CAMARA LAYE
Le Maître de la parole Kouma Lafôlô
Kouma

Après avoir étudié et travaillé en France, il rentre en Guinée en 1958 et devient haut fonctionnaire.
Rapidement en désaccord avec le régime de Sékou Touré, il s'exile en 1965 à Dakar où il meurt en 1980.
Le Maître de la parole conte l'histoire de Soundjata, fondateur au XIIIe s. de l'empire du Mali.
Soundjata a inspiré un cycle d'épopées chantées par les Griots de toute l'Afrique occidentale. Camara Laye ajoute à sa version, traduite du récit d'un griot, une longue introduction dans laquelle il fait l'éloge de la tradition épique, antidote, selon lui, au matérialisme contemporain…
REPÈRES
1. L'œuvre
Le
Maître de la parole est une transposition en français de
l'expression malinké « Bélën-tigui » qui désigne le grand
griot traditionaliste, détenteur de l'histoire du Monde, par
opposition aux griots qui sont de simples « marchands de
musique ». Le sous-titre du livre, que l'auteur a voulu
conserver en langue malinké, « Kouma
Lafôlô Kouma » (« Parole
qui est première parole »), désigne le plus prestigieux
des quatre types de paroles dont ces griots sont traditionnellement
détenteurs :
celle qui raconte la fondation de l'empire du Mali par Soundiata au
XIIIe siècle. C'est en effet une nouvelle version de l'épopée
de Soundiata, celle du griot guinéen Babon Condé, qui est présentée
dans cet ouvrage.
Date
de parution :
1978
Contexte
historique de la parution (Afrique)
• Depuis les années soixante, l'intérêt des intellectuels
francophones africains pour les traditions orales de leur pays
s'accroît. Le monde manding, qui possède une culture traditionnelle
pleine de vitalité, est particulièrement à l'honneur avec les
chercheurs maliens et guinéens.
• À partir des années soixante-dix, chaque pays a son ou ses
instituts de recherche, en matière de tradition orale. Le Sénégal,
où Camara Laye s'est exilé depuis 1966, possède l'un des plus
actifs, et l'auteur a pu bénéficier de son aide pour transcrire et
travailler le fruit de l'importante collecte qu'il avait entreprise
pendant des années en Guinée.
Contexte
historique de l'action
Naissance
de l'empire du Mali
1218-1230 :
Nare Famaghan, père de Soundiata, a succédé à Moussa Keïta à la
tête du royaume manding. Il étend ses conquêtes vers le sud, le
sud-ouest et la rive droite du Haut Niger. Selon la tradition, il
eut onze fils.
1230-1233 :
L'aîné de ses fils, Daukaran Tourna, aurait régné quelque temps
après lui, avant d'être chassé par Soumaoro, roi de Sosso et grand
conquérant.
1234 :
un autre des fils de Nare Famaghan, Soundiata, réunit les
différentes chefferies en une seule armée, qui défait Soumaoro à la
bataille de Kirina. Soundiata fut alors déclaré Mansa (chef
suprême, empereur) par l'assemblée des rois alliés, près de
Kangaba.
1240 :
Soundiata installe sa capitale à Niani, et met sur pied
l'administration de son empire.
2.
L'auteur
(On se reportera aux autres fiches consacrées sur ce site aux
autres romans de Camara Laye.)
1928:naissance de Camara Laye à Kouroussa (est de la Guinée).
1936 : école coranique, puis école primaire locale.
1946-1956 :
centre-école de l'automobile d'Argenteuil ;
diplômé.
1953 :
L'Enfant noir.
1954 :
Le Regard du Roi.
1956 : retour en Guinée ;
ingénieur.
1958-1965 :
directeur du Centre de Recherches et d'Études au ministère de
l'Information ;
autres fonctions importantes.
1965 : exil à Dakar.
1966 :
Dramouss.
1978 :
Le Maître de la parole.
3.
Structures
•
Le genre
Le
Maître de la parole n'est pas à proprement parler un roman,
puisqu'il s'agit de la transposition d'une épopée traditionnelle
malinké, la plus prestigieuse de toutes, celle de Soundiata.
Cependant on aurait tort de réduire le rôle de Camara Laye dans cet
ouvrage à celui de l'homme de science, linguiste et historien, qui
transcrit scrupuleusement ce qu'il a recueilli. Il y a dans la
version qu'il nous présente tout un travail de recréation qui fait
de lui un véritable écrivain.
•
Les instances de parole
Selon la problématique occidentale de la littérature, il y a en
quelque sorte deux auteurs à ce livre :
- d'une part, le griot Babou Condé, qui a créé cette version
particulière de l'épopée entre le 16 mars et le 16 avril
1953, lui-même n'étant que l'interprète d'une tradition
ancienne ;
- d'autre part, Camara Laye, qui parle en son propre nom dans une
double préface et dans des notes pour expliquer la valeur et la
signification culturelle de l'œuvre qu'il publie, mais qui est
aussi implicitement présent dans le texte de l'épopée que, de toute
évidence, il a transposée avec une grande liberté (recul parfois de
l'écrivain par des considérations inhabituelles insérées dans le
texte à six reprises).
•
Les caractères de l'épopée
Mais cette liberté de l'écrivain ne signifie pas que son œuvre soit
un document sans valeur. De nombreux traits prouvent, en effet,
qu'au-delà des indispensables aménagements, il y a bien fidélité en
profondeur aux principaux caractères de l'épopée
manding :
généalogies, images stéréotypées, proverbes. D'ailleurs pour bien
manifester l'ancrage culturel de son œuvre, Camara Laye fait de
nombreux collages de textes en malinké (chansons, prières,
formules) à l'intérieur même du récit, ce qui justifie la présence
d'un lexique malinké-français à la fin de l'ouvrage.
Cette épopée présente les caractéristiques du
genre :
intervention du merveilleux, grossissement épique, mise en scène de
héros aux qualités exceptionnelles, notamment du héros fondateur
qui possède tous les traits du prototype.
Enfin, pour ce qui est de la fidélité même à cette épopée
particulière qu'est Soundiata, la comparaison avec les autres
versions publiées fait ressortir les points de convergences
essentiels et montre que nous sommes en présence d'un récit
particulièrement riche. Récit qui se déroule sur fond historique.
Naturellement cela ne signifie pas que cette version présente une
vision objective de l'histoire. Dans toute culture, chaque
génération relit et reconstruit l'histoire en fonction de ses
propres besoins idéologiques, et la culture malinké n'échappe pas à
la règle. Ainsi la victoire de Soundiata sur Soumaoro apparaît
nettement comme celle du monothéiste sur le fétichiste, ce qui ne
constituait pas sans doute le fond du problème à l'époque.
Recherches
et travaux
Exposés :
• À l’aide d'un livre d'histoire (cf. bibliographie), relevez les
éléments historiques du récit derrière la légende.
• À travers les images données des différents personnages qui
évoluent dans le récit, dégagez les caractéristiques du héros
épique, selon la tradition manding.
• Dégagez le stéréotype du héros fondateur d'empire dans la
tradition épique manding, d'après le personnage de Soundiata dans
le Maître de la parole.
Dossiers
• Dégagez l'ossature du récit, telle qu'elle apparaît dans la
version de Laye et dans celle de D.T. Niane. Comparez les
structures narratives, et en tirer des conclusions sur les
variantes dans la tradition orale.
• Relevez les traits qui peuvent apparenter ce texte aux genres
épiques européens. Comparez par exemple le récit présenté par C.
Laye à une chanson de geste du Moyen Age français, par
exemple
La Chanson de Roland.
Recherches
• Le texte présenté dans
le Maître de la parole est plus une transposition qu'une
traduction fidèle, et Camara Laye l'a considérablement réécrit.
Montrez cependant qu'il a su conserver dans sa rédaction un certain
nombre de marques caractéristiques du style épique.
• Comparez la première rencontre sur le champ de bataille entre
Soundiata et Soumaoro avec l'épisode correspondant dans le
Soundjata de Niane. Relevez les traits communs et les variantes.
Cherchez si Laye et Niane ont conçu la transposition du style
épique de la même manière.
Autour
de l'œuvre
• Comme lectures complémentaires on conseillera, outre les autres
œuvres de Camara Laye, trois types d'œuvres.
1• Tout d'abord, cela va de soi, les autres variantes de la même
œuvre
D.T. Niane, Soundjata ou l'épopée
mandingue,
Paris, Présence Africaine, 1960.
D. Creissels et S. Jata, La Jeunesse de
Sunjata,
in Recueil
de littérature manding, Paris, ACCT, 1980.
M. M. Diabate, L'Aigle et I'Epervier ou la Geste
de Sunjata,
Paris, P.J. Oswald, 1975.
2• Puis, on lira les autres épopées manding :
G. Dumestre et L. Kesteloot, La Prise de
Dionkoloni,
Paris, A. Colin, Classiques africains, n° 16, 1975.
G. Dumestre, La Geste de
Ségou, Paris,
A. Colin, Classiques africains, n° 19, 1979.
L. Kesteloot, Da Monzon de Ségou, épopée
bambara,
Paris, Nathan, coll. Litt. afric., n° 13, 1972 (4 vol.).
3•
Le Maître de la parole peut être enfin rapproché de textes
épiques appartenant à d'autres cultures, soit en Afrique (par ex.
C. Seydou, Silâmaka et Poullôri, A. Colin, Classiques
africains, n° 13 et Ham Bodêdio ou Hama le
Rouge, ibid.,
n° 18, récits épiques peuls), soit sur d'autres
continents.
BIBLIOGRAPHIE
• Sur la littérature orale en général :
SM. Eno Belinga, Comprendre la littérature orale
africaine, Les
Classiques africains, éd. Saint Paul, 1978.
• Sur l'épopée africaine traditionnelle
L. Kesteloot, L'Épopée
traditionnelle,
Nathan, coll. Lift. afric., n° 11, 1971.
• Sur les griots malinké
S. Camara, Gens
de la parole, Essai sur la condition et le rôle des griots dans la
société malinké, Mouton, 1976.
• Sur Camara Laye :
Camara Laye
écrivain guinéen, textes commentés par R. Marcier et M.
et S. Battestini, Nathan, coll. Litt. afric., n° 2,
1964.
