Savoir
raisonner
Fiche 1. La typologie des textes
C'est l'intention de l'auteur qui permet de classer les principaux
types de textes :
il veut informer, expliquer, donner un ordre ou un conseil,
convaincre ou influencer. Mais un texte n'appartient jamais
à un
seul type de texte :
il s'agit d'en dégager l'élément dominant :
on parlera donc de texte à dominante
injonctive,
argumentative…
On parle parfois de texte descriptif pour
simplifier :
en réalité, la description peut faire partie d'un texte narratif,
d'un texte explicatif, d'un texte argumentatif, etc.…
Les distinctions de types de textes sont surtout valables pour
les
textes non littéraires. Ceux-ci n'ont pas pour seul but
d'informer, de distraire, de convaincre ou de donner des
consignes.
Le texte littéraire, en particulier poétique, est beaucoup plus
complexe :
c'est d'abord une
forme d'art :
l'auteur cherche à créer
quelque chose de beau. On peut cependant se servir des catégories
de textes que nous avons définies pour servir à aider
à expliquer un texte
littéraire.
On peut distinguer cinq principaux types de
textes :
- les textes narratifs, qui présentent des faits sous forme de
récit ;
- les textes informatifs, qui apportent des renseignements
objectifs ;
- les textes explicatifs, qui apportent des
explications ;
- les textes injonctifs, qui donnent une consigne, un ordre, un
conseil ;
- les textes argumentatifs, qui visent à faire changer quelqu'un
d'avis.
Typologie
de textes autour de la chauve-souris
Texte
1 Chéiroptères
On appelle ainsi nos Chauves-souris,
animaux caractérisés par le fort développement des phalanges des
membres antérieurs, qui soutiennent des membranes aliformes ou
alaires que l'on appelle vulgairement ailes. Celles-ci s'étendent jusqu'aux
membres inférieurs et se prolongent ordinairement entre ces
derniers, soutenues par les calcanéums 1 et la queue qu'elles englobent plus ou
moins complètement.
Nos chauves-souris habitent les greniers, les combles, les
clochers, les ruines, les vieux troncs d'arbres, les grottes,
cavernes, caves et souterrains, où elles se réfugient le jour, et
restent tout l'hiver dans un engourdissement profond, alors que le
froid a fait disparaître les insectes qui constituaient leur
nourriture.
Ce sont des animaux à mœurs crépusculaires ou nocturnes. Rarement
ils se posent à terre où leur démarche est pénible. Pour hiberner,
dormir ou se reposer, ils s'accrochent à quelque saillie et s'y
suspendent la tête en bas, s'enveloppant plus ou moins complètement
dans leurs ailes. Quelquefois cependant, ils se glissent et se
pelotonnent à plusieurs dans quelque fissure de rochers ou de
murailles, laissant à peine le passage pour leur corps.
Cet ordre très nombreux en espèces dans les pays chauds, renferme à
la fois des frugivores, des insectivores
et même des
carnassiers.
Il est représenté chez nous par 25 espèces toutes insectivores et
appartenant à trois familles :
les RHINOLOPHIDÉS, les VESPERTILIONIDÉS et les
EMBALLONURIDÉS.
A. Bouvier, Les Mammifères de la
France,
1891.
1. Calcanéums :
os du talon.
Texte
2 La chauve-souris est-elle dangereuse et
répugnante ?
En abordant le chapitre de la chauve-souris, il nous paraît utile
de procéder tout d'abord à la réhabilitation1 ou du moins d'y collaborer, car cette
bestiole, parfaitement inoffensive et éminemment utile, ne souffre
plus que rarement de mauvais traitements. On n'en aperçoit plus
guère de crucifiées vivantes sur des portes de granges ou
d'habitations pour servir d'épouvantails à leurs congénères et les
écarter ainsi des lieux habités où elles apportent, chacun sait
cela, le malheur et le mauvais œil. Ces superstitions stupides sont
en régression :
mais une répulsion physique, irraisonnée, persiste à faire passer
la chauve-souris pour un animal dangereux, hideux et répugnant.
Cela tient à un défaut d'observation et même à une absence totale
d'observation. On n'ose pas regarder les chauves-souris de près, ou
on n'en a pas l'occasion, et de grossières erreurs sont formulées
et perpétuées à leur sujet. Cette ignorance et cette prévention
viennent en grande partie de ce qu'il s'agit d'un animal nocturne,
et que l'homme porte en lui la terreur atavique2, ancestrale, des ténèbres et de tous
les êtres qui vivent et circulent la nuit.
Cette crainte instinctive, cette aversion ne tiendraient-elles pas
aussi au nom lui-même, qui évoque le rat, animal répugnant, et une
nudité qui ne correspond pas à la réalité ?
La chauve-souris a, au contraire, un pelage fin, très doux, une
petite fourrure très fournie.
On l'accuse encore d'être munie de griffes dont elle se sert pour
s'accrocher aux cheveux !
Où et comment a pu naître une pareille légende, on se le
demande :
car, si la chauve-souris est en effet pourvue de petites griffes
fines et fragiles, qui lui servent à se suspendre aux voûtes et aux
parois rocheuses, jamais cette bestiole timide craintive, n'ose
s'approcher de l'homme, et encore moins se poser sur sa chevelure.
D'autre part, l'adresse de son vol, dans l'obscurité comme au grand
jour, n'est jamais en défaut et la met à l'abri de pareilles
maladresses et imprudences.
La chauve-souris exhale une odeur repoussante, disent ceux qui,
ayant visité une grotte fréquentée par ces chiroptères, ont eu leur
odorat incommodé par une odeur musquée qui se dégage de ces
cavernes. C'est ici le cas de faire remarquer qu'il ne faut pas
prendre l'effet pour la cause :
car, si le guano3 de chauve-souris, qui existe parfois en
accumulations incroyables dans les grottes, a une odeur
désagréable, encore que très supportable, la chauve-souris, elle,
est exempte de toute émanation, parfaitement propre et inodore,
comme on peut s'en convaincre aisément en prenant l'animal dans la
main.
Mais ses ailes sont nues, dira-t-on encore et cela est affreux.
Oui, elles sont nues, étant formées d'une membrane non pas sèche,
parcheminée et comme morte, mais soyeuse translucide, finement
irradiée de vaisseaux et de nerfs et dont l'armature flexible est
une merveille…
Norbert Casteret, Au fond des
gouffres.
1. Réhabilitation :
fait de déclarer innocente une personne accusée à tort.
2. Atavique :
qui vient des ancêtres.
3. Guano :
excréments séchés.
Texte
3 La chauve-souris
Au village, la chauve-souris a mauvaise réputation. Les garnements
la clouent sur la porte des granges, les filles craignent que
celles qui, au crépuscule, battent l'air de leur vol saccadé, ne
s'emmêlent dans leurs cheveux. C'est l'animal des cauchemars, la
sombre émergence de l'enfer. Dante1 découvre le corps poilu de Lucifer
affublé de ses ailes ;
dans les peintures ou les statues des cathédrales, le diable est un
mélange de bouc et de chauve-souris.
Cependant, pour l'imagerie urbaine de notre temps, elle devient au
contraire la bonne force cachée qui poursuit les
méchants :
elle brille sur la poitrine de Batman, les mouvements de cape des
héros de bandes dessinées imitent ses déploiements de membranes et
de griffes, elle est la justice qui veille inexorable, dans les
ténèbres.
La chauve-souris en somme, est un mythe et un symbole. L'animal,
lui, est ignoré ;
tout le monde l'a vu voler deci delà, le soir, se dirigeant sans
hésitation à travers l'obscurité ;
quelques-uns l'ont trouvé sous les poutres de leur grenier, pendu
par les pattes, enveloppé dans ses ailes
refermées :
mais bien peu l'ont regardé de près.
D'après Paul Caro, Le Monde, 20 mars 1982.
1. Dante :
grand poète italien du XIVe siècle. Son poème, fondateur de la
langue italienne, est La Divine Comédie. La première partie raconte
la descente aux enfers du poète, et sa découverte du Diable, qui
porte des ailes de chauve-souris.
Texte
4 La pipistrelle
J'aurais pu dire :
la Chauve-souris. Mais je n'aime guère ce nom bâtard, deux fois
traître. Car cette « chauve » est dotée d'une toison,
épaisse et douce ;
et cette « souris » n'est pas un rongeur. Remarquablement
endentée, elle est pourvue de crocs qui percent allègrement la
chitine1
des plus dures élytres.
Ainsi le fabuliste2 a tort, qui la voit oiseau et rat sur
la foi d'un nom abusif. Même si mon sentiment est celui d'un
profane, je voudrais néanmoins ne me réclamer que de lui.
C'est pourquoi je préfère Pipistrelle3 à Chauve-souris. Je ne vois pas la
chauve souris, mais très bien la pipistrelle, petit mammifère
volant et le seul de la création, prendre son essor vespéral en
emportant pendu à elle, son petit pipistrelleau. Son vol
zigzaguant, capricieux, apparemment incertain, est en réalité l'un
des plus sûrs qui soient dans toute la gent ailée, on oserait
dire :
« oiseaux compris ». Toutes les voltes, tous les
retournements, les montées verticales, les piqués, les descentes en
vrille, nulle figure, nulle témérité, nulle prouesse paradoxale que
cette mère ne puisse se permettre. Et pendant toute cette voltige,
pendant que les fines dents pointues déchiquettent en plein vol les
noctuelles, les éphémères, font éclater les lourds, coriaces et
fondants hannetons, le rejeton, solidement cramponné des griffes,
tête activement l'une, puis l'autre des mamelles gonflées de lait
que lui offre la poitrine maternelle.
Il y aurait de quoi trembler pour lui, s'agirait-il seulement d'une
brève incursion aérienne que suivrait un retour au perchoir, plus
exactement au pendoir, trou de roche ou poutre de grenier. Point du
tout, le vol se prolonge, pousse ses pointes de plus en plus loin,
toujours aussi heurté, capricieux, zigzaguant à la poursuite des
proies ailées. Et le pipistrelleau ne tombe pas ?
Presque jamais. Ou alors sa mère le ramasse, le cueille à la volée,
plus rapide qu'un cavalier afghan dans un roman de Joseph Kessel.
Deux faits concourent à se sécurité :
d'abord ses petites griffes, prodigieusement fines, recourbées
comme des hameçons sans ardillon, et qui s'accrochent d'elles-mêmes
à ce qu'elles viennent d'effleurer, bois de charpente, aspérité
d'une pierre ou fourrure du sein maternel ;
et d'autre part ce vol propre à l'espèce dont je n'ai rien dit qu'à
peine la sûreté.
Sur ces deux points il me faut revenir. Cette très étrange
pipistrelle, ce petit monstre a de quoi passionner. Chasseur libre,
aventureuse dès qu'elle est seule, follet noir des nuits de lune,
elle redevient intégralement grégaire4 aux heures de repos, du sommeil.
Blottie dans ses ailes repliées, suspendue la tête en bas, elle
cesse alors d'être individu pour devenir parcelle d'une colonie
dense et velue, un seul être, une seule chaleur, un seul gazouillis
continu qui se lève et se tait d'une seule voix.
Maurice Genevoix, Bestiaire enchanté,
Plon.
1. Chitine :
substance dure constituant la carapace des insectes.
2. Fabuliste :
La Fontaine. Allusion à la fable « La Chauve-souris et les
deux belettes » :
« Je suis oiseau ;
voyez mes ailes (...)
Je suis souris ;
vivent les rats !
»
3. Pipistrelle :
de l'italien pipistrello, déformation du latin
vespertilio, de vesper, le soir.
4. Grégaire :
qui vit en groupe.
QUESTIONNAIRES
SUR LES TEXTES
Texte 1. Chéiroptères
1. Quel est le
temps verbal utilisé dans l'ensemble du texte ?
Justifiez son emploi.
2. Comment les chauves-souris sont-elles successivement
désignées ?
3. L'attitude de l'auteur par rapport à ces animaux est-elle -
neutre - positive - négative ?
4. Le texte comporte un raisonnement destiné à convaincre
quelqu'un ?
5. Relevez des termes scientifiques.
6. Quelles phrases apportent des explications ?
Texte
2. La chauve-souris est-elle dangereuse et
répugnante ?
1.Quelle est l'intention de l'auteur, exprimée dans la première
phrase ?
2. Quelle est la situation actuelle de la
chauve-souris ?
3. Quelle explication est donnée à cette
situation ?
4. Quelle hypothèse est formulée dans le premier
paragraphe ?
5. Complétez le tableau suivant pour analyser la suite du
texte :

Texte
3. La chauve-souris
1. Relevez les indications de lieu mentionnées dans les deux
premiers paragraphes. Quel rapport ces lieux ont-ils entre
eux ?
2. Quelle est l'image traditionnelle de la
chauve-souris ?
3. Quelle est son image moderne, d'après le
journaliste ?
4.En quoi ces deux images s'opposent-elles ?
À laquelle correspond le mythe ?
le symbole ?
5. Relevez les points communs et les différences dans l'image
donnée de l'animal.
6. Quelle conclusion apporte le troisième
paragraphe ?
7. De quel type de texte s'agit-il ici ?
Justifiez votre réponse.
8. Trouvez un titre qui résume l'essentiel du texte (vous pouvez
utiliser une phrase ou des mots cités dans le texte).
Texte
4. La pipistrelle
1. Pour quelle raison l'auteur
refuse-t-il le nom de chauve-souris ?
2. Quel contraste est mis en valeur dans la description du vol de
l'animal ?
3. Comment celui-ci se nourrit-il ?
4. Pourquoi, à votre avis, l'auteur a-t-il choisi de présenter une
mère et son pipistrelleau ?
Quelles expressions vous paraissent les plus
significatives ?
5. Relevez toutes les images et les métaphores qui dépeignent
l'animal dans le dernier paragraphe et classez-les selon ce
qu'elles évoquent.
6. Les paragraphes deux et trois constituent-ils - une description
- un récit - une description narrativisée ?
7. L'ensemble du texte vous paraît-il plutôt proche du texte -
informatif - narratif - descriptif - poétique -
argumentatif ?
Synthèse
des quatre textes
1. Quelle est la seule indication qui se retrouve, sous différentes
formes, dans les quatre textes ?
2. Quel texte vous paraît le plus scientifique ?
le plus littéraire ?
le plus convaincant ?
3. Cherchez un texte scientifique contemporain sur la
chauve-souris, dans un manuel de biologie ou une encyclopédie.
Comparez les informations qu'il apporte à celles qui sont
mentionnées dans le premier texte.
4. Cherchez le texte de l'arrêté du 17 avril 1981 du
Journal
Officiel fixant
la liste des mammifères protégés sur le territoire français. De
quel type de texte s'agit-il ?
Exercices
1. Par équipes de
quatre, et pour un animal que vous choisirez, écrivez quatre textes
de type différent :
descriptif - narratif - informatif ou explicatif - injonctif (qui
donne des conseils ou des consignes).
2. Écrivez un texte journalistique alertant sur la disparition
possible des chauves-souris :
- Choisissez un titre à sensation ;
- Construisez des paragraphes frappants (une idée par paragraphe)
avec des intertitres ;
- Prévoyez des illustrations et une mise en page s'inspirant des
journaux de vulgarisation scientifique ;
- Vous pourrez rédiger des textes plus courts, plus informatifs,
venant s'insérer en encarts dans la page.
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3e,
Nathan.
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