Rabelais, Le Quart Livre
1552

Texte du Quart Livre téléchargeable icien orthographe de 1552





Présentation générale et résumé


Le Quart Livre est dédié à Odet de Coligny, cardinal de Châtillon, frère de l’amiral de Coligny - assassiné lors de la Saint-Barthélémy -, qui devait devenir calviniste, être excommunié et mourir empoisonné en Angleterre.

Le
Prologue se réfère à la mythologie pour justifier ses audaces.

Le roman met en scène le départ de Pantagruel, au mois de juin, avec Panurge, Frère jean, Epistémon, Gymnaste, Eusthénès, Rhizotome, Carpalim et autres « domestiques ». Ils sont également accompagnés de Xénomanes, grand voyageur et navigateur, mandé par Panurge. C'est une vraie flotte qui part, avec de riches vaisseaux, dont le plus beau, celui de Pantagruel, s'appelle la Thalamège. Xénomanes pense que l'oracle de la Dive Bouteille est près du Catay, près des Indes supérieures (c’est-à-dire en Chine) et qu'au lieu de prendre la route des Portugais (par le Cap de Bonne-Espérance et l'Océan Indien), il vaut mieux cingler droit vers l'Ouest sur le parallèle de l'Inde (qui est le même que celui des Sables d'Olonne), « 
girant autour du Pôle, mais sans monter trop haut, de peur d'être pris dans l'Océan Arctique ».

Rabelais prend donc parti pour la rotondité de la terre et pense que, par cette voie directe, le voyage ne doit pas durer plus de quatre mois, alors que les Portugais mettent trois ans. Il s’inspire du récent voyage de Jacques Cartier de sorte que l’on peut suivre ce voyage imaginaire sur les cartes de l’époque.

Pantagruel ne cessera d'être en liaison avec son père par pigeons voyageurs.

Les navigateurs croisent un navire marchand
: ce sont des Français de Saintonge qui viennent du royaume lanternois. Panurge, qui s'est pris de querelle avec le marchand Dindenault et qui veut se venger, lui achète un mouton et le jette à la mer; en l'entendant bêler, tous les autres moutons se jettent derrière lui, ainsi que le marchand qui tombe à l'eau en voulant les retenir. Les autres bergers, voulant également retenir les moutons, connaissent le même sort.

Le récit de Rabelais est dès lors composé essentiellement d'une suite d'escales dans des îles mi-fantaisistes, mi-symboliques où vivent d'étranges habitants
: c'est d'abord l'île de Cheli où règne le saint roi Panigon et où la coutume est que tous les habitants embrassent les voyageurs de passage; puis l'île de Procuration où vivent les Chicanous, gens de loi qui gagnent leur vie à être battus (1); puis les îles de Tohu et Bohu où habite un géant qui se nourrit de moulins à vent. Les voyageurs croisent en mer neuf bateaux légers pleins de moines qui vont au Concile de Chesil (2).

Panurge leur fait mille politesses, mais survient une effroyable tempête où la lâcheté de Panurge est mise à rude épreuve.

Après la tempête, ils descendent dans l'île des Macraeons (3), peut-être l'île des Démons, au nord de Terre-Neuve. Elle est peuplée de vieillards, couverte de forêts et hantée par des démons et des héros morts (occasion pour Pantagruel de méditer sur les prodiges qui accompagnent la mort des grands hommes). Cette île représente les grandes cultures en ruine de l’Antiquité. Les Macraeons parlent le grec ancien, et, dans cet épisode, Rabelais s’inspire de Plutarque. À l’issue de l’épisode, Pantagruel réaffirme sa croyance en la doctrine chrétienne.

Après avoir réparé leur navire et renouvelé leurs provisions, les voyageurs reprennent la mer et passent devant l'île de Tapinois où règne Carêmeprenant, un triste sire, habillé de gris, qui ne rit jamais et est le symbole de toutes les abstinences. Il possède plusieurs traits caractéristiques du moine et une double tonsure
; il a un côté effrayant et monstrueux. Il symbolise tous les ennemis de Rabelais (4). Rabelais s’y moque des prescriptions de carême et manifeste d’étourdissantes connaissances anatomiques.

Pantagruel ne veut pas descendre dans l'île de Carêmeprenant, mais ne peut éviter, après avoir tué au passage une baleine, d'aborder à l'île Farouche dont les habitants, les Andouilles, le prennent pour un envoyé de Carêmeprenant, avec qui elles sont toujours en guerre.

Les Andouilles, qui ont comme allié Mardi-gras, et qui sont évidemment le symbole de tous les appétits, sont très vindicatives et tentent de dresser une embuscade à Pantagruel. Celui-ci est tout en émoi de voir le méchant caractère de cette race et décide de se tenir sur ses gardes. Frère Jean prie Pantagruel de le laisser se débrouiller contre les Andouilles
; il demande aux cuisiniers de l'aider à combattre celles-ci. Les cuisiniers entrent dans une grande truie-piège, inspirée de la ruse du cheval de Troie.

Pendant ce temps, Pantagruel s'apprête à se défendre contre les Andouilles, mais il envoie d'abord Gymnaste essayer de parlementer. Un gros cervelas voulant le saisir à la gorge, Gymnaste le coupe en deux
: c'est le signal de la mêlée. Pantagruel demande à parlementer avec la reine des Andouilles, Niphleseth (5), qui s'excuse et allègue un faux rapport d'un espion suivant lequel Carêmeprenant allait attaquer l'île Farouche. Niphleseth se soumet à Pantagruel et lui promet de lui envoyer chaque année 78 000 andouilles.

Pantagruel quitte l'île Farouche et deux jours après arrive en l'île de Ruach dont les habitants, tout enflés, ne se nourrissent que de vent. Ce bref épisode marque le retour de Rabelais à l’humour scatologique, toujours signe de condescendance chez notre auteur, et lui permet de marquer l’évolution du personnage de Pantagruel.

Les voyageurs parviennent à l'île des Papefigues (6), jadis libres et riches et devenus très pauvres et malheureux depuis qu'ils ont « fait la figue » à (7) une image du pape que leurs voisins, les Papimanes (8), exposaient lors d'une grande fête religieuse
; en représailles les Papimanes les ont attaqués et asservis. La société des Papefigues a été anéantie; il ne reste plus, au milieu de ruines que des paysans asservis par des prêtres superstitieux.

Les navigateurs passent alors dans l'île des Papimanes, qui ont un culte pour le pape et ses Décrétales grâce auxquelles la papauté peut extorquer de grosses sommes au royaume de France. Rabelais s’y moque des superstitions, et il accuse les Catholiques de respecter la lettre, mais non l’esprit des textes sacrés. L’évêque Homenaz se livre à un panégyrique ridicule des décrétales, prononcé au cours d’un banquet. Rabelais tue par le comique
: il suffit d’inverser les louanges d’Homenaz pour parvenir à la vérité.


Après le célèbre épisode des paroles dégelées, Pantagruel et ses compagnons abordent dans l'île de Messire Gaster (9), qui est sourd et ne parle que par signes (« Ventre affamé n'a pas d'oreilles »)
; avec lui réside Pénie, la mère des neuf Muses. Gaster est un gouverneur auquel même les rois et les parlements obéissent.
Les voyageurs passent ensuite en vue de l'île de Chaneph, pays des hypocrites et des ermites, qui ne vivent que d'aumônes, puis ils croisent, toujours sans descendre, le long de l'île de Ganabin, où habite un peuple de voleurs. Pantagruel les salue en faisant tirer le canon, ce qui rend Panurge mort de peur. « Buvons », dira-t-il néanmoins pour finir.
Le Livre IV se termine par une Briefve déclaration d’aucunes dictions plus obscures contenues on quatrième livre. C’est une sorte de glossaire qui a sans doute été composé par Rabelais lui-même
: il explique toutes sortes de mots et expressions peu courants qu’il a utilisés dans son livre.

(1) satire des gens de justice.
(2) c’est-à-dire au Concile de Trente
; Chésil Niphleseth (= Phallus) «imbécillité».
(3) Macraeons signifie «ceux qui vivent longtemps».
(4) Pistoletz = disciples de Guillaume Postel, démoniacles = calvinistes
; Putherbe = admirateurs du sorbonagre Puyherbault.
(5) Niphleseth signifie «Phallus».
(6) les Papefigues sont les Réformés, fort malmenés.
(7) faire la figue signifie «railler» ; il s’agit d’un geste obscène, projetant le bout du pouce entre l’index et le médius.
(8) les Papimanes sont les Catholiques, encore plus malmenés.
(9) Messire Gaster est le ventre, maître du monde.

Dossier approfondi sur le Quart Livre:

Sommaire

1. Présentation générale et résumé

2. Bibliographie sommaire

a. les éditions
b. les études critiques
3. Circonstances d’écriture et de publication du Quart Livre

4. L’édition partielle (1548) de 11 chapitres
a. le prologue de 1548
b. Une ébauche ?

5. L’édition définitive du
Quart Livre (1552)

a. Étude de l’Épître liminaire à Très Illustre Prince et révérendissime Monseigneur Odet, cardinal de Chastillon
b. Étude du Prologue de l’Auteur
c. Éléments de réalité, symboles et inventions poétiques
d. Défoulement et satire
e. Une Iliade burlesque
: la guerre des Andouilles
f. Litanies grotesques
: Quaresmeprenant
g. Comique de farce
h. Papefigues et papimanes
i. Rabelais gallican
j. Mythes gelés et dégelés
k. Gaster, le « plus grand de tous les dieux »
l. Conclusion

6. Le Quart Livre
: une composition en inclusion concentrique

a. Suprématie française (ch. 1 et 67)
b. Convivialité et salutations (ch. 25 et 63-66)
c. Aléas de la société de consommation
d. La vie des mots (ch. 9 et 55-56)
e. Sociabilités monstrueuses (ch. 1016 et 47-54)
f. Moulins à vent détruits (ch. 17 et 43-44)
g. Odyssée (ch. 1824) et Iliade (ch. 35-42)
h. Bienfaisance des Héros (ch. 25-28 et 33-34)
i. Au cœur de la Malfaisance (ch. 29-32)

7. Les personnages

8. Le Narrateur

9. Interprétations critiques du
Quart Livre
A. Lefranc, Les Navigations de Pantagruel. Étude sur la géographie rabelaisienne (Paris, 1905; reprint Genève, 1967)

Robert Marichal en tête de l'édition Droz du Quart Livre (Lille-Genève, 1947)
M.A. Screech,
Rabelais, op. cit.
V. L. Saulnier,
Rabelais, tome II
L. D. Kritzman, « La quête de la parole dans le
Quart Livre » (in Fr. Forum, 1977)
Leo Spitzer, « Rabelais et les Rabelaisants » in
Studi Francesi 12, 1960

Jerry C. Nash « Interpreting parolles dégellées » in L'esprit créateur, 1981).

Jean-Yves Pouffloux, Littérature 5, 1972.
Michel Jeanneret,
Littérature 17, 1975.
Gérard Defaux, Colloque
Rabelais de Tours, 1984.
Gregory De Rocher, « The fusion of Priapus and the Muses » in
Kent. Rom. Quart., 1981).
Florence Weinberg, « Comic and religious elements in Rabelais's Tempête » in
Et. Rab. XV, 1980

etc…


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