
visions de la Prague éternelle
Catherine
Sauvat,
Prague :
vision de mille ans d’architecture,
Hermé 2005. Le livre présente les grandes
périodes de l’architecture de la ville, les monuments et
les façades de maisons ainsi que l’histoire personnelle des
propriétaires.Photographies de Hervé
Champollion.
Philippe
Bénet & Renata Holzbachova,
Châteaux de Bohême,
ACR, 2005.
Quelques dizaines de châteaux sur les 2000 que compte la
République tchèque sont présentées dans cet ouvrage.Leur
décoration intérieure offre un panorama de l’art gothique,
renaissant, baroque, Art nouveau ou cubiste.
Maketa
Theinhardt & Pascal Varejka,
Prague imprévu,
Flammarion, 1997.
Pavel Stecha a photographié une centaine d’intérieurs
praguois :
publics ou privés, lieux intimes et méconnus, les époques
gothique et baroque côtoient l’Art nouveau, le cubisme ou
le fonctionnalisme.
Anne
Hebler Michaela Brozova & Chantal Scaler,
Prague :
passages et galeries,
Norma — Institut français d’architecture,
1993
Photographies contemporaines :
Rudolf Duda, Petr Zhor & Pavel Stecha.
Littérature
Le
Goût de Prague,
Mercure de France, 2003.« Prague, ce centre
dramatique et douloureux du destin occidental, s’éloigne
lentement dans les brumes de l’Europe de l’Est à laquelle
elle n’a jamais appartenu. Elle, première ville
universitaire à l’est du Rhin, scène au XVe siècle de
la première grande révolution européenne, berceau de la
Réforme, ville qui a fait éclater la guerre de Trente Ans,
capitale du baroque et de ses folies, elle qui, en 1968, a
vainement essayé d’occidentaliser le socialisme importé du
froid. L’image de l’Atlantide me vient à
l’esprit. » Édifiant bilan que
celui dressé par Milan Kundera, en 1980.
C’est de cette Prague insaisissable que nous parlent les
écrivains réunis ici :
Jan Neruda, Leo Perutz, Max Brod, Franz Kafka, Vitezslav
Nezval, Ivan Klima, Bohumil Hrabal…
Prague cité magique,
Critique n° 147, Minuit, 1987.Devetsil :
l’avant-garde tchèque, Chveik, ange de l’absurde, Kafka et
Prague, L’Ascèse démiurgique de Ladislas Klima, La Musique
tchèque ou la perpétuation des racines, sont quelques
exemples du sommaire de ce numéro de revue consacré à
Prague.
Images
de la Bohême dans les lettres françaises : réciprocité
culturelle des Français, Tchèques et Slovaques,
Presses de l’Université Paris-Sorbonne,
2004.
Petr
Kral,
Prague,
Champ Vallon, 2000.
Petr Kral (né en 1941) restitue le charme mystérieux et
tragique de ce haut carrefour du baroque et du
totalitarisme, lieu de désillusions d’un système, métropole
légendaire de laquelle on ne peut détacher le fantôme de
Kafka et les dramatiques événements de 1968.
B. Prague
à l’âge d’or de la Bohême :
1500-1620
Époque d’accumulation d’étranges trésors, le fameux cabinet
des curiosités de Rodolphe, qu’il faudra trois siècles de
pillages pour épuiser. La peinture d’Arcimboldo, l’un des
peintres de la cour, rend bien compte de l’esprit qui y
régnait :
astrologie, magie, alchimie et son étonnante hybridation
avec la florissante tradition juive qui donna naissance à
l’un des plus fameux mythes praguois courant au moins
jusqu’à 1945, la création du Golem par un rabbin
génial.Tout
ceci devait se terminer dans un bain de sang, en 1620,
lorsque les troupes tchèques furent défaites par les
Autrichiens, près de Prague, lors de la tristement fameuse
bataille de la Montagne blanche. Répression, pillages
ouvrirent la période suivante où le centre de l’Europe se
déplaça…
Littérature
Jacques
Kraemer,
Le Golem
(théâtre) Ed. des Quatre-Vents, 1999.
«Au
XVIe siècle, à Prague, un rabbi kabbaliste crée à
partir d’une masse d’argile un géant à forme humaine, un
Golem. Pour lui insuffler la vie, il lui grave sur le front
le mot « vérité », en
hébreu :
emet. Le Golem accomplit sa mission, protéger la communauté
juive du pogrom qui la menace, puis se révolte contre son
créateur. Pour le détruire, le rabbi ôtera le aleph
initial, transformant ainsi le mot « vérité » en
« mort », qui s’écrit met. De cette légende,
romans, films, œuvres théâtrales ont donné de nombreuses
variantes… À mon tour, j’ai entrepris d’écrire une pièce de
théâtre, mais j’ai fait un Golem à ma mesure. Bien sûr, je
n’ai fait qu’effleurer les grandes questions métaphysiques…
mais les thèmes de la légende sont
évoqués :
le rapport créateur-créature, la tendance démiurgique de
l’artiste, les effets malfaisants de l’intention
bienveillante…» Jacques Kraemer.
Gustav
Meyrink,
L’Ange à la fenêtre d’Occident,
Flammarion, 2005.
L’Ange
à la fenêtre d’Occident (1927), l’ultime roman de Gustav
Meyrink (1868-1932), est l’histoire fascinante de John Dee,
célèbre alchimiste du XVIe siècle, relatée à travers
les fragments de son journal, que le baron Müller, un
lointain descendant, a reçu en héritage. De l’Autriche du
XXe siècle à l’Angleterre de la reine Élisabeth, en
passant par la Prague du Rabbi Löw, droit venu du Golem,
les repères peu à peu vacillent, et l’on voyage, de la
table de travail de Müller au cachot où l’alchimiste,
accusé de sorcellerie, est retenu prisonnier… Placé sous
l’auspice du culte de la « putain du diable »
Isaïs la Noire, figure de la tentatrice, ce roman est sans
doute l’un des plus sensuels de Meyrink.
Traduction de
l’allemand par Jean-Jacques Pollet.
Leo
Perutz,
La Nuit sous le pont de pierre,
Fayard, 1987.
Lorsqu’au cœur de la nuit, sous le pont de pierre de la
Moldau, la fleur du romarin se blottit contre la rose
rouge, au château de Prague, la belle épouse du juif
Mordechai Meisl s’endort dans les bras de l’empereur. Elle
ne sait comment elle est venue là, il ne sait qui l’a
amenée :
un charme plus puissant que toutes les puissances de ce
monde les retient prisonniers… Dans son « roman de
Prague », Leo Perutz (1884-1957) ressuscite la
capitale de la Bohême et du Saint Empire au début du
XVIIe siècle, ville double où, à l’arrogance du
« château », aux coûteux caprices d’un empereur
amoureux de ses songes et aux intrigues de ses secrétaires,
valets, bouffons, astrologues et alchimistes, répond et
s’oppose la piété de la pittoresque « cité
juive », fief du richissime Mordechai Meisl. Entre ces
deux villes, entre ces deux hommes, aucun lien apparent, et
pourtant… Première publication en 1953.Traduction de l’allemand par
Jean-Claude Capèle.
Vladislav
Vancura,
Markèta Lazarova,
Bourgois, 1993.
Membre fondateur de l’avant-garde tchèque dans les années
20, Vladislav Vancura (1891-1942) nous livre avec Markèta
Lazarová un roman d’aventures d’essence épique et ludique,
dont les héros, de couleur médiévale, portent une vie
généreuse et forte. Première publication en
1931.Traduction du tchèque par
Milena Braud.
Praga
magica 1600 :
l’art à Prague au temps de Rodolphe II
Musée national Magnin (2002) Exposition. Dijon, Réunion des
musées nationaux, 2002.
Ce livre présente des œuvres (peintures et sculptures)
provenant de collections publiques françaises et tchèques,
ayant fait partie de la collection de l’empereur germanique
Rodolphe II (1552-1612) qui, en 1583, quitte Vienne pour
s’installer à Prague, où il poursuit la tradition familiale
de mécénat artistique.
Histoire
et science
André
Neher, Faust
et le Maharal de Prague :
le mythe et le réel,
PUF, 1987.
Derrière les mythes de Faust et de Golem se cachent deux
hommes dont les existences réelles ont marqué l’histoire et
l’esprit de la Renaissance au
XVIe siècle :
le docteur Johannes Faustus et le Maharal de Prague.
Olivier
Marin,
L’Archevêque, le Maître et le
Dévot :
genèses du mouvement réformateur pragois, années
1360-1419,
H. Champion, 2005.
Prague vit apparaître à la charnière des XIVe et
XVe siècles la première hérésie capable de soulever un
pays entier et finalement de triompher :
par fidélité à son prédicateur le plus fameux, maître Jean
Hus, la Bohême rompit avec le concile et l’empereur qui
l’avaient livré aux flammes. Cce livre entend dévoiler les
racines religieuses de l’Europe centrale.
Henriette
Chardak,
Les Rêveurs du ciel,
Presses de la Renaissance, 2004.
Prague, début du XVIIe siècle. Premier astrophysicien
et auteur de science-fiction de son temps, Johannes Kepler
a démontré que le mouvement des corps célestes n’est pas
sphérique mais elliptique, ouvrant ainsi la voie à Newton
et à l’aventure de la conquête de
l’espace.
À lire aussi :
André Neher,
David Gans (1541-1613) disciple du Maharal de Prague,
assistant de Tycho Brahé et Jean
Kepler,
Klincksieck 1974.
Philippe
Depondt & Guillemette de Véricourt,
Kepler :
l’orbe tourmenté d’un astronome
, Ed. du Rouergue, 2005.
Ce livre présente la vie et l’œuvre de Johannes Kepler
(1571-1630) et étudie le contexte historique, religieux et
scientifique de ses recherches dans les domaines de
l’astronomie, des mathématiques et de l’optique, sa foi
luthérienne, sa vie de famille, ses méthodes de recherche,
sa carrière au service de Rodolphe II, l’élaboration de ses
trois lois, etc.
Anna
Maria Lombardi,
Kepler :
le musicien du ciel,
Pour la science, 2003.
Ce livre fait découvrir la personnalité fascinante de
Kepler, sa passion pour la culture classique et la
recherche scientifique.
C. Sous la botte des Habsbourg :
1620-1918
On rafraîchit les vieux mythes (la légende de Saint Jean
Népomucène), on entretient un mode de vivre, une culture
déjà « underground », on acquiert des habitudes,
un art de l’allusion, un désespoir teinté d’un humour
spécifique, bref, on forge un art de la résistance que les
différents maîtres présents et à venir appelleront
« la passivité, la lâcheté, et la traîtrise du peuple
praguois ». C’est le temps d’une longue gestation qui
accoucha au lendemain de la première guerre mondiale d’une
floraison littéraire de peu d’équivalent ailleurs…
Histoire
Bernard Michel,
Prague Belle Époque,
Paris, Aubier, 2008.
Prague
à la Belle Époque : ville cosmopolite, multilingue,
lieu d’une rivalité tchéco-allemande qui ne cessa jamais,
ou presque, d’être pacifique – le livre de Bernard Michel
vient opportunément raviver le souvenir d’une page
importante et méconnue de la culture européenne.
Prague baroque
Lumières
et ténèbres :
art et civilisation du baroque en Bohême
Musée des Beaux-arts (2002 — 2003) Exposition. Lille,
Réunion des musées nationaux, 2002.
La
culture tchèque s’est indéniablement nourrie du drame d’un
peuple soumis au joug de la monarchie absolue des
Habsbourg, qui imposa la Contre-Réforme. Longtemps, les
XVIIe et XVIIIe siècles, qui célébrèrent l’hégémonie
retrouvée du catholicisme, furent désignés comme un temps
de « ténèbres ». Pour autant, l’art baroque n’en
est pas moins réductible à un art de réaction. En Bohême,
où il trouva une terre d’élection, sa force expressive, la
variété de ses formes et ses singularités en font un
patrimoine de premier ordre. Quelque cent cinquante œuvres
— peintures, sculptures, estampes, mobilier, verrerie… —
issues des plus prestigieuses collections tchèques dont
celle de la Galerie nationale évoquent ici, dans leur
contexte historique, l’épanouissement du baroque à Prague
et dans sa région, et redonne sa place à un art longtemps
oublié.
Le
Palais Buquoy :
ambassade de France à Prague
Gründ, 2005.
Le palais Buquoy abrite, depuis 1918, l’ambassade de France
à Prague. Cet édifice de style baroque a été le témoin des
relations franco-tchèques au cours des dernières décennies.
L’ouvrage évoque aussi l’histoire du palais au cœur de Mala
Strana et les Buquoy dans l’histoire de la Bohême
(1621-1848). De nombreuses photographies permettent en
outre de découvrir ce patrimoine et sa
décoration.Photographies de Prokop Paul.
Littérature
Jakub
Arbes,
Saint-Xavier,
L’Harmattan, 2004.
Jakub Arbes (1840-1914) incarne les contradictions de la
Bohême. Journaliste militant, souvent en conflit avec les
autorités autrichiennes, s’intéressant aux sciences
naturelles, il est attiré par E.A. Poe et essaie de
réconcilier la philosophie positiviste avec l’analyse des
aspects mystérieux dans la conscience et l’inconscient
humains et dans le monde dont certains phénomènes nous
échappent. Inspiré par le tableau de F.X Palko (Balko), se
trouvant dans l’église Saint-Nicolas, le récit d’Arbes
évoque l’atmosphère de Prague et les interrogations
culturelles et éthiques qui ont marqué la Bohême de la
deuxième moitié du XIXe siècle.
Traduction du tchèque par Hana Voisine-Jechova &
Jacques Voisine.
Henri
Gougaud,
Le Voyage d’Anna,
Seuil, 2005.
Novembre 1620. Premier acte de la guerre de Trente
Ans :
Prague la protestante est mise à sac par les troupes
catholiques. Anna, la servante, recueille l’enfant de son
maître qu’on a massacré sous ses yeux. Elle ne sait pas
encore que sa vie vient de prendre un cours radicalement
nouveau. Elle fuit Prague avec le petit miraculé et
rencontre, dans la tourmente de la guerre, la rage et la
beauté de vivre, le secret des forêts, la folie et l’amour
de gens inoubliables. Henri Gougaud (né en 1936) n’a jamais
écrit un roman plus romanesque, plein de rebondissements et
de péripéties.
Egon
Erwin Kisch,
La Chute du colonel Redl :
enquête sur la fin de l’Autriche-Hongrie,
Desjonquères, 1992.
À la veille de la première guerre mondiale, un immense
scandale ébranla l’Autriche-Hongrie. L’un des principaux
chefs des services de renseignements, le colonel Redl,
avait été un espion à la solde de puissances étrangères.
Egon Erwin Kisch (1885-1948), grand reporter à Prague,
avait révélé l’affaire. Son enquête est un classique du
genre :
c’est d’abord une trépidante histoire d’espionnage, le
récit de la poursuite et du suicide du traître
démasqué.Traduction de l’allemand par
Pierre Béhar.
Alfred Kubin,
L’Autre Côté
suivi de
Quelques souvenirs de ma vie,
Corti, 2000.
Le seul roman du dessinateur autrichien Alfred Kubin
(1877-1959) est paru en 1909. C’est un roman fantastique,
un théâtre de fantasmagories échevelées, de métamorphoses
hallucinées et de décompositions de toutes sortes. Une
parodie de l’utopie, du voyage extraordinaire et du
merveilleux.Traduction de l’allemand par
Robert Valençay.
Alfred
Kubin,
Le Cabinet de curiosités,
Allia, 1998.
«Je suis
l’organisateur de l’incertain, du tremblant, de la
pénombre, de l’onirique», écrivait Kubin. Son œuvre
littéraire se compose du roman L’Autre Côté
et des huit
nouvelles du Cabinet de
curiosités, également illustrées de ses
dessins. Inédites en français, ces histoires au contenu
inquiétant, parfois ésotérique, témoignent d’une même
invention et d’un même sens de l’humour noir que
L’Autre
Côté.Traduction de l’allemand par
Christophe David.
Alfred
Kubin,
Ma vie,
Allia, 2000.
Véritable work in progress, la rédaction de
l’autobiographie d’Alfred Kubin fut reprise et complétée
par sept fois, de 1911 — Kubin a alors 34 ans — jusqu’en
1952. Son écriture lui permit d’exorciser les terribles
crises mentales qui plusieurs fois le menèrent au bord de
la folie. Kubin ne cesse de s’interroger sur sa création,
ce qui l’amène notamment à faire le point sur ses relations
avec les différents artistes du xxe siècle."
Par le biais de
cette autobiographie, et à vrai dire grâce à elle, je crois
avoir répondu, dans la mesure du possible, à une question
que l’on m’a souvent posée :
« Comment en étais-je arrivé à faire de pareilles
choses
? » Je
crois surtout avoir montré suffisamment clairement qu’au
fond, c’était une seule et même force qui m’avait poussé,
dans mon enfance, vers le rêve et plus tard, dans les
frasques stupides puis dans la maladie et finalement vers
l’art."Traduction de l’allemand par
Christophe David.
Paul
Leppin,
Marche dans les ténèbres,
Phébus, 2001.
Severin erre dans Prague à la recherche de quelque
lumière :
lumière sur sa vie, sur le monde, sur lui-même. Il n’a pas
beaucoup plus de vingt ans mais déjà loge en lui un bizarre
fantôme qui l’empêche de vivre au même diapason que les
gens dits normaux. Le quotidien l’accable, et l’amour même
de la blonde Zdenka ne parvient pas à l’apaiser. Pour dire
le vrai, il cherche en vain l’Amour auprès de toutes les
femmes :
auprès de Suzanne, la fille d’un bouquiniste expert en
ouvrages licencieux, auprès de Karla, une chanteuse qui a
perdu la voix… Dégoûté par le monde et par les êtres qui le
peuplent, il balance au gré des rencontres entre le désir
de meurtre et la tentation du suicide… et s’en va noyer son
chagrin parmi la clientèle bizarre qui hante la taverne de
l’Araignée.
Ce roman de Paul Leppin (1878-1945), Marche dans les
ténèbres (1914), est celui de la haine
de soi, récit « baudelairien » d’une errance
désespérée à travers les rues de la ville aux mille
clochers, est aussi l’un des plus beaux livres jamais
écrits sur les mystères de Prague.Traduction de l’allemand par
Corinna Gepner.
Paul
Leppin,
Au-dessus de tout,
Phébus, 2004.
Achevé au début des années trente, îne sera publié qu’en
1984 et la critique saluera son étrange modernité.
Blaugast, au cours d’une nuit d’errance par les rues de la
ville, retrouve Schobotzki, un ancien condisciple qui
prétend étudier la science de la dégradation, la
« biologie du rabougrissement ». Et il se
retrouve bientôt dans les bras de Wanda, prostituée douée
d’un formidable instinct pour détecter ses proies et qui,
aidée par une troupe de filles qu’elle a recrutées,
s’ingénie à les maintenir dans un perpétuel état
d’asservissement érotique. Des évocations du passé de
Blaugast ouvrent de temps à autre sur un monde sinistre
dont la crudité ne le cède en rien à celle du
présent …
Traduction de l’allemand par Corinna
Gepner.
Gustav
Meyrink,
Le Golem,
Flammarion, 2003.
1915. Tandis que la première guerre mondiale ensanglante
l’Europe, Gustav Meyrink (1868-1932), alors quasiment
inconnu publie son premier roman, qui connaît un succès
foudroyant. Placé sous le signe du Golem, cette créature
d’argile façonnée jadis par un rabbin, et qui revient
hanter la ville tous les trente-trois ans, le livre
ressuscite la Prague du tournant du
siècle :
Prague et son ghetto, rasé quelques années avant la guerre
par des autorités soucieuses
d'« assainissement ». Dans ses rues tortueuses où
sont tapis des êtres fantastiques, dévorés par la passion
et la haine, des crimes se commettent, tandis que les
couples dansent dans des cabarets sordides. La folie sourd
des vieilles pierres… Traduction de l’allemand par
Jean-Pierre Lefebvre.
Gustav
Meyrink,
La Nuit de Walpurgis,
Flammarion, 2004.
Prague, 1917 :
au cœur de la ville mystérieuse, d’étranges événements se
préparent. Dans le château du Hradschin, un somnambule fait
son apparition, le visage en sang, au beau milieu d’un
dîner aristocratique ;
pendant ce temps, de l’autre côté du Pont de pierre, dans
la tour de la Faim, la jeune comtesse Polyxena assiste en
secret à l’assemblée des membres des bas-quartiers de
Prague. Parmi eux se trouve l’homme qu’elle aime, Ottokar,
un bâtard à qui une prostituée en haillons a prédit qu’il
deviendrait un jour « empereur du monde ». Pour
empêcher la révolution qu’ils fomentent, elle tente
d’exercer contre eux l’aweysha, ce terrifiant pouvoir par
lequel les morts influent sur les vivants. La Nuit de
Walpurgis, celle qui déchaîne les fureurs et les spectres,
est proche… Voici, dans la lignée du Golem, le chef-d’œuvre
du fantastique pragois.Traduction de l’allemand par
Jean-Jacques Pollet
Karel
Hynek Mâcha,
Pèlerin et brigand de Bohême :
oeuvres choisies,
Zoé Les classiques du monde, 2007.
Edité et traduit du tchèque par Xavier Galmiche
Ce volume
comprend :
Un soir au mont
BezdezMarinkaLes GitansLe monastère de
SazavaLa
Chartreuse de ValdiceLe journal d’un
moineDissension des
mondesLe
pèlerinage au Mont-des-GéantsRetourJournal (16 septembre-6
novembre 1835)PoèmesMai Extraits :
C’était la fin
d’un soir de mai, Le premier mai, le temps
d’aimer. Le tendre appel des
tourterelles Montait dans la senteur des
pins. La mousse chuchotait de
secrètes tendresses. L’arbre en fleurs lamentait
un amoureux mensonge. Le rossignol chantait son
amour à la rose, Et la rose amoureuse en
parfums s’exhalait.
Musique
Guy
Erisman,
La Musique dans les pays tchèques,
Fayard, 2001
Sur la toile de fond d’une histoire passablement cahotique,
l’épopée d’un millénaire de musique tchèque dominée par les
figures de Smetana, Dvorak, Janacek et Martinu. Témoin de
l’écartèlement par les guerres de Religion, les dynasties,
les langues, elle s’associe ensuite à la langue tchèque
dans le combat pour une reconnaissance nationale au
XIXe siècle. Ainsi elle écrit et joue
l’histoire.
Jérémie
Rousseau,
Leos Janacek,
Actes Sud — Classica, 2004.
Traquer la vérité, la traduire en musique le plus
rigoureusement possible, voilà quel fut le credo de Leos
Janacek (1854-1928). Ennemi du compromis et des modes, il
glissa dans sa musique de chambre et ses opéras ses
paniques angoissées, ses fièvres amoureuses, mais aussi son
attachement viscéral à son pays, à la nature et aux
animaux. Ce portrait biographique, psychologique et
artistique de ce météore de l’histoire musicale aide à
mieux le comprendre pour mieux s’abandonner à sa musique.
Cette monographie s’appuie sur les dernières découvertes
musicologiques et sur les témoignages de la veuve du
compositeur.
Patrice
Royer,
Leos Janacek,
Bleu nuit, 2004.
Cet ouvrage retrace la vie et l’œuvre du compositeur
tchèque Leos Janacek (1854-1928), créateur de Jenufa, opéra
en trois actes et l’une des grandes personnalités musicales
de la première moitié du XXe siècle. Le contexte de
création de chacune de ses œuvres marquantes est présenté
avec une brève analyse.
Guy
Erismann,
Smetana, l’éveilleur,
Actes Sud, 1993.
La biographie du compositeur tchèque (1824-1884), qui vécut
longtemps à Prague, retrace son itinéraire musical,
intellectuel et politique.
Guy
Erismann,
Anton Dvorak,
Fayard, 2004.
Écrit par un spécialiste de la musique tchèque, cet ouvrage
retrace le parcours du compositeur Antonin Dvorak qui passa
une partie de sa vie à Prague, et s’attache à montrer la
place qu’il occupe dans la musique et la civilisation de la
Tchécoslovaquie.
Mozart
Vladimir
Holan,
Mozartiana,
Fata Morgana, 1991.
Écrite en 1952-1954, cette suite intense et tragique
célébre Prague et Mozart. C’est aussi le chant
autobiographique douloureux de Vladimir Holan
(1905-1980).Traduction du tchèque par
J. Pelan & Y. Bergeret.
Eduard
Mörike,
Un Voyage de Mozart à Prague
Gallimard, 2004.
À
l’automne 19787, Mozart entreprend, en compagnie de sa
femme, un voyage à Prague pour y jouer l’opéra qu’il
compose :
Don
Giovanni. En chemin, sa distraction
d’artiste lui attire les foudres, puis les sympathies
d’hôtes imprévus. Au cours de la soirée, il se révélera un
convive délicieux, gai et enjoué, et un musicien inspiré,
capable de composer à l’improviste une partie de son
prochain opéra. Cette nouvelle de Eduard Mörike (1804-1875)
a été publiée en 1856 pour le centenaire de la naissance de
Mozart.Traduction de l’allemand par
Léon Vogel.
Judaïsme
Sylvie
Anne Goldberg,
Les Deux rives du Yabbok :
la maladie et la mort dans le judaïsme
ashkénaze,
Prague, XVIe-XIXe siècle, Cerf,
1989.
« Voici un ouvrage
important. Ce livre est une contribution significative à
l’histoire générale de la mort en Occident, telle qu’elle
se développe actuellement, et une analyse pionnière de
l’institutionnalisation et de la perception de la mort chez
les juifs en particulier. Mais c’est également une annonce
de ce que pourront apporter les études juives qui
renaissent en France. Ces deux dimensions du travail de
Sylvie Anne Goldberg sont
indissociables. » Yosef Hayim
Yerushalmi.
D. Les
Avant-gardes :
1918-1939
Littérature
Jaroslav
Hasek,
Le Brave Soldat Chveîk,
Gallimard, 1975.
Mobilisé dans l’armée autrichienne pendant la guerre,
Jaroslav Hasek (1883-1923) passa aux Russes et s’enrôla en
1918 dans l’Armée Rouge. Il rentra dans sa patrie en 1920
pour y terminer, suivant les conseils de ses amis,
Les Aventures
du brave soldat Chvéïk, dont voici un
extrait :
"Vous
n’auriez pas, par hasard, une ceinture sur vous pour que
j’en finisse ?
— Si, et je vous la prêterai volontiers, répondit Chvéïk en
quittant sa ceinture, d’autant plus que je n’ai encore
jamais vu comment on fait pour se pendre dans une cellule.
Ce qui est embêtant, continua-t-il en regardant autour de
lui, c’est qu’il n’y a pas un seul piton
ici." À lire aussi :
Nouvelles aventures du brave soldat Chvéïk
Gallimard 1985.
Max
Brod,
Le Royaume enchanté de l’amour,
Viviane Hamy, 1990.
Après quatre années de prison, Christof Nowy s’embarque
pour l’Égypte afin de retrouver l’unique témoin qui lui
permettra de prouver son innocence. Pendant la traversée,
il fait la connaissance d’une jeune femme, Solange, qui,
sans qu’il le sache, a été liée à ceux qui furent pour lui
des figures emblématiques du bien et du mal. Parmi eux,
Richard Garta dont la force et le rayonnement sont d’autant
plus émouvants que Max Brod (1884-1968) évoque en lui l’ami
de toujours, Franz Kafka. Traduction de l’allemand par
M. Metzger.
Vladimir
Holan,
Une Nuit avec Hamlet et autres
poèmes :
1932-1970,
Gallimard, 2000.
Ce recueil rassemble les poèmes les plus forts du poète
tchèque Vladimir Holan (1905-1980). Ils imposent la voix et
la silhouette d’un homme qui se dit à charge de lui-même et
se voit noir sur noir. D’un homme qui use d’une dérision
qui détruit et se moque de divertir.
Traduction du tchèque par Dominique Grandmont.
Vladimir
Holan,
L’Abîme de l’abîme,
Plein chant, 1991.
L’œuvre de Vladimir Holan est à la fois la plus complexe et
la plus hermétique de la poésie tchèque du XXe siècle.
Traduction du tchèque par Patrick Ourednik.
Anton
Kuh,
Café de l’Europe,
Calmann-Lévy, 2003.
Un homme qui a le temps de réfléchir dans un bistrot à ce
que les autres, qui sont à l’extérieur, n’ont pas vécu,
ainsi se définissait Anton Kuh (1890-1941), habitué des
cafés d’avant-guerre à Vienne et à Prague, où il occupait
ses journées à observer ses prochains et à épingler les
absurdités de l’empire austro-hongrois agonisant. Les
textes réunis ici, pour la première fois en français,
constituent un portrait décapant d’une société en
décomposition, ainsi qu’un aperçu terriblement lucide de la
montée des forces qui allaient bientôt anéantir ce monde de
valses et de flonflons.
Lenka
Reinerova,
Promenade au lac des cygnes,
Esprit des péninsules, 2004.
Dans ces trois nouvelles autobiographiques, Lenka Reinerová
(née n 1916), l’un des derniers écrivains tchèques de
langue allemande, convoque le souvenir de sa sœur cadette
disparue à Auschwitz (Promenade au lac des cygnes) et de
ses années d’exil (Chez moi à
Prague,
et parfois aussi ailleurs). Un autoportrait inséparable de
celui de Prague, personnage principal du
Café de rêve
d’une Pragoise, où l’auteur bavarde avec
Theodor Balk et ses amis disparus, Egon Erwin Kisch, Max
Brod, Franz Kafka, Jaroslav Hasek, Wieland Herzfeld —
protagonistes d’une scène culturelle dont l’auteur demeure
la seule survivante.Traduction de l’allemand par
Nicole Barry.
Rainer
Maria Rilke,
Histoires pragoises.
Seuil, 1997.
Le Roi Bohusch
et
Frère et
sœur,
les deux récits constituant ces Histoires
pragoises, comptent parmi les tout
premiers textes de Rilke (1875-1926). Nourris d’éléments
autobiographiques, ils évoquent l’atmosphère qui régnait
alors à Prague, et, en particulier, l’émergence du
sentiment nationaliste anti-allemand de la jeunesse
tchèque. "Ces pages, écrivait Rilke,
m’ont rendu cher ce que j’avais à demi oublié et elles m’en
ont fait don. Car de notre passé nous ne possédons que ce
que nous aimons. Et nous voulons posséder tout ce que nous
avons vécu."Traduction de l’allemand par
Maurice Betz, Hélène Zylerberg & Louis Desportes.
Jaroslav
Seifert,
Être poète,
Temps des cerises, 1998.
Dans ce dernier recueil, paru en 1983, Jaroslav Seifert
(1901-1986) retourne à son adolescence, à ses premières
amours et à ses premiers vers. Il se souvient des années
noires de la guerre, pour aussitôt lancer un chaleureux
appel à la paix. Sa chère ville de Prague est très présente
et le poète évoque ceux qui l’ont aimée avant lui, comme
Mozart.Traduction du tchèque par Jana
Boxberger.
Hermann
Ungar,
La Classe,
Ombres, 1989.
Que vient donc faire Josef Blau, un beau soir de printemps,
devant la porte d’une maison close de la rue de la
Caserne ?
Pourquoi a-t-il rabattu son chapeau sur ses
yeux ?
Pourquoi sa main serre-t-elle un cigare dans sa
poche ?
À quelle injonction de son implacable destin
obéit-il ?
Chaque jour, ce modeste professeur, homme d’ordre et de
devoir, défend son gagne-pain contre dix-huit jeunes
garçons de la bourgeoisie locale, arrogants, méprisants,
tricheurs, et vêtus de bien troublants costumes marin.
Est-ce de cette classe où couve la révolte que viendra
l’inéluctable fin, le châtiment que Josef B. a attiré
sur lui, ou bien de son foyer, où contre lui se liguent
l’insouciance de Selma, sa trop belle épouse, l’impudicité
de sa tapageuse belle-mère, et l’exubérance
« hénaurme » d’Oncle Bobeck ?
Saura-t-il, dans sa quête d’un improbable salut, s’assurer
le concours de Modlizki, l’ancien camarade de misère
aujourd’hui domestique dans une grande maison, sombre et
inquiétante figure de révolté satanique ?
La
Classe,
publié en 1927, peint avec tendresse la tragédie d’un
« petit homme » qui, harcelé par le soupçon d’un
Mal protéiforme et la conscience suraiguë d’une culpabilité
originelle, se débat pitoyablement sous l’œil d’un dieu
sévère et caché, pour accéder enfin au monde de ses
semblables. Un très beau roman de Hermann Ungar
(1893-1929).Traduction de l’allemand par
Béatrice Durand-Sendrail & François Rey.
Johannes
Urzidil,
La Fuite de Kafka et autres
nouvelles,
Desjonquères, 1991.
Trois nouvelles de Johannes Urzidil (1896-1970) placées
sous le signe de Kafka, dont l’auteur à été l’un des
proches. La première est une biographie imaginaire de
Kafka, les deux autres nous transportent dans un univers
kafkaïen où les êtres sont confrontés à la relativité de la
justice humaine.Traduction de l’allemand par
Jacques Legrand.
Johannes
Urzidil,
Prague, la bien-aimée perdue,
Desjonquères, 1990.
En 11 tableaux formant un ensemble chronologique cohérent,
Urzidil retrace ses souvenirs. Écrivain et journaliste
praguois, de langue allemande, il participa à l’activité
culturelle de Prague. En 1939, il s’installa aux
États-Unis.Traduction de l’allemand par
Jacques Legrand.
Johannes
Urzidil,
La Maison des neuf diables,
Desjonquères, 1989.
Johannes Urzidil fait revivre l’histoire et les légendes de
sa Bohême natale au temps de la monarchie habsbourgeoise et
jusqu’à l’arrivée des troupes
hitlériennes.Traduction de l’allemand par
Jacques Legrand.
Vladislav
Vancura,
Jan Marhoul,
Ombres, 1991.
« Avec Jan
Marhoul, son premier roman, dès la
première phrase ("L’espace de la nuit est le
silence"), même si le style dépayse,
on pénètre dans un monde quotidien et irréel que sous-tend
une exigence rare :
une quête presque mystique constamment imprégnée par la
Bible et menée avec une imagination hantée, habitée, une
passion étrange qui rend insolite le comportement d’êtres
ordinaires. Ainsi, dans l’histoire de Jan Marhoul, l’auteur
s’attache moins à la psychologie du pauvre boulanger qui ne
vend plus son pain qu’à l’exigence intérieure d’un être qui
va faire l’ascension de toute la souffrance du monde, voir
péricliter sa boulangerie, le moulin, ses espérances
d’instruction classique pour son fils, tandis que la
maladie finira par avoir raison de lui. Traduction du tchèque par
A. Pohorsky & J.F. Chanet.
Vitezslav
Nezval,
Prague aux doigts de pluie,
l’Age d’homme, 2007.
Traduit du tchèque par Laurent Binetpréface de Petr
KralVítezslav Nezval (1900-1958)
fut le plus grand poète tchèque de la première moitié du
XXe siècle. Ami de Breton, Eluard, Soupault, héritier
de l’esthétique baudelairienne par le truchement du
surréalisme, Nezval proclamait :
« Je ne distingue plus les choses selon le charme ou
la laideur que vous leur avez assignés. » De fait, on
peut penser que Prague fut à Nezval ce que Paris fut à
Baudelaire :
une inépuisable source d’inspiration et un objet d’hommages
perpétuels. Un recueil envoûtant dédié à une ville
envûtante… (site de l’éditeur)
Vitezslav
Nezval,
Valérie ou La semaine des merveilles,
R. Laffont, 2007.
Traduit du tchèque par Milena Braud, Jean
RousselotFondateur du groupe surréaliste
pragois, Vitezslav Nezval est un des écrivains tchèques les
plus importants du XXème siècle. Avec Valérie, il peint un
voyage initiatique qui lorgne vers le conte
érotique.Ainsi raconte-t-il l’histoire
de Valérie, une charmante jeune fille de dix-sept ans dont
l’existence sera bouleversée par l’arrrivée dans le village
d’un mystérieux connétable qui fut jadis l’amant de sa
grand-mère. Contre toute attente, ce
dernier tombera sous la fascination de la jeune fille,
l’emmenant alors dans un voyage de sept jours et sept nuits
qui racontera la métamorphose de la jeune fille en femme.
Un roman noir ou les apparences sont trompeuses et le vice
l’emporte sur la vertu.
Franz
Kafka (1883-1924)
Franz
Kafka,
Le Procès,
Pocket, 2005…
Un matin, Joseph K. est arrêté. Qui
l’accuse ?
De quoi ?
Quand aura lieu son procès ?
À ces questions, une réponse implacable :
« C’est la Loi. » L’erreur est donc impossible.
Ainsi, lentement, au rythme de l’administration, la vie de
K. tourne au cauchemar. Avocats désabusés, juges peu
scrupuleux, tribunal déserté… la justice n’est plus
qu’absurdité, simulacre d’une liberté déjà
perdue.Traduction de l’allemand par
Georges-Arthur Goldschmidt.
Franz
Kafka,
Le Château,
LGF, 2001.
Le géomètre K. cherche à rencontrer son employeur afin
de prendre ses fonctions. Quoi de plus
courant ?
À l’image de cette motivation, le langage de Kafka est
simple et sobre, contrairement aux péripéties engendrées
par ce désir pourtant banal, mais dont la réalisation
dépend du château. Cet édifice surplombe le village et en
abrite toute l’administration. Trônant sur le destin de
tous les habitants, il est impénétrable et, comme tout ce
qui sert de point de référence à la quête de K., est
investi d’une autorité que personne ne mesure vraiment.
Dans cet univers en apparence immuable, même le temps
échappe à la compréhension du héros pathétique, dont les
repères sont de plus en plus intangibles et fluctuants.
Mais K. est-il vraiment à plaindre, lui qui refuse de
fuir et persiste à vouloir s’intégrer dans cette logique,
insaisissable pour l’étranger comme pour
l’autochtone ?
Dans ce roman qui, par son travail sur le permanent et le
fluctuant, atteint à un équilibre prodigieux entre la
claustrophobie et le vertige, Kafka met en scène de manière
saisissante la montée progressive de
l’angoisse.Traduction de l’allemand par
Axel Nesme.
Franz
Kafka,
Journal,
Grasset, 2002.
Des faits de la vie personnelle de l’écrivain allemand, des
réflexions sur ces faits ou des tentatives d’explication,
des esquisses et des ébauches, des descriptions de
personnes et de personnages, des dialogues, des rêves… Un
document littéraire et un témoignage humain, pour connaître
l’œuvre et l’écrivain.Traduction de l’allemand par
Marthe Robert.
Franz
Kafka,
Lettres à Milena,
Gallimard, 1988.
Franz Kafka connut d’abord Milena comme
traductrice :
elle établissait la version tchèque de quelques-unes de ses
proses courtes. Ces relations se transformèrent en une
liaison passionnée dont les lettres permettent de suivre le
progrès. Cette passion ne dura qu’un instant, elle tient en
quelques mois à peine. Les lettres racontent d’un bout à
l’autre ce roman d’amour, orgie de désespoir et de
félicité, de mortification et d’humiliation. Car quelle
qu’ait pu être la fréquence de leurs rencontres, leurs
amours restent essentiellement épistolaires comme celles de
Werther ou de Kierkegaard. Milena est morte vingt ans après
Kafka, dans le camp de concentration de
Ravensbrück.
À lire aussi :
Lettres à Ottla et à la famille Gallimard 1978.
sur
Franz Kafka et Milena
Jacques
Laurans,
L’Ombre pensive de Franz Kafka,
Théétète, 2001.
Cet ouvrage comporte plusieurs extraits d’ouvrages
consacrés à Franz Kafka sur fond de plusieurs lectures
parallèles ayant marqué son œuvre. Plusieurs de ses écrits
sont choisis et commentés, ainsi que les principaux thèmes
récurrents tels que l’influence de la ville de Prague et
son imaginaire.
Patrizia
Runfola,
Prague au temps de Kafka,
la Différence, 2002.
« Prague magique », Prague des écrivains du
tournant du siècle, Prague de Franz Kafka et de ses amis…
Du Golem
de Gustav Meyrink
au Brave
Soldat Svejk, des outrances
expressionnistes de Werfel au Cercle de Prague, du séjour
de Rilke aux cubistes tchèques, Patrizia Runfola fait
revivre sous nos yeux une culture fascinante et
crépusculaire. C’est un guide imaginaire pour visiter cette
vieille capitale en arpentant en rêve les ruelles obscures
qui montent au Château, traverser le pont Charles, ouvrir,
comme l’auteur du Procès,
la lucarne qui donne sur le chœur de l’église de Tyn. C’est
aussi l’ouvrage indispensable pour comprendre l’esprit
d’une littérature qui a marqué la littérature européenne du
XXe siècle.Traduction de l’italien par
Gérard-Georges Lemaire.
Klaus
Wagenbach,
La Prague de Kafka,
Michalon, 1996.
L’existence de Franz Kafka s’étant déroulée dans la vieille
ville praguoise, l’auteur propose une visite de Prague
fondée sur la biographie de l’auteur du Château.
De la maison natale au lycée impérial de langue allemande
du palais Kinsky, des cafés littéraires fréquentés par
l’écrivain à l’université, de l’institut d’assurances où il
travailla pendant 14 ans à la Ruelle
d’Or.Traduction de l’allemand par
Denis Armand-Canal.
Alena Wagnerova,
La Famille Kafka de Prague,
Grasset, 2004.
Qu’était donc la famille Kafka de Prague ?
Alena Wagnerova décrit magnifiquement ce « quartier
général du bruit » où Franz vécut, et qui peuple ses
livres… Le grand-père Jakob Kafka, boucher de son
état ;
Hermann, son fils, commerçant, qui fut le père de
l’écrivain ;
Franz Kafka et ses trois sœurs ;
les déménagements, les mariages, les échecs, les
fiançailles rompues, le bruit et l’écriture… En s’appuyant
sur de nombreux extraits du Journal,
sur des lettres et des témoignages inédits, Alena Wagnerova
nous offre une vision émouvante et résolument originale de
Franz Kafka et des siens.Traduction de l’allemand par
Nicole Casanova.
Gustav
Janouch & Franz Kafka,
Conversations avec Kafka,
M. Nadeau, 1988.
Ces notes ont été rassemblées par l’auteur qui, à l’âge de
17 ans, en 1920, rencontra Kafka et devint son
ami.Traduction de l’allemand par
Bernard Lortholary.
Maria
Hockaday,
Milena de Prague,
Calmann-Lévy, 1997.
Ce livre est une biographie de Milena Jesenka, grand amour
et épistolière de Kafka, auteur de nombreux articles parus
dans les journaux praguois durant les années 20 et 30,
avant d’être déportée au camp de
Ravensbrück.Traduction de l’anglais par
Catherine David.
Alena
Wagnerova,
Milena,
Rocher, 2006.
Destinataire des Lettres à Milena de Franz Kafka, Milena
Jesenska vécut de 1896 à 1944. Alena Wagnerova raconte la
vie de cette journaliste tchèque, pionnière de
l’émancipation féminine et de l’engagement politique des
femmes, personnalité de la vie culturelle pragoise dans les
années 1930, militante anti-nazi qui finit sa vie à
Ravensbrück.Traduction de l’allemand par
Jean Launay.
Gérard-Georges
Lemaire,
Kafka,
Gallimard Folio biographies, 2005.
Voici une biographie de Franz Kafka (1883-1924) qui se
concentre notamment sur la pudeur de l’homme, de même
qu’elle tente de démêler la complexité de son rapport à la
culture yiddish et au judaïsme. Une partie de l’étude
s’intéresse également à sa hantise de la mort, sans oublier
de parler de ses relations tumultueuses avec Milena.
Roberto
Calasso,
K., Gallimard
Du monde entier, 2005.
Traduit de l’italien par Jean-Paul
ManganaroAu-delà de la pure biographie,
Calasso explore l’architecture d’une oeuvre qui demeure
inextricablement liée à la fulgurance d’une trajectoire.
Renouvelant la lecture de l’œuvre de Kafka, cet essai
s’attache à décrypter le mystère qui entoure une écriture
dont le sens semble sans cesse se dérober.
Collectif,
Europe, Europe, n° 923 — Franz Kafka
2006.
Ce numéro réunit une vingtaine d’interventions
d’universitaires et d’écrivains, parmi lesquels le prix
Nobel de littérature 2004, Elfriede Jelinek.
Les différents
textes sont consacrés soit à des oeuvres précises,
comme Le
Verdict, Le Terrier, ou La
Métamorphose, soit aux grands thèmes de son
oeuvre. Depuis sa relation aux femmes jusqu’aux avatars du
motif musical dans son oeuvre, chaque caractéristique est
passée au crible. Interviennent notamment dans ce
numéro :
Hélène Cixous, Jacques Le Rider, Françoise Rétif…
Révolution
dans les arts visuels
Prague,
capitale secrète des avant-gardes :
1900-1938
Musée des beaux-arts Exposition. Dijon, Réunion des musées
nationaux, 1997.
Le musée des beaux-arts de Dijon poursuit son investigation
sur le rôle des échanges artistiques dans l’histoire de
l’art européen. Ce catalogue reprend la structure de
l’exposition et mêle au texte une grande quantité de
reproductions.
L’Ennemi
n° 2,
Prague d’or,
Bourgois, 1992.
Le
numéro 2 de L’Ennemi présenta la création littéraire,
artistique, architecturale de Prague pendant les années 20
Grand
Jeu et surréalisme :
Reims, Paris, Prague
Musée des beaux-arts (2003 — 2004) Exposition. Reims,
Ludion — Musée des beaux-arts de Reims,
2003.
Fruit de la complicité entre quatre adolescents du lycée de
Reims durant les années 1922-1925 - René Daumal, Roger
Lecomte, Roger Vailland et Robert Meyrat -, le Grand Jeu
est un mouvement littéraire et artistique qui prend corps à
Paris à la fin de l’année 1927. Le Grand Jeu est aussi le
titre de sa revue dont le premier numéro paraît en 1928,
revue qui publie également des artistes et écrivains issus
du dadaïsme ou de la mouvance surréaliste tels Georges
Ribemont-Dessaignes, Man Ray, André Masson. Ébranlé par
« l’unité spirituelle » d’un groupe qui mettait
en cause un surréalisme « créateur de poncifs »,
André Breton tenta de la déstabiliser. L’ouvrage Grand Jeu
et surréalisme présente les sources esthétiques du
mouvement, ses acteurs et ses proches. Il met en évidence
sa dimension européenne provoquée par le peintre Joseph
Sima, qui contribua à la création d’un parcours
intellectuel reliant Reims, Paris et Prague durant les
années précédant le surréalisme tchèque.
Virginie
Chardin,
Frantisek Drtikol,
Actes Sud, 2006.
Auparavant influencé par le pictorialisme et le courant
symboliste, l’œuvre du photographe Frantisek Drtikol
(1883-1961) s'oriente dans les années 1920 vers le cubisme,
l’abstraction et l’art déco. Son travail rend ainsi compte
de l’identité photographique de la Tchécoslovaquie durant
l’entre-deux-guerres.
Cercle
d’art,
Kokoschka :
1886-1980, 1995.
Né en 1886 à Pöchlarn (Autriche), Oskar Kokoschka se forme
au contact des Ateliers viennois de 1905 à 1909. Dès 1910,
il fréquente les milieux d’avant-garde à Berlin (Der
Sturm). Après des séjours à Dresde où il est professeur
(1919-24), Vienne (1931), Prague (1934-38) et Londres
(1938-53), il s’établit définitivement en Suisse en 1953, à
Villeneuve où il passe les vingt-sept dernières années de
sa vie. À côté de Schiele, Kokoschka s’est vite imposé
comme un des représentants majeurs de
l’expressionnisme.Édition sous la direction de
S. Fauchereau.
Art
nouveau
Luca
Quattrocchi,
La Sécession à Prague,
Gallimard, 1992.
Ce livre est un portrait de l’Art nouveau pragois entre
1898 et 1914. « Sécession » fut l’un des courants
artistiques les plus originaux que la ville ait connus, en
architecture comme en peinture ou en sculpture.
Traduction de
l’italien par Anne Guglielmetti.
Mucha,
Gründ, 2000.
Publié
sous la direction des héritiers de l’artiste à l’occasion
de l’ouverture du Musée Mucha à Prague, cet ouvrage offre
un panorama de ses œuvres typiques du style « fin de
siècle ». Il propose aussi la découverte d’aspects
moins connus de la carrière du peintre, révélant la
profondeur et la force de ses créations
décoratives.
Cubisme
Réunion
des musées nationaux,
Vincenc Kramar :
un théoricien et collectionneur du cubisme à
Prague,
2002.
Grand
collectionneur, Vincen Kramar (1877-1960) découvrit le
cubisme lors d’un séjour à Paris vers 1910. Vous trouverez
ici des contributions sur l’ensemble de son action, comme
collectionneur, comme historien d’art et comme directeur de
musée :
il dirigea ce qui deviendra par la suite la Galerie
nationale de Prague.Dirigé par Jana Claverie,
Hélène Klein, Vojtech Lahoda & Olga Uhrova.
Miroslav
Lamac,
Cubisme tchèque,
Ed. du Centre Pompidou — Flammarion,
1992.
L’école cubiste tchèque a marqué la naissance d’une
tendance que l’on désigne sous le terme
cubo-expressionnisme. Les applications de cette conception
à la peinture, à la sculpture, à l’architecture et aux arts
appliqués ont fait de Prague le second centre du cubisme
après Paris.
Frantisek
Kupka (1871-1957)
Ed.
du Centre Pompidou,
Frantisek Kupka :
la collection du centre Georges
Pompidou,
2003.
Ce
catalogue complet et analytique des œuvres du peintre
tchèque Frantisek Kupka témoigne de sa production
changeante et complexe. Ses recherches dans l’abstraction à
partir des années 1910 ont fait la renommé de l’artiste.
Une biographie illustrée de documents et de textes de
spécialistes fait le point sur les derniers apports de la
recherche sur la création et la personnalité de
Kupka.
Musée d’Orsay (2002)
Vers des temps nouveaux :
Kupka, oeuvres graphiques (1894-1912)
Exposition. Paris, Réunion des musées nationaux, 2002.
Les
principaux projets de l’artiste pour la presse satirique,
ses illustrations pour des livres et ouvrages de
bibliophilie, ses dessins symbolistes, montrent l’évolution
de son œuvre vers un art non figuratif. Moi, il y a tant de
facteurs disparates qui ont travaillé à me faire ce que je
suis que c’est à peine si je me reconnais. […] Et ma vie a
suivi jusqu’ici un cours tellement plein de tours et de
détours qu’il me semble qu’il me faudrait au moins cent ans
si je devais refaire le même chemin en sens inverse. […] me
voilà, sain et sauf, pleinement conscient, face à face avec
moi-même. Le moment est venu d’écrire (dessiner peindre)
mon credo. Lettre de Kupka à Roessler, 6 octobre 1910.
Josef
Sima (1891-1971)
Frantisek
Smejkal,
Sima,
Cercle d’art, 1992.
Joseph Sima figure parmi les personnalités qui ont
contribué à façonner, au regard de l’histoire, l’image
définitive de l’art tchèque au
XXe siècle.Traduction du tchèque par Xenia
Zincenkova, Jacqueline Ménanteau & Annick Baudoin.
Roger
Gilbert-Lecomte, Josef
Sima
l’Atelier des brisants, 2001.
Ce livre rassemble cinq textes de Roger Gilbert-Lecomte,
écrits en 1929 et 1930, à propos de la peinture de Josef
Sima. Il ne fait pas œuvre de critique littéraire et
artistique, seulement son manifeste est une sommation de
regarder pour un spectateur d’exception que ne séduirait
pas la peinture au goût du jour.
E. 1939-1945 :
retour des vieux démons
Les nazis tentèrent d’effacer la présence juive à Prague,
oubliant que c’est elle qui avait tenu allumé le flambeau
de la langue, de la musique, de la culture allemandes.
Ç’eût été un moindre mal face aux adeptes de la solution
finale. Prague déchirée, Prague où l’on avait rallumé les
bûchers, remonté les échafauds. Prague faisait une
provision de culpabilité pour servir à son prochain
tortionnaire…
Alain
Delbe,
Golems,
Phébus, 2004.
À Prague, à la fin des années 30, le grand rabbin Fischer
est le seul à connaître la formule magique pour créer
l’imitation d’un être humain, le Golem, capable d’échapper
à l’emprise du temps. La transmission de son savoir à
Nathan Eisner, un jeune étudiant prometteur, ne se fera pas
sans conséquences puisque celui-ci aura l’imprudence de
partager son secret avec celle qu’il aime.
Ladislav
Fuks,
L’Incinérateur de cadavres,
L’Engouletemps, 2004.
Un père de famille modèle, employé zélé du crématorium de
Prague, se laisse gagner par les idées nazies. Il hausse
l’incinération au rang d’un sacerdoce universel qu’il
n’hésite pas à mettre en pratique dans son entourage le
plus proche. Cette conviction justifie les actes les plus
vils. Telle est la trame de ce roman de Ladislav Fuks
(1923-1994).
Ladislav Fuks,
Monsieur Mundstock :
le porteur d’étoile,
L’Engouletemps, 2004.
En 1942 à Prague, Monsieur Mundstock partage le sort des
Juifs de Prague. Il redoute chaque jour l’arrivée de la
lettre qui l’enverra en camp de concentration. Son ombre
dialogue avec lui. Un jour, il acquiert la conviction qu’il
peut se préparer avec méthode à la
déportation.Traduction du tchèque par
Bathélemy Müller.
Else
Lasker-Schüler,
Moi et moi,
Bourgois, 1990.
Une version de Faust adaptée aux circonstances du régime
hitlérien, où les nazis sont jetés dans l’aventure de
l’enfer par Else Lasker-Schüler
(1869-1945).Traduction de l’allemand par
Henri-Alexis Baatsch.
Friedrich
Torberg,
Le Retour du Golem :
nouvelles,
Rocher, 2004.
Friedrich Torberg (1908-1979) passa une partie de sa
jeunesse à Prague, avant de s’exiler aux États-Unis en
1938, pour ne revenir en Autriche qu’en 1951. C’est en 1968
qu’il publie ce recueil de trois nouvelles, composé
de La
vengeance est mienne, Rien de plus simple et Le Retour du
golem. La première évoque l’Holocauste
et l’horreur des camps de concentration, au sein d’une
réflexion plus globale sur la judéité, alors même que
Torberg n’avait pas connaissance de la réalité du système
concentrationnaire nazi. La deuxième traite d’un autre
totalitarisme :
celui du joug communiste, imposé à partir de 1945 par
l’Union soviétique à la majeure partie de l’Europe centrale
et orientale. La troisième nouvelle permet à l’écrivain de
renouer avec sa jeunesse praguoise et les légendes
ancestrales de la communauté juive de la capitale de la
Bohême. Unies par une atmosphère oppressante conférée soit
par les lieux, telle Prague, ville de mystère et de
sortilèges par excellence, soit par les conditions
politiques, en l’espèce différentes formes de
totalitarisme, ces nouvelles sont particulièrement
remarquables par leur finesse d’analyse, tout comme par la
réflexion à laquelle elles incitent sur la condition de
l’homme moderne confronté à la réalité d’un État devenu
criminel et monstrueux.Traduction de l’allemand par
Mireille Liebermann.
Jiri
Weil,
Mendelssohn est sur le toit,
10-18, 1997.
Ce roman a été publié en 1960, un an après la mort de Jiri
Weil (1900-1959). Un soir de 1941, Reinhart Heydrich,
gouverneur du protectorat de Bohême-Moravie, vit en sortant
de l’opéra de Prague que la statue de Mendelssohn, parmi
bien d’autres, se dressait sur le toit. Il donna aussitôt
l’ordre de faire enlever ce
« juif ».Traduction du tchèque par Erika
Abrams.
Jiri
Weil,
Vivre avec une étoile,
Denoël, 1992.
L’histoire de Josef Roubicek est celle de Jiry Weil
lui-même. Mais jamais celui-ci n’écrit ces
mots :
juif, Prague, nazis, Allemands. L’homme qui raconte
calmement, posèment, dit comment, sans le tuer (pas
encore…) on lui ôte peu à peu sa vie.Traduction du tchèque par
Xavier Galmiche.
F. À
l’ombre du Grand Frère de l’Est :
1945-1989
Habituée de longues dates au
double langage, aux trésors d’humour que recèle la
duplicité, voilà une fois de plus que l’esprit de l’élève
tchèque a dépassé celui du maître
soviétique :
les grands procès staliniens atteignirent à Prague des
sommets d’absurde, l’adjectif « kafkaien »
gardait toute sa fraîcheur. Plus avant dans le tragique,
Faust et le Golem aussi. La bière coule à flots dans les
récits de Hrabal, le pouvoir se délite dans ceux de Kundera
et, contre Héraclite, la même Vtlava passe sous les arches
du pont Charles.
Littérature
André
Breton,
Perspective cavalière,
Gallimard, 1996.
Le
présent recueil retient tous les écrits qui se situent
entre le printemps 1952 et 1966. L’éventail va de la
politique à l’esthétique (avec des études
« cavalières » sur Desnos, Artaud, Georges
Darien) et des réflexions sur le surréalisme et le rêve.
Langue des pierres dans Perspective cavalière, concerne
Prague.
Bruce
Chatwin,
Utz
Grasset, 1997.
À
Prague, patrie du Golem et de la mélancolie, Kaspar Utz vit
parmi sa collection de figurines en porcelaine. Il aime,
plus que tout au monde, ces trésors dont il a fait son
univers :
il les entasse dans son petit appartement, et un lien
mystérieux unit son âme à leur seule présence. Que
deviendront ces êtres précieux et fragiles après sa
mort ?
Qui saura leur témoigner la tendresse sans laquelle ils ne
seraient que des choses ?
Bruce Chatwin (1940-1989) a voulu, ici, explorer l’énigme
de la passion, de la possession :
qui saura jamais si un collectionneur possède ses objets ou
s’il leur appartient.Traduction de l’anglais par
Jacques Chabert.
Dominika
Dery,
Saucisses et petits gâteaux,
Lattès, 2006.
Au début des années 80, au lendemain de l’écrasement du
Printemps de Prague, Dominika, double de Dominika Dery (née
en 1975), grandit paisiblement entre sa mère, économiste
reniée par ses parents membres de l’élite du parti et son
père, ingénieur, réduit à jouer les chauffeurs de taxi pour
survivre. Dans cette petite ville des faubourgs de Prague,
elle rêve de devenir danseuse.Traduction de l’anglais par
Michèle Garène.
Patrick
Guyon,
Les Noms de Prague,
Fanlac, 1986.
Des poèmes de Patrick Guyon (né en 1944) autour du vieux
cimetière juif de Prague.
Bohumil
Hrabal,
Vends maison où je ne veux plus
vivre,
Seuil, 1992.
« Les récits corrosifs qui
composent Vends maison où je ne veux plus
vivre montrent une fois encore le
talent de conteur de Hrabal, écrivain nostalgique d’une
Prague brillante et intellectuelle et poète de la vie
quotidienne. Le viol d’une femme éméchée, l’agonie d’un
groupe de vieillards, les souffrances d’un infirme, la
bohème des années 20, autant d’histoires monstrueuses et
belles, où le rire le plus franc nuance la misère
humaine. » (Christophe Guias, Le
Point.)Traduction du tchèque par
Claudia Ancelot.
Bohumil Hrabal,
Les Noces dans la maison :
la trilogie des souvenirs,
Seuil, 1993.
En trois volets (Les Noces dans la maison,
Vita Nuova, Terrains vagues) Bohumil, pour mieux se
regarder, s’écouter, se critiquer, se souvenir, a conçu un
stratagème malicieux :
faire parler sa femme. Tout commence le jour où la jeune
Eliska fait la connaissance de son professeur alors qu’il
est à quatre pattes en train de brosser le plancher de son
rez-de-chaussée miteux où ils logeront pendant vingt ans.
C’est de ce quartier de Liben que l’on découvre peu à peu
un Bohumil Hrabal tel qu’en ses livres, extravagant,
bambocheur, farfelu, qui a fait tous les métiers, qui aime
biner les potagers et se promener sur les bords de la
Vltava mais ne se noie que dans la bière et le cognac. Et
qui tape frénétiquement sur sa machine Perkeo. Tendres et
ironiques, chaleureuses et lucides, Les Noces dans la
maison sont aussi, grâce à la plume
multiple et bigarrée de Bohumil Hrabal, une invitation à
aimer la vie, à la fêter avec jubilation et
générosité.Traduction du tchèque par
Claudia Ancelot.
Ivan
Klima,
Amour et Ordures,
Seuil, 1992.
Dans la Prague des années 80, un écrivain célèbre tombé en
disgrâce abandonne temporairement l’essai qu’il rédige sur
Kafka. Tous les matins, à six heures, il endosse la veste
orange des balayeurs et, en compagnie de son équipe,
arpente les rues de la ville. Ponctuées par le rythme
régulier du balai, les pensées se succèdent. Et la quête
des ordures quotidiennes fait place à une exploration du
passé — souvenirs déchirants du camp de Terezin où le
narrateur fut déporté enfant -, une méditation sur la
littérature en général et Kafka en particulier, une
évocation lancinante de sa liaison adultère. Peu à peu, il
lui faudra admettre l’impossibilité d’être à la fois un
écrivain et un amant honnête et la nécessité de faire un
choix douloureux. Ivan Klima (né en 1931) nous livre le
portrait riche et pénétrant d’un homme et d’un artiste,
dont le caractère autobiographique est
patent.Traduction du tchèque par
Claudia Ancelot.
Jiri
Kolar,
Poèmes du silence,
la Différence, 1988.
Ce livre présente un choix de l’œuvre poétique réalisée par
le poète et plasticien Jiri Kolar (1914-2002) entre 1959 et
1964.Traduction du tchèque par Erika
Abrams.
Jiri
Kolar,
Le Foie de Prométhée :
journal 1950, la Différence, 1985.
Suite du journal. Près de 25 ans après le coup de Prague,
l’auteur, peintre et écrivain, nous donne à lire une année
de mots où la poésie, les rêves, les témoignages, les
coupures de journaux forment un collage très
surréaliste.Traduction du tchèque par Erika
Abrams.
À lire aussi :
Témoin oculaire :
journal 1949
la Différence 1984.
Josef
Skvorecky,
Les Pouvoirs surnaturels du lieutenant
Boruvka,
Ed. de l’Aube, 1999.
Prague, 1968. Le lieutenant
Boruvka est moche et gros, la cinquantaine ébouriffée par
une houppe de cheveux indomptable. Honnête et bien élevé,
il n’a qu’un seul défaut :
il aime mater les jolies filles et ne s’en prive pas,
notamment au cours de ses enquêtes menées d’une main de
maître. Mais là, encore un problème :
c’est parfois si triste de trouver les
coupables !
Un roman drôle et cynique de Josef Skvorecky (né en
1924).Traduction du tchèque par
Edouard Diaz.
Jachym Topol,
Missions nocturnes,
R. Laffont, 2002.
Alors que les chars soviétiques entrent dans Prague et que
leur père, dissident, se cache, Ondra et son jeune frère se
retrouvent dans un petit village de la campagne tchèque,
livrés à eux-mêmes. Inconscient de la portée des
événements, confronté aux compromissions et aux lâchetés
des adultes qui acquiescent tacitement au chaos d’un monde
qui se défait, Ondra cherche à entretenir pour son petit
frère l’illusion que tout va bien tandis que s’achève pour
lui le temps de l’innocence. Magnifique évocation par
Jachym Topol (né en 1962) des constructions et des fantômes
de l’enfance.Traduction du tchèque par
Marianna Canavaggio.
Jachym
Topol,
Ange exit,
J’ai lu, 2002.
Les
tribulations de Jatek, jeune drogué dont la vie oscille
entre folie et hallucination, vont le conduire des ateliers
ouvriers de la banlieue praguoise à l’hôpital
psychiatrique, de la petite pègre de Prague à la galère
parisienne. Au milieu de ce monde de désespoir, il
rencontre pourtant une jeune femme, grâce à laquelle il
entreprend de remonter la pente vers la rédemption
finale.Traduction du tchèque par
Marianne Canavaggio.
Jan
Trefulka,
Séduit et abandonné,
Gallimard, 1990.
Un roman ironique de Jan Trefulka (né en 1929) où le héros
est un homme séduit, par la religion, par l’utopie du
marxisme, par une femme, par des hommes, et abandonné, par
tout et par tous.Traduction du tchèque par
Barbora Faure.
Avigdor
Dagan,
Les bouffons du roi,
Folies d’encre, 2006.
Traduit du tchèque par Claudia AncelotEpuisé depuis des années, ce
roman enfin réédité raconte le harcellement moral de quatre
juifs torturés par des nazis plus sadiques que jamais qui
les ont choisi pour animer le cirque du camp de
concentration et divertir ainsi leurs hôtes.
Agigdor Dagan est
un des plus talentueux écrivains de sa génération. Né dans
une famille juive de la bohême de l’est, il quittera la
Tchécoslovaquie communiste pour se réfugier en Angleterre
durant la Seconde Guerre Mondiale, avant de s’exiler
finalement en Israël. Il reste connu pour sa traduction des
Psaumes et son appréhension très subtile de l’œuvre de
Kafka — écrivain auquel il consacra un essai.
Milan
Kundera (né en 1929)
Milan
Kundera,
Le Livre du rire et de l’oubli,
Gallimard, 1987.
Tout ce livre est un roman en forme de variations. Les
différentes parties se suivent comme les différentes étapes
d’un voyage qui conduit à l’intérieur d’un thème, à
l’intérieur d’une pensée, à l’intérieur d’une seule et
unique situation dont la compréhension se perd pour moi
dans l’immensité. C’est un roman sur Tamina et, à l’instant
où Tamina sort de la scène, c’est un roman pour Tamina.
Elle est le principal personnage et le principal auditeur
et toutes les autres histoires sont une variation sur sa
propre histoire et se rejoignent dans sa vie comme dans un
miroir. C’est un roman sur le rire et sur l’oubli, sur
l’oubli et sur Prague, sur Prague et sur les anges. Milan
Kundera.Traduction du tchèque par
François Kérel.
Milan
Kundera,
L’Ignorance,
Gallimard, 2005.
Lorsqu’Irena retourne à Prague suite à la chute du
communisme, après vingt ans passés à Paris, elle tente de
renouer avec ses amis d’autrefois. De même Josef, Tchèque
exilé en Scandinavie, retrouve sa famille et ses souvenirs
de jeunesse. Mais pour Irena comme pour Josef, se pose la
question :
comment rétablir le contact avec ceux qui sont restés au
pays, pour lesquels ils sont devenus quasiment des
étrangers ?
Comment les intéresser à la vie qu’ils ont reconstruite
loin de leur pays natal ?
Les destins d’Irena, de sa mère et de son mari Gustaf se
mêlent à ceux de Josef et de Milada.
Milan
Kundera,
L’Insoutenable légèreté de
l’être,
Gallimard, 1989.
Plus que les autres romans de Kundera, celui-ci est un
roman d’amour. Tereza est jalouse. Sa jalousie, domptée le
jour, se réveille la nuit, déguisée en rêves qui sont en
fait des poèmes sur la mort. Sur son long chemin, la jeune
femme est accompagnée de son mari, Tomas, mi-don Juan,
mi-Tristan, déchiré entre son amour pour elle et ses
tentations libertines insurmontables. Le destin de Sabina,
une des maîtresses de Tomas, étend le tissu du roman au
monde entier. Intelligente, asentimentale, elle quitte
Franz, son grand amour genevois, et court après sa liberté,
d’Europe en Amérique, pour ne trouver à la fin que
« l’insoutenable légèreté de l’être ». En effet,
quelle qualité — de la gravité ou de la légèreté —
correspond le mieux à la condition
humaine ?
Et où s’arrête le sérieux pour céder la place au frivole,
et réciproquement ?
Avec son art du paradoxe, Kundera pose ces questions à
travers un texte composé à partir de quelques données
simples mais qui s’enrichissent constamment de nouvelles
nuances, dans un jeu de variations où s’unissent récit,
rêve et réflexion, prose et poésie, histoire récente et
ancienne. Jamais, peut-être, chez Kundera, la gravité et la
désinvolture n’ont été unies comme dans ce texte. La mort
elle-même a ici un visage double :
celui d’une douce tristesse onirique et celui d’une cruelle
farce noire. Car ce roman est aussi une méditation sur la
mort :
celle des individus mais, en outre, celle, possible, de
notre vieille Europe.Traduction du tchèque par
François Kérel.
Milan
Kundera,
La Plaisanterie,
Gallimard, 1987.
"Oui, j’y voyais clair
soudain :
la plupart des gens s’adonnent au mirage d’une double
croyance :
ils croient à la pérennité de la mémoire (des hommes, des
choses, des actes, des nations) et à la possibilité de
réparer (des actes, des erreurs, des péchés, des torts).
L’une est aussi fausse que l’autre. La vérité se situe
juste à l’opposé :
tout sera oublié et rien ne sera réparé. Le rôle de la
réparation (et par la vengeance et par le pardon) sera tenu
par l’oubli. Personne ne réparera les torts commis, mais
tous les torts seront oubliés". Extrait.Traduction du tchèque par
Marcel Aymonin.
Milan
Kundera,
La Valse des adieux
Gallimard, 1978.
Dans
une ville d’eaux au charme suranné, huit personnages
s’étreignent au gré d’une valse qui va
s’accélérant :
une jolie infirmière ;
un gynécologue fantaisiste ;
un richard américain (à la fois saint et don
Juan) ;
un trompettiste célèbre ;
un ancien détenu, victime des purges et sur le point de
quitter son pays… Un « songe d’une nuit d’été ».
Un « vaudeville noir ». Les questions les plus
graves y sont posées avec une blasphématoire légèreté qui
nous fait comprendre que le monde moderne nous a privés
même du droit au tragique.
Itinéraires
praguois
Jan
Zabrana,
Toute une vie,
Allia, 2005.
Dans ces extraits choisis du journal intime de Jan Zabrana
(1931-1984), l'écrivain relate la période de normalisation
politique imposée en 1969 après l’invasion de la
Tchécoslovaquie par les armées du Pacte de Varsovie.
L’écrivain témoigne des années précédant le printemps de
Prague mais également de sa persécution quotidienne et de
ses rapports avec les comités de
censure.Traduction
du tchèque par Patrik Ourednik & Marianne Canavaggio.
Vaclav
Jamek,
Traité des courtes merveilles,
Grasset, 1989.
« […] Ce Traité des courtes
merveilles, au genre indéfinissable (récit, essai, poème),
à la construction déconcertante et enchevêtrée, porte
d’abord la confession sans honte d’un homosexuel. Trois
silhouettes d’hommes, à Paris et à Prague, traversent le
livre. À ces histoires de cœur passionnées, se mêlent les
expériences opposées que Vaclav Jamek (né en 1949) possède
de Prague, la maléfique, et de Paris, l’arrogante. Il ne
peut se résoudre à fuir la première et reviendra de
lui-même se prendre au piège. La veille de son second
départ, il la parcourt dans ses hauts lieux et ses
bas-fonds. L’absence de la statue de Staline, déboulonnée
en 1962, plane sur la ville. Mais Jamek a vu mieux, lors
d’une visite de Kossyguine, premier ministre de l’URSS, sur
la place Venceslas :
l’image d’un potentat tellement cerné par ses sbires qu’il
était devenu l’esclave de l’esclavage qu’il avait fait
régner. Après tant de malédictions lancées contre Prague,
cette vision lui arrache ce cri :
Ah !
garce, me serais-je douté que je me trouverais si fier
soudain, ému de ma ville, dont le moindre pan de mur a ce
pouvoir de vous dépouiller devant la vérité.
[…] » (d’après
Jacqueline Piatier, Le Monde, 13 septembre 1989.)
Omar Mounir,
Madame Paris-Prague
Cheminements, 2005.
Dans les années 20, chassé par la pauvreté, un jeune couple
tchèque échoue en France, à Nevers, avec sa petite fille.
Le père volage abandonne bientôt le foyer. Généreuse et
courageuse, la mère fait face, recueille, soigne puis
épouse un grand blessé de guerre de son pays. Ils
s’installent à Paris. À la Libération, l’installation d’un
nouveau régime à l’Est fait espérer à la famille des jours
meilleurs. Mais dès leur arrivée à Prague, on les enferme
dans un camp de concentration. Artur London, compagnon de
résistance, les tire de ce mauvais pas. Plus française que
tchèque, la jeune fille aspire à regagner Paris. On lui
refuse la sortie du pays. Elle fait alors carrière à Radio
Prague Internationale. On s’attache à cette femme deux fois
confrontée au totalitarisme et l’on découvre avec effroi la
vie imposée à ces malheureuses populations auxquelles on
prédisait un avenir radieux, cette vie de tous les jours
rongée par la peur et désespérante de bêtises. Un
témoignage unique.
Derniers
avatars de l’inquisition :
regards sur les archives du P.C.
Karel
Kaplan,
1952, procès politiques à
Prague,
Complexe, 1990.
La vague des procès politiques des années 1948-1954 atteint
son point culminant dans le jugement du « Centre de
conspiration anti-État dirigé par Rudolf Slansky », en
novembre 1952. Au banc des accusés, les propres fondateurs
du régime communiste de ce pays et les tenants du pouvoir —
Slansky étant le secrétaire général du P.C. tchécoslovaque.
L’auteur analyse la grande vague de ces procès politiques
avec une attention particulière pour celui du
« Centre », et retrace l’histoire de leurs
évolutions successives. Il s’arrête longuement sur les
réactions de l’opinion publique, aussi bien en
Tchécoslovaquie qu’à l’étranger. Ancien responsable dans
l’appareil du P.C. tchécoslovaque, Karel Kaplan eut le
privilège de pouvoir faire des recherches approfondies dans
les archives du comité central et à d’autres sources,
généralement inaccessibles et classées « strictement
confidentiel ».
Artur
London,
L’Aveu :
dans l’engrenage du procès de
Prague,
Gallimard, 1986.
Vice-ministre des Affaires étrangères de Tchécoslovaquie
depuis 1949, Artur London est arrêté en janvier 1951, en
même temps que le ministre Clementis, et jugé dans le
procès dit du « Centre de conspiration contre l’État
dirigé par Slansky ». Condamné aux travaux forcés à
perpétuité, réhabilité en 1956, il est un des trois
rescapés des seize coaccusés du procès de Prague, qui
rappelle à tous égards les procès de Moscou. L’Aveu est le
récit du mécanisme impitoyable qui broya les meilleurs
militants du mouvement révolutionnaire dans l’engrenage au
jour le jour de l’auto-accusation.
Karel
Bartosek,
Les Aveux des archives :
Prague-Paris-Prague, 1948-1968,
Seuil, 1996.
1989 :
les archives du comité central du Parti communiste
tchécoslovaque sortent du secret absolu où elles étaient
classées. Karel Bartosek, historien et écrivain,
contestataire du printemps de Prague, découvre là dossier
après dossier, que Prague a été pendant des décennies la
base arrière des partis communistes français et
italien :
une exploration et une réflexion menées sur ces archives
inédites.
le
Printemps de Prague
1968,
le printemps tchécoslovaque,
Complexe, 1999.
Une vingtaine d’auteurs se penchent sur le contexte
historique du printemps de Prague, le système politique
alors en place ainsi que des enjeux internationaux qui
présidèrent à son éclosion. Les événements tchécoslovaques
de 1968 constituent un des moments-clés de l’histoire du
communisme. La libéralisation politique se traduit par un
effort réformiste de la nouvelle direction, avec Alexander
Dubcek à sa tête, soutenue par de larges couches de la
population. Malgré ses apparences tranquilles, cette
déstalinisation tardive est aussi une révolution. Ceux qui
la soutiennent croient à une troisième voie, entre le
capitalisme et le socialisme à la soviétique. Que
reste-t-il aujourd’hui du Printemps de
Prague ?
Quels parallèles peut-on établir avec la perestroïka de
Gorbatchev ?
Quelles sont les dernières révélations des archives
ouvertes après 1989 ?
L’échec de cette tentative de réforme et l’effondrement du
communisme ont-ils définitivement anéanti la possibilité
d’un autre modèle de société ? Les protagonistes, les
témoins privilégiés, les historiens et les politologues se
penchent trente ans après sur le socialisme à visage humain
qui fut la dernière utopie du communisme, soucieux de
rétablir la vérité historique au-delà de ses
« mythisations » ou occultations.
Petr
Kral,
Prague, 1968,
Centre national de la photographie,
1990.
Le 22 août 1968. À l’aube. Les tanks russes déferlent sur
Prague. C’est la fin du Printemps. La fin d’un rêve. Entre
les soldats soviétiques et les habitants d’une ville en
état de siège, tout dialogue est impossible. La violence ne
cessera d’enfler. Ces folles journées d’été, ce drame d’un
peuple bafoué, Josef Koudelka les a vécus. Mais il est plus
qu’un reporter en quête d’images :
il est l’un de ceux qu’il photographie. Il n’est pas un
témoin de l’Histoire. Cette histoire est la sienne.
Photographies Josef
Koudelka (né en 1938).
Mlynar
Zdenek,
Le Froid vient de Moscou :
Prague 1968, du socialisme réel au socialisme à visage
humain,
Gallimard, 1981.
Traduction de l’allemand par Guy Fritsch-Estrangin &
Jeanne-Marie Gaillard-Paquet.
Paul
Celan,
Partie de neige,
Seuil La librairie du XXIe siècle,
2007.
Edition bilingue. Traduit de l’allemand par et annot.
Jean-Pierre Lefebvre.ces poèmes, restés inédits
jusqu’à la mort de l’écrivain, étaient les poèmes de 1968.
L’esprit de révolte est là, qui se retrouvera dans la
poésie de Celan jusqu’à son dernier souffle. Influencé par
la révolte étudiante et l’insurrection du printemps de
Prague, le recueil est accompagné de notes sur la genèse
des écrits et leurs commentaires. Extraits :
JADIS DE
DEBAUCHE.
Et d’éternitébabélée de
noir-sang. Engluée sous la
couléede tes boucles de
glaise,ma croyance.
Deux doigts,
loin de la main,gagnent à la rame la
sermenttourbeux.
Photographie
Prague
panoramique :
à travers les collections du Musée des arts décoratifs de
Prague
Maison européenne de la photographie (2002) Exposition.
Paris, Paris audiovisuel — Maison européenne de la
photographie, 2002.
Cet ouvrage présente des photographies panoramiques de
Prague prises par Joseph Sudek dans les années 50. Elles
proviennent des collections du musée des Arts décoratifs de
Prague qui conserve tous les négatifs et les positifs de
Sudek, offerts par sa sœur, son
héritière.
Joseph
Sudek,
Phaidon, 2001.
Cet ouvrage présente l’œuvre de ce photographe tchèque à
travers 55 de ses images, accompagnées de brefs
commentaires. Joseph Sudek (1896-1976) fait partie de la
création pragoise entre 1900 et 1925 :
il photographie les parcs de Prague et ceux de Kolin,
rencontre l’architecte Rothmayer et photographie son
jardin, travaille avec le designer Sutnar, collabore au
journal Volné Smery. En 1940, il s’enferme dans son atelier
et photographie de nombreuses natures
mortes.
Petr
Sindelar & Luca Pedrotti,
Prague 360°
Boussole, 2006.
Photographies Luca Pedrottitraduit du tchèque par
Céline-Marchand FretayVoici une incursion
photographique à 360° dans la cité de Prague, partagée
entre les vestiges de l’ancienne Europe et les nouveaux
quartiers, qui fleurissent ça et là comme pour dire un
incroyable désir de modernité.
Théâtre
Denis
Bablet,
Josef Svoboda,
l’Age d’homme, 2004.
Soixante ans de théâtre… Josef Svoboda, né en 1920, s’est
éteint en avril 2002. Architecte et scénographe, il
commence à travailler au théâtre en 1943, collabore avec
Alfréd Radok et Otomar Krejca au Théâtre national de
Prague. L’histoire du Théâtre za branou (Théâtre derrière
la porte) fondé en 1965 par Krejca est inséparable du nom
de Svoboda. En 1958, il présente à Bruxelles la Laterna
magika et développe le principe du « polyécran »
qu’il a inventé. Svoboda était fasciné par la musique (il a
signé de nombreux décors d’opéras) et par la lumière dont
il a fait l’un des principaux éléments de ses
scénographies. Bricoleur et ingénieur, il a su s’intéresser
aux technologies modernes des images et du son, sans jamais
cesser de penser la présence de l’acteur dans des espaces
magiques. Denis Bablet a fait connaître en France l’œuvre
de Josef Svoboda. Cet ouvrage traite de son activité
jusqu’en 1970. Il est complété, pour cette réédition, par
une iconographie et une chronologie qui prennent en compte
la totalité de l’œuvre immense (près de 700 titres) de ce
grand scénographe tchèque de réputation
internationale.
G. Normalisation :
devoir de mémoire et modernité, l’après 89
C’est à présent une ville qui pour la première fois ouvre
les yeux sur son héritage, considérable, et qui dans le
contexte contemporain réalise sa valeur - sa valeur
marchande aussi - et apprend vite à la vendre (diront
encore les mauvais esprits). Mais l’enchantement praguois
séduit, un tourisme « intello » revivifie ce qui
n’est plus alors un mythe mais une histoire à méditer pour
notre futur.
Littérature
Pierre
Cendors,
L’Homme caché,
Finitude, 2006.
Endsen, romancier et poète, a
disparu à Prague dans de troubles circonstances, en 1984
pour les uns, en 1991 pour les autres. A-t-il été un
opposant au régime communiste ?
A-t-il simplement disparu pour protéger ses
proches ?
Est-il mort ou a-t-il secrètement pris le train pour une
ville inconnue ?
Sylvie
Germain,
La Pleurante des rues de Prague,
Gallimard, 1994.
Cette inconnue, qui donc est-elle ?
Une vision, elle-même porteuse, semeuse de visions. Une
vision avare de ses apparitions. Elle ne s’est montrée que
peu de fois, et toujours très brièvement. Mais chaque fois
sa présence fut extrême. Une vision liée à un lieu, émanée
des pierres d’une ville. Sa ville. — Prague. Jamais elle
n’a paru ailleurs, bien que certainement elle en ait le
pouvoir. Cette femme n’a ni nom, ni âge ni visage.
Peut-être en a-t-elle, mais elle les tient cachés. Son
corps est majestueux, et inquiétant. Elle est immense, une
géante. Et elle boite fortement. Extrait.
Daniela
Hodrova,
Cité dolente (vol. 2)
Les Chrysalides, R. Laffont, 1995.
Jeu de
métamorphoses, où le passé se mêle au présent, où les
objets s’animent, où les vivants croisent les morts, ce
roman qui fait suite au Royaume d’Olsany, épuisé pour le
moment, et précède le dernier tome de la trilogie de
Daniela Hodrova (née en 1946), est encore celui de Prague
et de ses magies.Traduction du tchèque par
Catherine Servant.
À lire aussi :
Cité dolente vol.3
R. Laffont 1999.
Ivan
Klima,
Esprit de Prague,
Rocher, 2002.
Ivan Klíma a connu les horreurs de l’occupation nazie
pendant la guerre (c’est au camp de concentration de
Terezín qu’il a commencé d’écrire) ;
les régimes staliniens des années 50 ;
les fastes du Printemps de Prague (il était alors le
rédacteur en chef de la revue littéraire la plus importante
de Tchécoslovaquie) ;
la désespérante invasion soviétique de
1968 ;
l’audacieux courage des membres de la Charte
77 ;
le triomphe de la révolution de Velours de
1989 ;
l’incertitude, enfin, qui a suivi la partition officielle
de son pays. Ce recueil d’essais couvre cinq décennies
décisives dans l’histoire de la Tchécoslovaquie. Dans celui
qui a donné son titre au recueil, Klima évoque l’esprit de
la ville qui l’a formé et nourri, cet esprit ironique,
cultivé, forgé par l’adversité mais toujours vibrant
d’espoir, qui s’incarne chez ses héros, Kafka, Hasek,
Havel ;
cet esprit qui confère à ses cinquante années d’écriture un
ton, un regard qui sont uniques.Traduction de l’anglais par
Béatrice Dunner.
Ivan
Klima,
Un Été d’amour,
Seuil, 1991.
David Krempa, biologiste praguois, est obsédé par son
métier. Sa femme et sa fille existent tout juste à la
périphérie de sa vie. Pour cette raison, il n’a jamais levé
les yeux sur une autre femme. Pourquoi s’attarde-t-il,
cette fois-ci, sur une jeune fille rencontrée par hasard à
un enterrement ?
La force de ce récit d’un épisode banal et courant tient
dans son traitement subtil et juste.Traduction du tchèque par
Milena Braud.
Tomas
Kolsky,
Ruthie ou La Couleur du monde,
Ed. de l’Olivier, 2005.
Lors d’un court séjour en Israël, à l’époque de la deuxième
Intifada, Shlomo rencontre Ruthie, dont il tombe amoureux.
Jeune Juif de Prague, il est venu à Jérusalem suivre des
cours d’hébreu dans une Académie. En dépit de ses efforts,
il rentre à Prague sans avoir pu vraiment l’approcher. Une
nuit, dans les vapeurs d’un narguilé, il entre en
communication avec un esprit féminin, Djinnie, qui a décidé
d’élire domicile dans sa tête. Elle lui raconte comment
elle s’est laissé convaincre par les islamistes de se
transformer en bombe humaine, et lui promet la chose
suivante :
"Quand bien
même tu viendrais à quitter le droit chemin, le monde
restera coloré à tes yeux, comme tu l’aimes, j’en fais mon
affaire et tu pourras le montrer tel aux autres, afin que
ceux-ci l’aiment à leur tour". Kolsky enroule les aventures
amoureuses et les pensées du narrateur dans une spirale qui
brouille délibérément les repères et nous plonge dans un
univers foisonnant, où gravité et dérision sont intimement
mêlées.Traduction du tchèque par
Xavier Galmiche.
Libuse
Monikova,
La Nuit de Prague,
Hachette Littératures, 1997.
Après vingt ans d’exil, une femme, danseuse, chorégraphe,
revient à Prague, sa ville natale. Comment retrouver ce
lieu d’enfance et d’adolescence, à la fois familier et
étrange ?
Au cours de rencontres émouvantes et déconcertantes, les
souvenirs affluent, sources d’évocation satirique et
burlesque du régime policier antérieur à la Révolution de
Velours (1989). Dans le froid de décembre, l’héroïne
éprouve des sentiments mêlés. Commence alors une hésitante
histoire d’amour, inaugurée par un double bain forcé dans
l’eau glaciale de la Vltava. Images de Prague où se
croisent deux époques, souvenir d’un régime absurde,
romance paradoxale :
un récit doux-amer qui se lit avec
délices.Traduction de l’allemand par
Nicole Casanova.
Karel
Pecka,
Passage,
Ed. de l’Aube, 1995.
Ce roman met en scène un sociologue pragois surchargé
d’obligations professionnelles. Un jour, il entre dans une
galerie marchande début de siècle, déambule dans les
diverses allées et rencontre des personnages étranges et
symboliques de cette société. Ce livre de Karel Pecka
(1928-1997) se lit comme un polar aux développements
imprévisibles et présente une allégorie frappante de la
Tchécoslovaquie d’hier.Traduction du tchèque par
Barbara Faure.
Vlastimil
Tresnak,
On ne parle pas la bouche
pleine,
Esprit des péninsules, 2000.
Belka et Grundza, protagonistes de la première des trois
nouvelles composant ce recueil, sont livreurs de charbon à
Prague. Les journées sont dures mais ils sont prêts à tout,
quitte à dépenser le butin de tout une journée, pour passer
la nuit en compagnie de deux blondes… Le narrateur de la
seconde nouvelle, excelle dans l’art de la palabre. Il
raconte dans un cocasse soliloque l’improbable rencontre
dans un cimetière pragois entre deux cortège de pleureuses
se lamentant sur deux défunts homonymes :"…
votre Bohumil
Prochazka, au moins, c’était un homme convenable,
maintenant qu’on a tellement gémi sur son
compte ?
" Le dernier récit
prend pour héros un vieux marchand de tapis juif auquel une
ancienne synagogue sert d’entrepôt.Traduction du tchèque par
Marianne Canavaggio.
Tecia
Werbowski,
Ich bin Prager,
Allusifs, 2003.
En 1957, Sacha Bell, jeune Anglais d’ascendance russe,
s’installe à Prague. Cet homme pourrait vivre ailleurs,
mais il choisit d’embrasser le destin tourmenté du peuple
tchèque et se lie avec les dissidents et les bannis venus
de l’étranger. À travers l’aventure singulière de Sacha, ce
roman suscite une nature révolutionnaire de la nationalité,
la libérant de la tyrannie du sang pour en faire une
fraternité choisie, transcendante, scellée par la douleur
humaine.Traduction du polonais par
Élisabeth Van Wilder.
Tecia
Werbowski,
Prague, hier et toujours,
Allusifs, 2002.
Est-ce que l’amour pour la femme d’un meilleur ami peut
pousser quelqu’un jusqu’à la
dénonciation ?
Oui. Est-ce que l’amour et la politique se marient
bien ?
Qui, mais c’est cause de complications. Est-ce qu’il y a
une ville plus belle que Prague ?
Non. Tecia Werbowski, née à Lwow, en Pologne, bien connue
depuis la publication du récit Le mur entre nous, en 1995,
vit alternativement à Montréal et à Prague, et nous offre
ici son quatrième roman.Traduction de l’anglais par
Élisabeth Van Wilder.
Petr
Kral,
Enquête sur des lieux,
Flammarion, 2007.
Ami de Milan Kundera, qui préfacera notamment Notions de
base, P. Kral emmène ici le lecteur à la découverte de
lieux tous aussi différents les uns que les
autres.Pourtant, il cherchera la loi
secrète qui les relient entre eux aux yeux de
l’explorateur. Ainsi, qu’y a-t-il de commun entre un
terrain vague et une maison familiale, entre Montmartre et
Prague ?
Entre fantasme et réalité, aux confins de notre perception
du monde, Kral traque le lien intime qui unit le lieu à
l’oeil de celui qui le visite, cherchant dans notre
sensibilité l’existence d’une loi qui gouvernerait l’ordre
des choses.
Expériences
de Prague
Eugène
Green,
Le Présent de la parole,
Melville, 2004.
Le
Présent de la parole a pour thème central le cinéma.
Bien que chaque pièce ait une existence indépendante,
l’ensemble est conçu comme un essai, au sens de
Montaigne :
atteindre l’universel à partir de l’expérience personnelle.
Eugène Green a choisi Prague comme fil directeur des Lieux
Communs. Revenu dans cette ville après une longue absence,
l’auteur est à la recherche d’une parole qui rendrait
sensibles les soubresauts de l’Histoire et la beauté des
lieux. Reflet d’un cheminement intérieur, ce recueil
témoigne d’une réflexion sur les pouvoirs de la poésie en
tant qu’incarnation sonore du monde.
Isabelle
Knor,
Prague, avec toute ma tendresse,
Ed. de l’Aube, 1999.
La Zmrzlina, la Poutko, le Knedlik, mais aussi la statuaire
une demande en mariage, le pont Charles… Autant de petites
merveilles qui font la magie de Prague, qui sont Prague.
Cette ville où il fait si bon se perdre en tours et
détours, sous la neige (la plus silencieuse du monde) ou le
soleil qui révèlent, selon leur humeur, l’éternelle beauté
d’une ville. Les nouvelles de la franco-tchèque Isabelle
Knor dévoilent avec humour et légèreté ces petits tiens —
culinaires par exemple — qui donnent une dimension humaine
à cette ville de rêve.
Danièle Sallenave,
Passages de l’Est :
carnets de voyages, 1990-1991,
Gallimard, 1992.
Romancière voyageuse, Danièle
Sallenave (née en 1940) est partie à la découverte des
villes d’Europe centrale, de Prague en particulier. Prague.
«Je me
suis arrêtée sur le trottoir mouillé, je relève mon col en
surveillant de l’œil l’arrivée d’un convoi de nuages chargé
de pluie ;
je tâte dans ma poche des tickets de bus. Par les fenêtres
voilées d’un café, des têtes se découpent sur un fond de
lumière orange et un bruit de musique disco. De l’entrée
d’un immeuble parvient une odeur de viande bouillie, de
charbon, de chou, de vieux linge, je passe. Je vais vers le
fleuve et les ponts. Les premières lumières s’allument. La
brume au-dessus de l’eau, chargée de jaune et de bleu par
les échappements acides, sert de fond aux architectures de
nuages qui doublent de leur fugitive et menaçante
matérialité les coupoles, dômes, tours Renaissance et
flèches noircies. Un tram remonte en grinçant la rue
Nationale, vidée par le dimanche, brillante et noire après
la pluie. Les nuages qui roulent au-dessus du toit doré du
Théâtre parlent d’orages lointains, d’invasions, de
guerre ;
ils éveillent en moi l’idée d’une résistance impossible et
désespérée. Est-ce que je ne ferais pas mieux de
partir ?
Qu’est-ce que je fais là ?
Je pourrais être en ce moment à Rome, monter la douce
courbe du Pincio ;
ou chez moi, place d’Aligre, dans un café somnolent. Mais
non, je suis là. C’est là que je dois
être.»
Christian
Datz & Christof Kullmann,
Prague :
architecture and design,
Te Neues, 2005.
L’image de Prague est marquée
par de remarquables édifices historiques. Les dix dernières
années ont vu en outre l’émergence de nombreux projets
importants. Cet ouvrage présente en 192 pages des concepts
d’habitation, des bureaux, des bâtiments publics innovants
et les designs intérieurs d’hôtels, de restaurants et de
boutiques, ainsi que le réaménagement des bâtiments
historiques. 75 travaux d’architectes connus comme Ricardo
Bofill, mais aussi de jeunes designers tchèques, y sont
présentés.
À lire aussi :
Prague
Könemann, coll. Guide d’architecture contemporaine, 1997.
