Jean
Giraudoux,
Electre
(1937)

Sommaire :
1. Liste d’œuvres inspirées par le mythe
2. Résumé analyse de la pièce
3. Suggestions pour l'étude de la pièce
4. Les Atrides
5. La réécriture du mythe par Jean Giraudoux
6. La construction dramatique de la pièce
7. Les personnages
8. Interprétations
9. Deux explications de textes
10. Deux pistes d’analyse
11. Exposés et dissertation
12. Bibliographie
1. Des œuvres inspirées par le mythe
• Le mythe d’Électre a inspiré une centaine d’œuvres recensées dans
l’ouvrage de P. Brunel, Le Mythe d’Électre
(1971), parmi
lesquelles :
Les
tragédies attiques :
Eschyle, les Choéphores ;
Sophocle, Électre.
Euripide, Oreste, Électre.
Sénèque, Agamemnon.
Puis :
Crébillon père, Électre,
1708
Longepierre, Électre,
1719
Voltaire, Oreste,
1750
Mozart, Idoménée, roi de Crête,
1781
Alfieri, Oreste,1783
A. Dumas, L’Orestie,
1856
Leconte de Lisle, Les Érynnies,
1873
Pérez Galdos, Electra, 1901
Hofmannsthal, Elektra, 1903
Suarès, La
Tragédie d’Elektre et d’Oreste, 1905
O'Neill, Le Deuil sied à Électre, 1929-1931.
Giraudoux, Électre, 1937
TS Eliot, The
Family reunion, 1939
Sartre, Les
Mouches,
1943
Yourcenar, Électre ou la chute des
masques,
1944
Cacoyannis, Elektra (film), 1962
Jean-Pierre Giraudoux, Électre,
1965.
Varoujean, La
Ville en haut de la colline, 1969
Laszlo Gyurko,
Szerelmen, Elecktra, 1970
Texte intégral de la pièce ici
PREMIÈRE PARTIE
Un jeune étranger arrive dans la ville d'Argos, escorté de trois
petites filles inconnues, qui prétendent être les trois petites
Euménides et qui, curieusement, grandissent à vue d'œil. II
contemple le palais des rois, où il a pénétré quand il était tout
enfant. Étrange palais, qui rit et pleure à la fois, et dont les
coins les plus gaiement fleuris cachent les plus cruels
souvenirs :
le festin d'Atrée, l'assassinat de Cassandre, la mort d'Agamemnon
qui, rentrant de la guerre de Troie, glissa et tomba sur son
épée.
Les petites Euménides déclament la peur de Clytemnestre, l'humeur
fielleuse d'Électre. Accueillera-t-elle avec colère Oreste à son
retour ?
Est-elle heureuse, en ce jour, d'épouser le jardinier du
palais ?
Impossible de le dire, mais on sent, avec les petites Euménides,
grandir la menace du « destin enfant » (sc. 1).
Des parents éloignés du jardinier, le deuxième président du
tribunal, Théocathoclès, et sa jeune femme Agathe viennent le
dissuader d'obéir à Égisthe et d'épouser Électre. Car elle n'est
que l'une de ces dix ou quinze « femmes à histoires » qui
empêchent le monde d'être tranquille parce que, sous prétexte de
sauver la « justice », elles ruinent les efforts que
faisait la « justice des hommes » pour arranger les
choses et cacher les crimes. Égisthe le sait bien, qui tente par ce
mariage de repasser le lourd passé des Atrides sur la famille
bourgeoise des Théocathoclès (sc. 2).
Égisthe, qui a tout entendu, tomberait volontiers d'accord sur
l'analyse qui vient d'être faite de ses intentions, à condition
d'élever un peu le débat. Les « femmes à histoires »
sont, pour lui, celles qui font signe aux dieux et les réveillent
de leur léthargie.
Un mendiant, qui rôde depuis quelques jours dans la ville et qui
n'est peut-être qu'un dieu déguisé, veut confirmer le propos
d'Égisthe par la parabole des hérissons. Mais son histoire, si elle
éclaire les réactions de dormeurs des dieux, met au grand jour
l'intention secrète d'Égisthe :
le petit hérisson, qui meurt à la place des autres, c'est Électre,
que le régent veut tuer. Le mariage avec le jardinier rendra la
chose plus facile, à moins qu'il ne soit pour la jeune fille
l'occasion de « se déclarer ». Car toute la question est
maintenant de savoir « si le roi se déclarera dans Égisthe
avant qu'Électre ne se déclare dans Électre » (sc. 3).
Clytemnestre amène Électre pour le mariage, espérant l'arracher à
cette existence de somnambule qu'elle mène à l'ombre d'un mort.
Mais Électre dénonce le « complot » et, à partir de là,
s'envenime la querelle entre la mère et la fille. Une querelle qui
remonte à vingt ans, à ce jour où Oreste est tombé des bras de sa
mère parce que Clytemnestre l'a laissé choir, selon
Électre ;
parce qu'Électre l'a poussé, prétend Clytemnestre. L'opposition est
si tenace entre les deux femmes qu'Électre en vient à protester
quand Clytemnestre, se ravisant, refuse d'accorder la main de sa
fille au jardinier.
Dans cette querelle, ponctuée par les interventions d'Égisthe, le
mendiant sait lire la peur de la reine, la peur du régent et
l'équivoque de sa décision :
« Vous ne voyez donc pas qu'il y a dans Égisthe je ne sais
quelle haine qui le pousse à tuer Électre, à la donner à la terre.
Par une espèce de jeu de mots, il se trompe, il la donne à un
jardin. Elle y gagne. Elle y gagne la vie… » (se. 4).
Profitant du départ d'Égisthe et de Clytemnestre, Agathe conduit le
jeune étranger jusqu'à Électre. Elle veut le substituer au
jardinier :
Électre y gagnera, car il est plus beau, et les Théocathoclès
seront ainsi sauvés du destin des Atrides (sc. 5). À Électre qui
résiste, l'étranger révèle son nom :
Oreste (sc. 6). Clytemnestre apprend d'Électre l'échange qu'elle a
fait :
est-ce une plaisanterie ?
était-ce le secret d'Électre, la cause de son étrange
attitude ?
et comment expliquer cette étrange ressemblance que la reine
découvre entre sa fille et ce prétendant inconnu (sc.
7) ?
Un instant, de l'escalier, Clytemnestre reste à contempler les
caresses d'Électre à Oreste, caresses d'une mère à un enfant
qu'elle tente d'appeler à la vie, caresses d'une rivale qui essaie
d'arracher, de frustrer l'autre (la vraie, la fausse mère) de son
enfantement. Mais cet amour d'Électre pour Oreste n'est que l'autre
face de sa haine pour la reine et pour le régent, encore
inexpliquée, comme étrangère à elle-même. Et Oreste ne comprend
pas, puisqu'il rêve au bonheur que le palais paternel aurait pu,
aurait dû abriter (sc. 8).
[…]
suite et fin dans le dossier complet
3
• Suggestions pour une étude d’Électre de
Jean Giraudoux
« L'écrivain original, a dit Chateaubriand, n'est pas celui
qui n'imite personne, mais celui que personne ne peut
imiter. » L'œuvre dramatique de Giraudoux semble vérifier
cette formule.
D'Amphitryon 38 à
La Guerre de Troie n'aura pas lieu et à
Électre, ce
théâtre, tout en s'inspirant des modèles gréco-latins, garde un ton
de liberté bien particulier. C'est peut-être avec
Électre que
Giraudoux atteint à la plénitude de ses moyens :
les ombres d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide étaient présentes à
sa mémoire lorsqu'il composa sa pièce. Mais la vision qu'il offre
n'est qu'à lui, et
Électre nous
livre quelques-uns des thèmes essentiels de sa création.
HAINES FAMILIALES ET TRAGÉDIE BOURGEOISE
Giraudoux a trouvé la légende des Atrides chez ses modèles. Mais
dans cette légende il a choisi de développer le thème, pour lui
essentiel, des haines familiales.
Haine conjugale de Clytemnestre, qui poursuit sa victime, avec une
étrange violence, par-delà la mort.
Haine de Clytemnestre envers sa fille, et d'Électre envers sa
mère.
Cette violence affleurait chez les Tragiques grecs, mais il
appartenait à Giraudoux de la mettre au centre de l'œuvre et de lui
donner une tonalité familière et presque bourgeoise.
Écoutons le commentaire goguenard du Mendiant, après un des
affrontements quotidiens où la mère et la fille se sont jeté à la
face les pires accusations :
« On en
voit dans les familles !
On voit tout ! »
(1)
La cause apparente du conflit est infime. Électre, à quinze mois,
dans les bras de sa mère, a-t-elle poussé son petit frère Oreste
que sa mère tenait en même temps qu'elle ?
Ou bien Clytemnestre est-elle seule responsable d'avoir, par
maladresse, laissé tomber l'enfant ?
Question dérisoire, mais capitale. « Si c'est moi qui ai poussé Oreste,
s'écrie Électre, j'aime mieux mourir, j'aime mieux me tuer… Ma vie
n'a aucun sens ! »
(2) De cette dénégation
passionnée à la mise en accusation de sa mère il n'y a qu'un pas,
et voilà ce qui est la cause, depuis vingt ans, de la haine entre
les deux femmes…
N'est-ce pas la même violence que nous retrouvons chez les sœurs
d'Ondine, lorsque celle-ci les quitte pour épouser Hans et brise
ainsi le pacte des Ondines ?
Tentatives de séduction à l'égard de Hans, sarcasmes à l'égard
d'Ondine, menaces, ultimatums se succèdent sans discontinuer.
« Quelles
explications !
Quelle furie ! »
murmure Hans lorsque le silence se rétablit après la disparition de
la dernière Ondine. Et Ondine de répondre, avec mélancolie
« Oui, c'est la famille ! »
(3)
La scène finale de
Sodome et Gomorrhe fournirait un dernier exemple de ces
paroxysmes familiaux, puisqu'elle fait, du dernier instant du
couple, une scène de ménage. Lorsque le rideau tombe sur la fin du
monde et sur l'humanité foudroyée, l'Ange qui commente l'action
conclut, avec une mélancolie sardonique, devant les derniers échos
de la dispute conjugale que rien n'a pu arrêter et qu'on entend se
poursuivre dans l'au-delà :
« La mort
n'a pas suffi [à les faire taire]. La scène
continue. » (4)
Dans tous ces cas, nous retrouvons une des idées chères à
Giraudoux :
le Français n'admet qu'une des formes de la
fatalité :
« la
fatalité familiale ». Et il ajoutait que le
Français, « casanier par nature (...) préfère
trouver à l'intérieur de sa propre famille les querelles que
d'autres individus entretiennent avec les personnes divines ou
infernales (...) L'Olympe français est la famille au complet réunie
pour le repas autour de la table ou devant le notaire pour la
lecture du testament » (5)
GIRAUDOUX POÈTE COSMIQUE
N'y a-t-il pas là un risque d'appauvrissement de la tragédie,
privée de la résonance religieuse et métaphysique qu'elle avait
chez les modèles grecs ?
En réalité, chez Giraudoux le drame prend une dimension différente,
de nature cosmique. Soudain il s'élargit à la mesure de
l'univers.
[…]
suite et fin dans le dossier complet
GIRAUDOUX POÈTE DES JEUNES FILLES, DE LA PURETÉ ET DE LA
JUSTICE
Par sa soif de justice, Électre n'est-elle pourtant pas directement
inspirée des héroïnes de Sophocle et d'Euripide ?
En réalité, elle est bien autre chose que la descendante des
Électres antiques :
un symbole capital de l'œuvre giralducienne, le symbole de la jeune
fille. Elle est la sœur de Suzanne, d'Isabelle, de Juliette,
d'Églantine, de Bella, de Judith, de Geneviève, de Stéphy, de
Maléna, et enfin d'Edmée - de celles que Giraudoux appelle les
élues, mystérieuses créatures poétiques dont l'auteur a fait
élection parce qu'elles gardent au fond de l'âme le goût de la
pureté et de l'absolu que la plupart des humains ont perdu.
Électre répond à la définition de la jeune fille donnée par
Judith :
« C'est,
poussé à un tel point qu'il n'en voit pas les pires malheurs, qu'il
n'en ressent plus les pires souffrances, l'espoir de rencontrer un
jour la grandeur dans un être humain. » (14) Électre, vierge élue, se
définit par opposition à sa mère Clytemnestre. Clytemnestre
n'est-elle pas, en quelque sorte, la vierge
réprouvée ?
Elle est entrée dans la vie d'Égisthe en transigeant avec sa pureté
d'épouse, et elle a perdu pour toujours la pureté des élues en se
livrant à l'horrible assassinat de son mari. En face d'elle,
Électre est celle qui est restée pure de tout amour, de toute
souillure, et lorsque sa mère lui dit pour
l'apaiser :
« N'est-ce
pas moi qui ai voulu que tu aies un mari ?
» elle lui répond en ces
termes :
« Pas du
tout (...). Tu as voulu que je sois dans ton camp. Tu as voulu ne
pas avoir devant toi le visage de celle qui est ta pire ennemie
(...). Celui de la chasteté. » (15)
Devant l'égoïste amour de sa mère, Électre figure le pur amour
filial et fraternel. Comme le dit le Mendiant :
« Elle
s'est déclarée dans les bras de son frère. Et elle a raison. Elle
ne pouvait trouver d'occasion meilleure. La fraternité est ce qui
distingue les humains. Les animaux ne connaissent que
l'amour. »
(16)
Électre se définit aussi par opposition à Agathe, la jeune femme du
président du tribunal celle qui trompe sans vergogne son mari,
vieux et laid, avec une série d'amants « de seize à quatre-vingts
ans » (17). Jeune femme légère, Agathe
incarne en face d'Électre un type humain que nous retrouvons avec
Hélène dans La
guerre de Troie n'aura pas lieu. Chez la petite reine
« (au)
cerveau étroit (au), cœur rigide » (18), l'inconscience et
l'égoïsme de la femme fatale sont l'inconscience même et l'égoïsme
d'Agathe. En face d'Andromaque et d'Électre, vierges élues, Hélène
et Agathe incarnent, chacune dans son style propre, royal ou
bourgeois, les vierges folles.
Ainsi s'éclaire, par contraste, la nature profonde d'Électre, qui
est non seulement exigence de pureté charnelle, mais refus de
l'égoïsme, de l'intérêt, de toute compromission humaine. Elle est,
comme le dit le Mendiant, « la ménagère de la vérité »
(19), Elle refuse de laisser s'amasser, sur le crime qu'elle
soupçonne, « la triple couche » de « l'oubli »,
de « la mort », et de « la justice des hommes »
(20). Aussitôt qu'elle a retrouvé son frère bien-aimé, elle
s'arrache au bonheur de le revoir et de le presser sur son cœur.
Elle lui découvre le crime et dresse devant ses yeux l'image de la
vengeance. En réveillant ainsi son frère du bonheur où il allait
s'oublier, Électre remplit son rôle de vierge élue. Elle le dit
elle-même :
(21) « ... quand les hommes au matin ne voient
plus, par leurs yeux engourdis, que la pourpre et l'or, c'est elles
(leurs femmes et leurs sœurs) qui les secouent, qui leur tendent,
avec le café et l'eau chaude, la haine de l'injustice et le mépris
du petit bonheur ». On sent qu'Électre ira
jusqu'au bout dans sa quête de la justice,
« jusqu'à
ce que le monde (...) craque (...), dussent mille innocents mourir
la mort des innocents (22) ».
Ainsi se complète le personnage de l'Électre antique. Giraudoux lui
confère l'impitoyable grandeur d'une révolutionnaire.
« C'est
avec la justice, la générosité, le devoir (...), que l'on ruine
l'État »,
disait dès le début du drame le président qui pressentait en
Électre « une femme à
histoires ».
Mais le Mendiant lui répondait que ce sont les femmes à histoires
« qui ont
sauvé le monde de l'égoïsme » (23) ; Telle est la
grandeur ambiguë et terrible de l'Électre de Giraudoux. Elle
incarne le feu de la justice absolue, capable de détruire toute
société humaine en la purifiant. On comprend qu'elle soit née dans
notre monde moderne, où la faim inextinguible de justice semble
appeler irrésistiblement la violence. La ville meurt, et Électre se
dit satisfaite. « (Elle a) la justice. (Elle a)
tout (24) ».
« Inimitable copie
», a dit François Mauriac
de la Phèdre de Racine. Toutes proportions gardées
et toute révérence observée envers les grands Tragiques grecs,
Giraudoux avec Électre semble avoir fait lui aussi œuvre
authentique de créateur. Avec sûreté, il entremêle le ton ironique
et tragique, les nuances bourgeoises et grandioses de la haine et
de la fatalité familiales. Ses Atrides ne sont-ils pas les nœuds de
vipère qui parfois sommeillent aux foyers des
Français ?…
Mais une sensibilité de poète élargit aux dimensions de l'univers
le cadre de cette tragédie. Les héros, en connivence avec la
création, fraternisent avec les tilleuls, les loups, les hérissons,
et nous entraînent dans le mouvement de leur tendresse ou de leur
sacrifice. Électre est enfin le drame par excellence de
Giraudoux - le drame de la pureté. Lorsqu'au dénouement
« la ville
brûle, que les innocents s'entretuent, mais que les coupables
agonisent dans un coin du jour qui se
lève »
(25), nous pressentons quelle est cette pureté indicible qui,
peut-être, doit embraser le monde pour le
sauver.
NOTES
(1) Électre, acte I, scène 9.
(2) Électre, I, 4 (cf. II, 8, une discussion
analogue entre les deux femmes sur la question de savoir si
Agamemnon a glissé ou n'a pas glissé).
(3) Ondine, I, 8.
(4) Sodome et
Gomorrhe, II,
8.
(5) Littérature,
Bellac et la tragédie, p. 293.
(6) Électre, II, 7.
(7) Ibid. II, 8.
(8) Électre, II, 5.
(9) Ibid. I, 3.
(10) Ibid. I, 8.
(11) Électre, II, 5.
(12) Électre, I, 3.
(13) Électre, I, 2.
(14) Électre, I, 3.
(15) Électre, I, 9.
(16) Électre, I, 13.
(17) Électre, II, 6.
(18) La guerre
de Troie n'aura pas lieu, II, 12.
(19) Électre, I, 13.
(20) Électre, I, 2.
(21) Électre, II, 3.
(22) Électre, I, 13.
(23) Électre, I, 2.
(24) Électre, II, 10.
(25) Électre, II, 10.
4.
Les Atrides
[…]
suite et fin dans le dossier complet
5.
La place du mythe dans l'Électre
de Giraudoux
[…]
suite et fin dans le dossier complet
6.
La construction dramatique de la pièce
La pièce est
divisée en deux actes séparés par un « entracte »,
constitué par le long lamento du jardinier, avec lequel Giraudoux
se vantait d'avoir produit « le plus long monologue jamais écrit
pour le théâtre ». Comme La guerre de Troie n'aura pas
lieu,
Électre
est donc une pièce en deux
actes. « J'ai centré vigoureusement
l'action. Je décris la nuit dans laquelle Électre découvre la
vérité au sujet de la mort de son père. L'action commence à
7 heures du soir et se termine à 7 heures du matin. Deux
actes, coupés par un interlude, qui se déroulent dans un même décor
[...] représentant les remparts d'Argos. » (Entretien avec André Warnod,
Le Figaro 11 mai 1937).
L'action commence au soir du jour où Électre, princesse d'Argos,
doit être donnée en mariage au jardinier du palais. L'unité de lieu
comme celle de temps sont respectées :
au lieu des vingt-quatre heures classiques, douze heures suffisent
même à l'accomplissement du mythe. L'organisation en deux actes, si
elle semble accélérer le déroulement du drame, permet aussi de
faire dépendre symétriquement les parties l'une de l'autre, les
construire en miroir, la première allant dans le sens de
l'obscurcissement et la seconde dans celui du lever de la lumière
et de la vérité (par exemple, la scène 4, dans les deux actes, met
en scène l'affrontement de la mère et de la fille, et peut être
étudiée de manière symétrique et opposée).
Si l'on observe attentivement le déroulement de l'intrigue, il
semble aussi possible de rétablir une construction classique en
cinq actes, chacun des deux actes pouvant être divisé en deux
moments correspondant à des étapes dans le déroulement
narratif.
[…]
suite et fin dans le dossier complet

[…] suite et fin dans le dossier complet
8. Interprétations
[…] suite et fin dans le dossier complet
9. Explications de textes :
a. Acte I, scène 6 : la reconnaissance d'Oreste
b. Entracte, Lamento du jardinier, du début jusqu'à « Et tout cela s'applique à la pièce »
[…] suite et fin dans le dossier complet
10. Deux pistes d'études
a. Électre et Égisthe : un conflit de valeurs
B. Le langage dramatique de la pièce
[…] suite et fin dans le dossier complet
11. Propositions d'exposés et de travaux
[…] suite et fin dans le dossier complet
12. Bibliographie
L'édition de la Pléiade comporte la première version d'Électre que Giraudoux avait donnée à lire à Jouvet. L'établissement précis du texte, la notice et les notes, fort nombreuses, contribuent à éclairer l'interprétation.
Jean Giraudoux, Théâtre complet, éd. publiée sous la direction de Jacques Body, Gallimard, « Bibliothèque de La Pléiade », 1982.
Pierre d'Almeida, Lire « Électre » de Giraudoux, Dunod, 1994.
Jacques Body, Jean Giraudoux, la légende et le secret, P.U.F., 1986.
Jean Broyer, Le mythe dans le théâtre du XXe
siècle (Antigone, Œdipe, Électre),
Ellipses-Marketing, 1998.
Pierre Brunel et Jacques Body, Électre de Giraudoux, regards
croisés,
Klincksieck, 1997.
Pierre Brunel, Pour
Électre, Colin,
1982.
Pierre Brunel, Le Mythe
d’Électre,
Champion 1995 (précédemment Armand Colin, 1971.)
Pierre Brunel, Dix mythes au
féminin,
Maisonneuve, 1999.
Lise Gauvin, Giraudoux et le thème
d'Électre,
Archives de Lettres modernes, Minard, 1969.
Gérard Genette, Palimpsestes, La Littérature au
second degré,
Le Seuil, 1982.
Michel Raimond, Sur trois pièces de Jean
Giraudoux (La
guerre de Troie n'aura pas lieu, Électre, Ondine), Nizet,
1982.
Jacques Robichez, Le Théâtre de
Giraudoux,
CDU-SEDES, 1976.
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