Savoir
raisonner
Fiche 7. S'informer
pour argumenter
Avant de se faire une opinion, ou d'argumenter sur un sujet donné,
il est nécessaire de s'informer sur la question : réunir un certain
nombre de données objectives permet d'avoir une vue saine sur le
sujet, de trouver des arguments d'autant plus convaincants qu'ils
sont admis de tout le monde, incontestables.
Les articles informatifs et explicatifs des journaux, les banques
de données, certaines revues de vulgarisation scientifique, sans
compter les manuels et les encyclopédies, permettent de s'informer
avant d'établir ou de discuter une thèse.
Texte 1.

Texte
2. Plus de toutous, moins de bébés
Comme la vie est plus simple, comme elle est plus douce quand il
s'agit d'élever un chien-enfant plutôt qu'un enfant-enfant !
D'abord, il faut le dire, un enfant «ça coûte cher». Son coût a
augmenté de plus de 50% en dix ans.
Même en les bichonnant, même en mitonnant tous les petits plats que
les grosses bêtes exigent (on estime d'ailleurs que chaque jour la
moitié des maîtres-parents obtempèrent), ce ne sont, à coup sûr,
pas elles qui vous mettront sur la paille. On compte en moyenne 400
F pour un chien. Rien en comparaison des bambins. L'INSEE qui
décortique notre vie de A à Z, ne ratant pas une occasion de faire
le rabat-joie, est formelle : le coût moyen d'un enfant est de 4
200 F par mois, de 7 800 F pour deux ; pour trois enfants, c'est 11
000 F. Un exemple, l'habillement : 2 000 F par an au minimum pour
un enfant, et largement plus dès que se pointe l'adolescence. Quant
aux couches - 4 000 F sur deux ans - c'est ruineux, et pas
écologique du tout.
On compte 2,5 milliards de couches hyper-résistantes vendues chaque
année en France. En comparaison, les crottes de chien, au petit
matin, sur le trottoir, c'est de la poésie. La redécouverte de la
nature ! A Paris, 16 tonnes sont émises quotidiennement, dont
quatre sont enlevées par les motos-crottes pour un budget de 42
millions par an. Pour les couches, ce sont les parents qui paient ;
pour les crottes, c'est tout le monde, mais on ne râle pas.
L'enfant
hors de prix
Seconde antienne : les enfants nous bouffent la vie. Avec un
chien-enfant, au contraire, pas de contraintes horaires - ou si peu
- pas d'école, pas de garderie. On laisse l'animal seul, et si ça
se passe mal, il n'y aura que le voisin pour se plaindre. Pas de
baby-sitter non plus, sinon pour la frime (65F de l'heure) et pas
de nourrice. (...) Reste la question des vacances. Mais tous les
maîtres n'en font pas une maladie. D'abord, de plus en plus
d'hôtels se mettent en quatre pour les accueillir, sans supplément.
Et sinon, pourquoi s'en faire? On s'en débarrasse. 350 000 chiens
et chats chaque année font les routards. Un de perdu, dix de
retrouvés.
Mais quand on pense aux 20 000 couples qui sont assez fous, chaque
année, pour laisser leur irrépressible désir d'enfant se
transformer en décision d'adopter, quelle inconscience ! Surtout
quand on considère le parcours du combattant qu'ils devront
emprunter. Sur 115 000 enfants confiés à l'Aide sociale à
l'enfance, 5 800 seulement sont considérés comme pupilles de la
nation et donc adoptables. 1 500 trouveront finalement une famille.
Certains se tournent vers l'adoption à l'étranger. Un enfant n'a
pas de prix : 50 000 F en moyenne pour un petit Brésilien.
Décidément hors de prix.
Alors que les chiens, les chats, les oiseaux, les poissons, les
tortues, les hamsters, les grenouilles, c'est donné. Et jamais
encombrant. Voyez votre chien-enfant. Empiètera-t-il sur votre
sacro-saint tennis du samedi ? Non, il vous attend dans la voiture.
La sortie au restau ? Attaché au pied d'une chaise, impeccable.
Pour votre détente ? Tout ce qu'il faut d'espaces verts. Avec des
enfants au contraire, la moindre balade est un problème : gymkhana
avec la poussette entre travaux et voitures, pelouses des bois
impraticables (à cause des crottes), squares poussiéreux où ils
risquent d'attraper les mauvaises maladies transmises par leurs
congénères. Oui, à tout bien considérer, rien ne vaut la saine
rusticité d'une vie de chien. (…)
L'enfant
est un sauvage
Mais si tout cela - la vie chère, les petites tracasseries
quotidiennes - n'était qu'alibi ? En préférant une famille composée
d'Antoine le hamster et de Thomas le chien, ne révèle-t-on pas que
l'on ne sait plus s'y prendre avec les enfants ? Dans sa jeunesse,
n'importe quelle maman d'aujourd'hui a materné sa poupée d'une main
distraite, un petit chien ou un petit chat de l'autre, plus
attentive. Et pour reprendre le titre d'une émission de notre
gourou à tous, Françoise Dolto, «Lorsque l'enfant paraît», c'est la
panique. Ne parlons même pas de l'angoisse de la mère à la veille
du passage en sixième, ni de la tyrannie exercée par les ados lors
des courses du samedi au supermarché. Ils ont, paraît-il, leur mot
à dire sur plus de 15% des dépenses du ménage, et, en plus, il faut
leur donner de l'argent de poche (plus de 10 milliards de francs
par an pour les 14-17 ans). Nos animaux domestiques, moins
sauvages, n'ont pas ces exigences.(…)
L'arrivée
du Troisième
(…) Il y a un signe qui ne trompe pas :
quand les Français ont commencé à faire moins de bébés - c'était
vers la fin des années soixante -, les chiens, chats, oiseaux et
rongeurs entraient discrètement dans les foyers, pour, depuis,
affirmer un peu plus chaque année leur présence. Aujourd'hui, ils
sont 37 millions à être couverts de poils ou de plumes, tandis que
notre progéniture se parsème. Au train où vont les choses, cela
n'est pas près de s'arranger : avec : avec 750 000 naissances par
an, nous avons atteint le plus bas niveau de fécondité de notre
histoire, hors période de guerre. 1,79 enfant par femme, selon les
dernières estimations de l'INSEE. Record battu dans la capitale :
1,56.
Dans le même temps, ici ou là, on pousse des cris d'angoisse devant
le constat de vieillissement de la population : nous sommes déjà
19,4% à être âgés de 60 ans et plus. Solitude des jeunes ou
solitude des vieux, le solitaire, quel que soit son âge, promène
qui vous savez au bout de sa laisse. Dans ce cas, l'animal est
avant tout une présence, un soutien affectif. Mais désormais, un
foyer sur deux abrite une charmante bestiole, et plus souvent qu'on
ne le croit, ce foyer est une famille avec enfants (43%). Il est si
bon pour le développement psycho-affectif de ces chers petits,
d'avoir un chat à caresser à rebrousse-poil. Voilà un bon prétexte,
en effet.
La vérité ne résiderait-elle pas ailleurs ? Dans une nouvelle
famille qui tendrait à inclure «indifféremment» enfants, chien ou
chat ? Si arbitrage il y a, au moment de décider d'avoir un
deuxième enfant et a fortiori un troisième, il y a fort à parier en
effet que l'animal en sorte de plus en plus souvent vainqueur. Où
est donc passé le troisième enfant dans la famille contemporaine
type ? Il suffit de regarder : dans les salons, le panier du chien
a remplacé le landau.
Le Journal du
Dimanche,
1992.
QUESTIONNAIRE
SUR LES TEXTES
Texte
2.
1. Relevez
tous les chiffres cités dans l'article. Sont-ils nombreux ? Quelle
est leur origine ? Où sont-ils placés ?
2. Parmi ceux-ci, quels sont ceux qui coïncident approximativement
avec l'article d'information précédent ? Sont-ils importants dans
l'argumentation ?
3. Quel est le sujet de l'article ? Est-ce un article informatif ou
cherche-t-il à convaincre ?
4. Pour découvrir le cheminement de la pensée de l'auteur,
complétez le tableau suivant :


5. L'auteur partage-t-il l'avis que son
texte exprime, ou dit-il le contraire de ce qu'il pense, pour
défendre une thèse implicite ? Si oui, laquelle ?
6. Cet article est-il très sérieux ou ironique, utilisant les
procédés d'exagération et d'antiphrase ? Justifiez votre réponse en
relevant certaines expressions du texte.
Exercices
d'expression
1.
Les jeux vidéo ont été récemment accusés de rendre les enfants
violents et de provoquer des crises d'épilepsie. Documentez-vous
sur le sujet et présentez ensuite votre thèse, en utilisant si
possible le procédé de l'ironie.
2.
L'école en quatre jours
Réunissez une documentation complète,
en particulier sur la fatigue scolaire, et présentez une mise au
point argumentée sur le sujet, en dépassant vos premières réactions
!
Fiches publiées dans
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3e,
Nathan.
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