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Le pessimisme de Pascal


Le pessimisme pascalien, reposant sur le dogme du péché originel, n’est pas seulement psychologique:
« que le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure! » — «… Nous cherchons le bonheur et ne trouvons que misère et mort » (34).


Il est aussi d’ordre social, rejoignant les formules les plus radicales de Hobbes. À la grandeur véritable de l’homme, qui est « 
en la pensée », s’opposent les fausses grandeurs, les « grandeurs d’établissement » dont il parle dans les trois « Discours de la condition des Grands »:
« 
Il n’est pas nécessaire parce que vous êtes duc que je vous estime, mais il est nécessaire que je vous salue. »


Les importants ont l’apparence et la « grimace »
:
« 
Si [les magistrats] avaient la vérité et la justice et si les médecins avaient le vrai art de guérir, ils n’auraient que faire de bonnets carrés » (133).


Les rois, « 
un sot qui succède par droit de naissance », eux, ne sont pas plus respectables en eux-mêmes, (« la puissance des rois est fondée sur la raison et sur la folie du peuple, et bien plus sur la folie »), mais ils ont la force, indiscutable:
« 
Ils se sont accompagnés de gardes, de hallebardes, de troupes armées qui n’ont de mains et force que pour eux. »


Vanité que la noblesse, vanité que la justice universelle
:
« 
Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses ».


La guerre est folie
:
« 
Se peut-il rien de plus plaisant qu’un homme ait droit de me tuer parce qu’il demeure au-delà de l’eau, et que son prince a querelle avec le mien…»


La propriété même est à la base « 
usurpation » (64). L' « étrange guerre » entre la force et la justice est le lot de toute société humaine:


« 
La justice sans la force est impuissante. La force sans la justice est tyrannique… On n’a pu donner la force à la justice, parce que la force a contredit la justice, et a dit qu’elle était injuste et a dit que c’était elle qui était juste. Et ainsi ne pouvant faire que ce qui est juste fût fort, on a fait que ce qui est fort fût juste » (101).

Le dernier mot reste au cynisme de la force. Et il n’est pas question de s’y opposer
: « Le plus grand des maux est la guerre civile ». La critique radicale des valeurs sociales débouche sur un conservatisme de fait: le mal ne saurait trouver remède, il est dans le vice radical de l’espèce humaine: le péché originel.